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Goma

Des diplômés trouvent difficilement du travail

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Beaucoup de jeunes restent au chômage même après avoir décroché des diplômes en RDC. Ph. JDHclubs.

 

Par Hawa Ngubura

A Goma, capitale de la province du Nord-Kivu, trouver un emploi est un casse-tête pour des jeunes diplômées. Malgré le nombre croissant des jeunes lancés sur le marché d’emploi par des universités locales, le chômage s’accentue de plus en plus.

« J’ai terminé mes études universitaires il y a 5 ans. Mais  je suis présentement aide-maçon. Je fais ce métier  pour subvenir à mes besoins, car ça fait plusieurs années que je cherche du travail mais en vain », s’indigne Pascal Kazi, la trentaine, licencié en économie. Avec un travail instable et un revenu de moins d’un dollar par jour, Pascal Kazi vit difficilement. « Je me nourris difficilement, je ne peux pas payer un loyer décent, ni m’habiller convenablement », se plaint-il. Pourtant, avec son niveau d’étude, celui-ci devait occuper un poste de responsabilité dans une entreprise publique ou privée.

A l’instar de Pascal Kazi, plusieurs jeunes diplômés de la place vivent dans le chômage depuis leur sortie de l’université. Pourtant, l’article 2 du code du travail congolais stipule que « le travail est pour chacun, un droit et un devoir ».

Un défi pour les jeunes diplômés

Le manque de travail est l’un des défis majeurs aux quels se butent les jeunes diplômés. Pour Réné Kyunda, avocat au barreau de Goma, les conséquences de cette situation sont nombreuses. « Il y a des licenciés en droit, des médecins ou ingénieurs dans tel ou tel autre domaine qui deviennent des manutentionnaires, aides maçons, gardiens. D’autres remplissent le rang des groupes armés », regrette ce juriste.

Une situation qui a comme conséquence majeure la frustration des jeunes voués au chômage et la croissance de la délinquance. C’est du moins l’avis d’Anicette Mwapu, sociologue. « Il y a des jeunes brillants à l’université et qui n’ont pas d’opportunité de travail. Cela pousse nombreux à se lancer dans la criminalité », affirme-t-elle. La ville de Goma est, en effet, l’une des villes où la sécurité est volatile en République démocratique du Congo. Située dans la province du Nord Kivu, cette ville est le théâtre quotidien des enlèvements, attaques à mains armés et assassinats ciblés. « Des faits dont les auteurs sont à 90% des jeunes dont la plupart des diplômés. Ils justifient généralement leur action par le manque d’emploi et le souci de survie », affirme Anicette Mwapu.

Pour une implication des autorités

Pour Makasi Ngesera, secrétaire académique de l’université de Goma, la lutte contre le chômage peut contribuer à réduire le taux de la criminalité dans la ville de Goma. « Il faut un emploi pour les jeunes diplômés. C’est aux gouvernants de faire leur travail, celui de donner de l’emploi à nos produits finis ». Joël Tembo, coordonnateur de l’académie Great vision business (GVB), reste aussi convaincu qu’en plus de donner de l’emploi, les autorités devraient aussi accompagner les initiatives des jeunes qui génèrent de l’emploi.

Son organisation, le GVB, encadre depuis plus de cinq ans les jeunes de Goma dans la création d’emplois. « Notre ville est encore vierge en terme d’entreprenariat », soutient-il. Pour lui, les jeunes avoir des initiatives de création d’entreprises au lieu de toujours attendre d’être embauché par d’autres. « Mais le grand défis reste l’accompagnement des autorités dans l’assouplissement des taxes et impôts. Si cela est fait, le chômage pourra être réduit », note Joël Tembo.

En effet, selon l’article 10 du code du travail en RD Congo, « le Ministre du travail et de la prévoyance sociale a l’obligation de veiller sur la création d’emplois et l’insertion professionnelle des jeunes ». « La réduction du chômage des jeunes et leur facilité l’accès à un travail décent constitue notre priorité », affirmait le ministre du travail en RDC, Jean Claude Kibala, peu après sa nomination à ce poste. Celui-ci a promis de mettre en place des programmes de rajeunissement de l’administration public et d’accompagnement de l’initiative des jeunes.

« Depuis, il y a plus de 300 jeunes ont été admis à l’école nationale de l’administration pour qu’ils soient intégrés dans l’administration publique. Ce qui est une bonne chose. Mais cela est de loin insignifiant face aux millions des jeunes diplômés toujours en chômage à Goma », indique Dufina Tabu, président de l’Association des volontaires du Congo, ASVOCO.

Il encourage les gouvernants à prendre des mesures pour « permettre aux jeunes diplômés d’accéder à un emploi décent ».

 

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