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Goma

Faute de prise en charge, le nombre de malades mentales augmente au Nord-Kivu

image1Abandonnée à elle-même, cette personne malade vit sans une prise en charge. Ph. Munor Kabondo.

 

Par Samuel Habamungu

Moussa Nyeusi, la trentaine, souffre des troubles mentaux depuis près de cinq ans. Il habite dans la ville de Goma, capitale de la province du Nord Kivu, à l’est de la République démocratique du Congo.

Cet homme est suivi, depuis plusieurs années, par le centre « Tulizo letu », (NDLR, notre soulagement), l’unique structure de prise en charge des malades mentaux de Goma. « Mon cas nécessitait l’internement à l’hôpital jusqu’à ce que je sois guéri complètement. Après une petite stabilisation et par manque d’argent, les médecins m’avaient dit de rentrer à la maison », avoue-t-il ce matin de novembre.

Ce mois, il se porte un peu mieux. Sa santé présente une certaine stabilité. Mais comme il ne dispose toujours pas des moyens financiers conséquents, Moussa redoute une rechute prochaine s’il n’a pas une prise en charge effective. « Mes parents sont pauvres. Moi-même je n’ai pas d’argent. Je ne suis vraiment pas en mesure de me procurer des médicaments prescrits par les médecins », avoue-t-il. Son cas n’est pas pourtant unique.

Dans la ville de Goma, suite à la pauvreté, nombreux malades mentaux n’accèdent pas aux soins appropriés. Plusieurs d’entre eux sont ainsi abandonnés à eux même. Habits usés, longue chevelure pleine de la poussière, ces malades mentaux errent dans des quartiers, se nourrissent aussi souvent des déchets abandonnés dans des poubelles.

Un abandon qui aggrave aussi leur état.

Sacrifiés pour les autres

Pour des familles des patients, ces derniers sont considérés comme une charge de plus. « La vie est chère. J’ai déjà du mal à scolariser et à nourrir tous mes enfants. Comment puis-je trouver l’argent pour faire soigner ce malade? », questionne Ciruza Rushaga, père de six enfants dont parmi eux un malade mental, qui erre à Goma.

Devant la difficulté d’assurer des soins aux patients, nombreuses familles recourent à des interprétations mystiques pour justifier la maladie, notamment, à travers des chambres de prières.

« Mon Pasteur disait que l’enfant était hanté par les esprits maléfiques. Mais quand il est tombé dans le coma, l’homme de Dieu avait fui… Arrivé à l’hôpital, le médecin avait diagnostiqué la méningite », raconte Anicet Kakuru.

Ce que reconnait François Polepole, médecin psychiatre du Centre de santé mentale « Tulizo letu ». « Nombreux parents jugent mieux de dépêcher des malades mentaux dans des chambres de prières par pauvreté. Ils pensent que là ils obtiendront la délivrance de leur enfant. Pourtant, c’est un problème de maladie qui doit se soigner dans une institution spécialisée », affirme-t-il.

Pour une prise en charge de l’Etat

D’après François Polepole, « environ 70% des troubles mentaux enregistrés chez nous sont causés par la drogue dont le chanvre, la boisson fortement alcoolisée… et 30% parmi eux souffre d’autres maladies organiques ».

Si le centre Tulizo letu apporte actuellement du soulagement à des nombreux patients, sa capacité reste tout de même limitée.

« Pour le moment, l’hôpital est incapable d’accueillir plus de 100 personnes. Pendant les diagnostiques, nous donnons une ordonnance médicale à la famille du malade pour qu’ils se débrouillent ailleurs, car notre pharmacie est presque vide », reconnait-il.

Alors que selon l’arrêté ministériel, du 9 décembre 2001, portant création du programme national de santé mentale « Tulizo letu », le traitement des maladies mentales devraient être pris en charge par le Ministère de la santé. « Mais jusqu’à présent, l’État ne se préoccupe pas des malades mentaux, abandonnés à leurs triste sort », regrette Dufina Tabu, président de l’Association des volontaires du Congo (ASVOCO).

« Nous sommes entrain de mener des plaidoyers au niveau national et international pour que Tulizo letu soit non seulement équipé mais aussi soit à mesure de soigner les malades gratuitement », conclut pour sa part Dr Alain Alingi, médecin inspecteur provincial de la santé du Nord Kivu.

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One thought on “Faute de prise en charge, le nombre de malades mentales augmente au Nord-Kivu

  1. kambale muhasa

    Nous traitons les malades avec trouble de comportement depuis 1975 à l’hopitale de kyondo mais nous constatons les rechutes suite à la manque de programme aproprie dans le cadre de la reinsertion sociale.

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