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Bukavu

Des manifestations publiques sont dispersées violemment

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Une manifestation de revendication des infirmiers à Kinshasa. Ph. Munor Kabondo.

 

Par Steven-Etienne Mulindwa

A Bukavu, certaines manifestations sont interdites par l’autorité ou réprimées par la police. Nombreux estiment que se sont les actions des partis politiques de l’opposition et de la société civile qui sont souvent interdites. Et pourtant, la liberté de manifestation est garantie par la constitution.

Tôt la matinée du 05 décembre, des jeunes du quartier Muhungu, dans la commune d’Ibanda, ont placé des troncs d’arbres, des pierres et brulés des pneus sur la chaussée. Selon ces manifestants, ils manifestent pour dénoncer la mort d’une fille de 16 ans tuée après une attaque des bandits armés à leur domicile. Soudain, la police surgie et lance des bombes lacrymogènes pour disperser les manifestants. Ici, deux personnes sont blessées et plusieurs d’autres arrêtées.

Pour Jacques Cirimwami, président du syndicat des enseignants catholique, cette situation rappelle la violente répression par certains éléments de la police du Sit-in des enseignants réclamant leur prime devant une institution bancaire de la ville le 30 novembre dernier.

D’autres personnes estiment que les manifestations organisées par les partis politiques de l’opposition, ou des acteurs de la société civile, sont aussi régulièrement dispersées par des agents de sécurité. « En date du 21 janvier, nous avons été pourchassés par la police pour nous être opposé à la révision de la loi électorale. Une dizaine des personnes, dont un journaliste qui couvrait la manifestation en direct, ont été violemment agressés et dépouillés de leurs biens », indique Bonga Laisi, président fédéral de l’Union pour la nation congolaise (UNC), part de l’opposition au Sud-Kivu.

Le débordement appelle à l’usage de force

« Les violences excessive dans les manifestations publiques, qu’elles soient violentes ou pas, résultent parfois du chaos entretenu par la police en connivence avec les autorités qui donnent des consignes, ou bien créent une confusion dans la communication avec les parties concernées surtout quand il s’agit des manifestants qui ne partagent pas la même opinion que le pouvoir en place », explique Jean-Chrysostome Kijana, président national de la nouvelle dynamique de la société civile en RDC.

Selon l’article 26 de la Constitution en RD Congo, « la liberté de manifestation est garantie. Toute manifestation sur les voies publiques ou en plein air impose aux organisateurs d’informer par écrit l’autorité administrative compétente… ». Mais, généralement, même si les organisateurs informent l’autorité, certaines manifestation sont dispersées violemment par la police.

Du côté de la police, on justifie cette attitude par le souci de préserver la sécurité et l’ordre public. « Les manifestations, quelle que soit leur nature, sont parfois suivies des violences et par conséquent des violations des droits de l’homme. Devant ce débordement, nous sommes obligés des disperser les manifestants », justifiait le colonel Omana Poyi du bureau des opérations et planification à la police du Sud-Kivu.

Pourtant, certains organisateurs des manifestations pensent que l’intervention policière est parfois faite dans la violence et de manière disproportionnée. C’est le cas de Patient Bashombe, cadre du bureau de coordination de la société civile du Sud Kivu. « Il y a une certaine prédisposition des autorités et des policiers à penser que les manifestations seront forcément violentes », déclare-t-il.

Cette idée est partagée par le colonel Poyi. « Certains officiers vont sur le terrain avec de mauvaises intentions et parfois déjà ivres. Ceci a pour conséquence de ne pas bien contenir les masses, et de ne pas régler les tentatives de troubles que par la violence », soutient-il.

Au regard des manifestations qui ont subis des répressions à Bukavu, le problème reste l’objet de revendication. Généralement, les revendications d’ordre salarial ou social se déroulent sans incident. La réaction, tant de l’autorité que de la police, change selon que l’on soit en présence des revendications d’ordre politique ou socio-sécuritaire. « L’on remarque des tendances à étouffer les manifestations ayant un objet politique ou bien chaque fois qu’il s’agit de s’opposer à un point de vue du pouvoir », regrette Kake Bulindi, cadre de l’Union pour la nation congolais, UNC, un parti de l’opposition

Même certains endroits appropriés pour les manifestations publiques sont pris en otage par l’autorité, dénonce-t-il. « Ils sont délibérément rendues indisponibles sous prétexte de préserver les fleurs plantées ou des chantiers en cours » ajoute Kaké Bulindi.

Sommation préalable à l’usage de la force

Le colonel Omana Poyi indique qu’avant tout usage de la force, la loi exige que la police fasse une sommation par une voix audible et dans une langue que les manifestants comprennent. Il pense que cela éviterait peu tant que les gens recourent à la violence.

Pour Jean Chrysostome Kijana, il faudrait que dans l’encadrement des manifestants la police évite aussi l’usage des moyens disproportionnés. « Les équipements et les modes d’intervention des services de sécurité ne sont pas appropriés. Face à des manifestants non armés, fussent-ils violents, la police fait usage démesuré des gaz lacrymogènes et parfois même des armes à feu. Une telle présence accompagnée des équipements essentiellement militaires avec des attitudes de violence font accentuer le manque de confiance et le fait pour les citoyens de penser que la police vient pour la violence ».

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