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Bukavu

Anarchie dans la fixation des prix de loyers

image3-28Des nouvelles habitations sont signalées partout dans la ville de Bukavu, mais malheureusement, chaque propriétaire fixe le prix du loyer selon lui. Ph. Trésor Rugenge.

 

Par Trésor Rugenge

A Bukavu, dans la province du Sud Kivu, le prix du loyer connait une inflation ces derniers jours. Dans nombreux quartiers, des locataires se voient contraint de payer le double ou le triple du prix convenu au départ. L’assemblée provinciale vient de voter un édit pour réglementer ce secteur mais qui n’est toujours pas d’application.

Sans avoir été prévenu d’avance, nombreux locataires de la ville de Bukavu voient le prix de leurs loyers doubler ou tripler dans un temps record. Une situation visible dans la ville depuis une dizaine d’année.

« Mon bailleur a attendu que je sois à la fin de mon contrat, qui était de 150$ par mois pour me faire une augmentation de 30$ par mois pour l’année suivante. Il ne m’avait même pas prévenu. Chose étonnante, la maison n’a même pas connu des améliorations », explique Armando Kulimushi, locataire sur l’avenue Sinélac, dans la commune d’Ibanda.

Comme pour cet habitant, nombreux autres connaissent la même situation. Le changement brusque du prix de loyer met la plupart d’eux dans une situation d’insécurité.

« La population ne se sent pas sécurisée. Le prix de loyer actuel est exagéré. Il n’a pas de fondement légal et monte sans tenir compte du niveau de vie de la population. L’état, qui devrai être arbitre, se montre défaillant », implore Me Patient Bashombe, rapporteur de la société civile du Sud-Kivu.

Adapter le prix à l’offre des nantis

Construite initialement pour accueillir environ 100 mille habitants, la ville de Bukavu en compte aujourd’hui plus d’ 1 million. Une surpopulation qui, selon Mondo Lunyelunye, chef de division de l’habitat dans la province du Sud Kivu, influe aussi sur le droit au logement des habitants. « Cette surpopulation dans la ville donne place à la loi de l’offre et de la demande et à l’anarchie dans la fixation du prix » précise-t-il.

Mais le surpeuplement de la ville n’est pas la seule raison de ces hausses intempestives de prix de loyer.

En effet, depuis une dizaine d’années, la ville de Bukavu est devenue un site important pour des ONG internationales et locales, des institutions des Nations unies ainsi que des multinationales. Avec leurs budgets exorbitants, ces organisations ont impactés le coût du loyer, estime Kake Bulindi, analyste politique, habitant de la ville de Bukavu.  « Cela influe largement sur la fixation du prix du loyer. Les travailleurs de ces organisations ont un pouvoir d’achat  beaucoup plus important comparativement à celui des autres habitants. Ils sont prêts à donner n’importe quelle somme aux bailleurs. Les bailleurs aussi en profitent pour faire monter le prix. Ils ne font qu’adapter leur prix à l’offre des nantis », regrette Kake Bulindi.

D’autre part, la hausse des prix des matériaux de construction jouerait aussi sur le prix auquel les bailleurs donnent en location leurs maisons, une fois le chantier fini.

C’est du moins l’avis partagé par Jean Serge Borauzima, chargé de communication au Groupe Gamira, une agence immobilière spécialisée dans la commission des maisons de location. « Les taxes influencent l’accroissement du prix de matériaux de construction sur le marché, ce qui influence de la même façon le coût de construction d’une maison et ainsi le prix du loyer », explique-t-il.

Pour une régulation de l’Etat

Malgré les différentes raisons avancés qui influencent le prix du loyer, de nombreux habitants estiment qu’une implication de l’autorité pourrait permettre de réguler le problème de baux et loyers dans la ville de Bukavu. « Rien je peux justifier qu’un bailleur augmente le prix du jour au lendemain sans qu’il n’y ait aucune raison valable », estime Alfred Bulakali, habitant de la commune d’Ibanda.

En fait, pour lui, suite au manque d’implication des autorités dans la régulation du bail à Bukavu, chaque bailleur fixe son prix à son gré et souvent dans l’anarchie. « Il y a de nombreux abus qui s’observent. C’est pourquoi il faut une loi ou un édit en province qui fixe qu’est ce qu’il faut payer et comment le payer », ajoute-t-il.

En parlant des abus, des cas sont légion, estime pour sa part Marie Mwenebeta, enseignante à l’université. « En plus de la hausse abusive des prix, des locataires sont contraints de payer en un coup la moitié ou la totalité du loyer annuel. Ce qu’on appelle le loyer anticipatif. Donc si tu n’est pas capable de payer les 12 mois convenus d’avance, on te chasse de la maison », regrette-t-elle. 

Pourtant, en 2013, l’assemblée provinciale a adoptée l’édit portant régulation des beaux et loyer dans la province du Sud Kivu. Selon l’article 13 de cet édit, « la garantie est fixée à 3 mois pour les immeuble à usage résidentiel, à six mois de loyer pour l’immeuble commercial et à 12 mois pour ceux à usage industriel ». Et de préciser à son article 11 qu’ « en aucun cas le locataire ne peut être obligé de payer un loyer anticipatif excédant un mois ».

Pour Théophile Habamungu Mirindi, vice-président de l’assemblée provinciale du Sud Kivu, cet édit vient mettre fin à l’anarchie qui existe dans ce secteur. « La vulgarisation de cet édit apportera un soulagement aux bénéficiaires », conclut-il. 

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