Speak Magazine

Goma

L’emploi décent presque inaccessible aux handicapés dans le Nord Kivu

image1-22

Les personnes vivant avec handicap sont plus dans la débrouillardise au Nord-Kivu. Ph. Mustapha Mulonda.

 

Par Ali Assanka

A Goma, dans la province du Nord Kivu, accéder à un travail décent est en effet une tâche difficile pour les jeunes diplômés. Ce qui est encore pire pour les personnes en situation d’handicap.

Ainsi, nombreuses parmi elles se lancent soit dans le transport des marchandises sur des fauteuils roulants, soit deviennent des petits cordonniers, tailleurs dans les grands marchés, etc. Dans certaines entreprises, même si elles sont embauchées, les handicapés occupent aussi rarement des postes de responsabilité. « J’avais obtenu mon diplôme d’Etat, mais, ça fait dix ans que je suis huissier à l’ONC (Office national du café). Mes collègues montent en grade, bénéficient des formations au pays ou à l’étranger, alors que je suis toujours considéré comme un garçon de course », dévoile G.J.

« J’exerce ce trafic transfrontalier par manque d’emploi, mais aussi j’évite d’être une charge pour mes parents », dit Paul Mberezi, 28 ans, gradué dans une université de Goma et handicapé de son état. Devant la difficulté d’avoir un emploi, il s’est lancé dans le transport des marchandises à la petite barrière entre la RD Congo et le Rwanda. « J’ai postulé à plusieurs reprises mais en vain. Alors je gagne mon pain quotidien ici », ajoute-t-il.

Si certains ont la chance d’être embauché, quoi qu’occupant des postes subalternes, d’autres par contre n’y arrivent pas. « Après plusieurs démarches, j’ai fini par obtenir un numéro matricule. Mais le jour où je me suis présenté au bureau, le Chef de division m’a clairement signifié qu’il ne pouvait pas travailler avec un albinos, car ma race est signe de malédiction dans sa coutume », témoigne  H.J., un albinos habitant à Goma.

Des ONG s’impliquent

Selon l’Article 136 du code du travail en République démocratique du Congo, « les personnes vivant avec handicap ont le droit de bénéficier dans les mêmes conditions que les autres travailleurs des formations professionnelles ». Depuis plusieurs mois, à Goma, des organisations des personnes vivant avec handicap militent pour l’accès des handicapés à des emplois décents. C’est le cas du Programme d’assistance et protection des personnes vivant avec handicap, PAPH. « Nous menons des plaidoyers auprès des employeurs afin de les persuader à promouvoir et à considérer les personnes handicapées au même titre que tout le monde (…). Un handicapé physique est mentalement stable, il peut travailler au même titre qu’une personne non handicapée », insiste Désiré Bahati, l’un des responsables du PAPH.

Avis partagé par Daniel Watuta, chargé des ressources humaines au sein de l’ONG Handicap International/Goma. « Me déplacer sur un fauteuil roulant, ne peut jamais m’empêcher à exercer parfaitement mon travail », insiste Daniel, présentant un handicap. Avec ses collègues, il circule de porte-à-porte, dans des quartiers de Goma, pour sensibiliser les parents contre la discrimination des handicapés. « Nous encourageons les parents des handicapés à scolariser leurs enfants sans tenir compte de leur infirmité. Car, scolariser un handicapé c’est lui donner la chance d’émerger dans l’avenir à l’instar d’autres enfants », affirme-t-il.

Au cours du mois d’octobre, c’est le Centre pour handicapé « Shirika la Umoja » qui a organisé un atelier avec les autorités locales, les Chefs d’entreprises étatiques et des ONG afin de les encourager à promouvoir la personne vivant avec handicap. Le même combat est partagé par l’Union nationale de travailleurs du Congo (UNTC), un syndicat des travailleurs congolais. « Toutes les personnes, sans distinction de sexe, de race, d’aspects physiques… ont droit à un travail décent », insiste  Kambale Tchernozem, Secrétaire Interprovincial de l’UNTC.

Des parents se rachètent

Le travail mené par des ONG de promotion des handicapés dans la sensibilisation des communautés commence à porter des fruits. De plus en plus, des parents, employeurs et travailleurs prennent conscience. « Nous venons de constituer un comité de parents pour combattre la discrimination faite à l’égard des handicapés », avoue un habitant de Goma, père de six enfants, dont le cadet, aujourd’hui cordonnier, n’avait pas été scolarisé à cause de son handicap.

« J’étais surpris de voir ma hiérarchie s’excuser auprès de moi, avant qu’elle avoue que mon savoir-faire, ma licence et mon ancienneté au sein de l’organisation, ne méritaient pas mon poste réceptionniste. Dès lors, j’ai grimpé de grade, je suis maintenant financière », dit Jeanne M, agent de l’une des ONG internationale de la place, une organisation aussi visitée par l’équipe de plaidoirie pour les handicapés dans le milieu du travail.

Ce qui réjouit maitre Fabien Nzoli, avocat au barreau de Goma. « Le handicap ne saurait constituer un empêchement pour l’accès d’une personne à l’emploi répondant à ses aptitudes intellectuelles, sensorielles ou physiques de n’importe quel secteur autant que son handicap ne soit pas de nature à causer préjudice ou gêner le fonctionnement de l’entreprise », dit-il en citant l’article 135 du code du travail en RDC. Il encourage le gouvernement congolais, à «  s’impliquer pour que les handicapés jouissent effectivement, comme tous les congolais, de leur droit à un travail décent ».

 

 

Tagged , , , , , , , , , , , ,

Related Posts

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>