Speak Magazine

Kinshasa

Une précarité criante signalée dans le secteur de l’enseignement à Kinshasa

image3-15

Ph. Deo Gracias Bokumungala

 

Par Deo Gracias Bokumungala

Au quartier TCHAD dans la commune de Mont-Ngafula à Kinshasa, les écoles fonctionnent dans des conditions déplorables. Ceci, tant sur le plan pédagogique que sur le plan infrastructurel.

Ce constat est fait par plusieurs parents des écoliers. Il s’agit de l’insuffisance des locaux construits pour accueillir les élèves, le manque des matériels didactiques et de l’inadéquation entre le nombre de classes et le nombre d’enseignants et autres.

Au collège Pricillia de cette commune de Kinshasa, deux promotions suivent le cours dans un même local. Faute des locaux, les élèves de la 4ème et ceux de la 5ème année primaire suivent ensemble les enseignements. Une méthode, selon les écoliers, qui ne permet pas de bien appréhender les connaissances. « Lorsque nous partageons notre salle de classe avec nos ainés de la cinquième année, je m’intéresse plus à leurs leçons, parce que je trouve leurs récitations très intéressantes », expliqué Gency Mbala, élève en 4ème année primaire du collège Pricillia. Pour l’enseignant Barth Ilunga, assistant à la faculté de Psychologie de l’université de Kinshasa, il est difficile pour les élèves de maitriser les cours et réussir dans ces conditions.

Les promoteurs tenus responsables 

Un ancien promoteur d’une école à Kinshasa, sous couvert de l’anonymat, laisse entendre que les responsables des établissements concernés ont une part de responsabilité dans cette situation dans la mesure où ils sont conscients des conditions établies par les autorités pour ouvrir un établissement d’enseignement primaire et secondaire. Il affirme avoir fermé son école, parce qu’elle ne répondait pas aux normes. « Je ne pouvais pas contribuer à la destruction de l’éducation des enfants à cause de mes intérêts personnels », a-t-il dit.

D’autres promoteurs avouent avoir créé leurs écoles pour combler le déficit du secteur dans certains quartiers de Kinshasa. Le promoteur du complexe scolaire Mongo-live, Jules Mbiya, déplore quand à lui l’abandon de l’Etat dans ce secteur. « Les difficultés auxquelles nous sommes confrontés sont nombreuses et ne nous permet pas d’améliorer les conditions d’éducation », a-t-il expliqué. Le promoteur du collège Pricillia a indiqué quand à lui que « les difficultés auxquelles nous sommes confrontés ne dépassent pas notre volonté et notre souci d’offrir à nos enfants une éducation scolaire ».

Les parents ne facilitent pas les choses

Pour quelques responsables des établissements scolaires, un grand nombre d’élèves inscrits dans ces écoles éprouvent beaucoup de difficulté pour les frais scolaires. L’insolvabilité des parents constitue un des sérieux problèmes auxquels ces établissements sont butés. Pour Jérémie Kalenda, promoteur d’une autre école, les prévisions budgétaires de son école n’ont jamais été respectées à cause de l’insolvabilité. Il poursuit en affirmant, qu’il était difficile dans ces conditions d’équiper les écoles en matériels didactiques et en manuels scolaires.

Menant une vie pauvre, les parents des enfants ont expliqué que le gouvernement congolais devait tenir sa promesse faite depuis 2007 de rendre l’enseignement primaire gratuit conformément à l’article 43 de la Constitution du pays. Pour eux, l’Etat congolais reste le plus grand responsable de la situation parce qu’il tolère l’existence sur son sol des écoles qui ne répondent pas aux normes de fonctionnement.

Les enseignants se plaignent

Face à cette crise, les enseignants ont expliqué qu’ils recourent à plusieurs méthodes pour contourner les obstacles.  « Je collabore avec un collège catholique qui m’offre des manuels dont j’ai besoin. Mais pour les outils didactiques, tels que les cartes géographiques, je recours aux couvertures des cahiers de mes élèves », a expliqué Alexis Matondo, enseignant en 5ème année primaire de l’école La Cloche.

La responsabilité du gouvernement.

Les responsables des établissements renvoient la responsabilité au gouvernement. Tout le monde se pose la question de savoir comment ces écoles qui ne répondent pas aux normes ont pu obtenir l’autorisation d’ouverture.

En RDC, selon le secrétaire de la Sous-division de Mont-Ngafula, Jean-Pierre Gambi, pour créer un établissement scolaire il faut avoir des locaux répondants aux normes de sécurité, avec des enseignants qualifiés, et un nombre considérable des élèves déjà inscrits. Selon lui, il est permis aux nouvelles écoles de débuter les activités avant qu’elles sont officiellement autorisées de fonctionner. « C’est pour permettre aux investigateurs de l’Etat de mener des enquêtes en rapport avec la viabilité et autres », a dit le secrétaire.

Dans le programme de l’enseignement en RDC, il existe un plan pour aider les écoles en situation difficile. Il s’agit d’un projet avec beaucoup d’objectifs à long terme dont certains se réalisent déjà, notamment la distribution gratuite des manuels pédagogiques aux écoles publiques et privées. A ce propos, certains dirigeants des écoles, notamment celui du complexe scolaire Jérémie Kalenda, reconnaissent avoir reçu de la part du ministère des manuels en précisant qu’il s’agit des livres de mathématiques et de français pour la 5ème et la 6ème année primaire.

Maitre Toussaint Mutshipayi, spécialiste de droit public, considère cette situation comme une violation flagrante de l’article 42 de la Constitution de la RDC qui oblige les pouvoirs publics à protéger la jeunesse contre toute atteinte à sa santé, à son éducation et à son développement intégral.

 

Tagged , , , , , , , , , , , , ,

Related Posts

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>