Speak Magazine

Kinshasa

Les enfants de moins de 18 ans s’exposent aux accidents de taxi-moto

image3-29

Devenu le moyen le plus exploité dans le domaine du transport en commun, le taxi-moto serait à l’origine de plusieurs cas d’accidents à Kinshasa selon les services de la sécurité routière. Ph. Marc kikela

 

Par Marc Kikela Mumba

Depuis plus de 5 ans, les taxi-motos sont les moyens de transport les plus préférés des Kinois. Parmi les conducteurs de ce nouveau moyen de transport en commun, figurent les enfants de moins de 18 ans.

Sous l’œil impuissant du public, les mineurs conducteurs des taxis-motos se livrent paisiblement à cette activité à haut risque. On les voit sur les artères de la ville rouler à vive allure en dépassant les automobilistes. Sans casques de protection, ils exposent leur vie et celles de leurs clients au danger.

A l’arrêt Pompage-Malweka, une vingtaine de conducteurs sont à l’attente des clients. Parmi eux, se faufilent des mineurs dont l’âge varie entre 14 et 17 ans. Sans tenir compte de leur âge, ces transporteurs mineurs se disputent pour les passagers avec ceux plus âgés qu’eux. Avec une moto visiblement plus lourde que lui-même, un parmi ces mineurs réussit à conquérir deux clients pour lui seul. A cause du surpoids de sa moto auquel s’ajoute celui des passagers, le jeune mineur démarre difficilement son engin après avoir tenté plusieurs fois d’y parvenir.

Parcours à haut risque

Avec deux passagers derrière lui, il doit parcourir plusieurs kilomètres pour atteindre l’arrêt DGC. En route, il roule en changeant des extrémités sans tenir compte du code de la route. Sans contrôle, le jeune conducteur dépasse les véhicules et aux autres motos. Comme dans une course, il tient à tout prix à atteindre son point de chute au bout de quelques minutes.

Pendant ce temps, ses deux clients sont dans l’émoi total à cause de l’excès de vitesse. « Pour éviter le pire, je ne prendrai plus que les conducteurs adultes et responsables », a juré une des habituées des motos-taxis à l’arrêt Kintambo-Magasin. Les plaintes contre les conducteurs mineurs des motos fusent de partout où le trafic des taxis-motos est intense. A Masina, N’Djili, Ngaba, kimbaseke, Mont Ngafula et Ngaliema, ces enfants œuvrent sans êtres inquiétés par la police de circulation routière.

Sur une vingtaine d’associations qui regroupent les conducteurs des motos-taxis à Kinshasa, aucune d’entre elles acceptent la présence des conducteurs mineurs. Pour eux, la loi ne le permet pas. « Plusieurs conducteurs mineurs ont cherché à adhérer dans notre association, mais nous avons catégoriquement refusé », a expliqué Stéphan Mashiki-Mashiki, responsable d’une association des conducteurs des motos créée en 2008. Il accuse cependant certains propriétaires des motos. « Beaucoup d’entre eux, préfèrent confier les motos à des enfants pour récolter des bonnes recettes à la fin de la journée », a-t-il dit.

Venus des familles modestes, la plupart de ces enfants commencent par apprendre à conduire la moto moyennant quelques billets de banque. Le prix varie selon les liens de connaissance avec les responsables des motos. Au quartier Malweka dans la commune de Ngaliema, avec un billet de 10 USD pour certains et 20 USD pour les autres, les mineurs peuvent devenir conducteur de moto en un jour. « C’est une façon pour nous de les aider à exercer un métier », a expliqué Jasmine Kazwala,  homme réputé dans le quartier pour ses quatre motos. Devant sa parcelle, des adolescents et des adultes se succèdent tous les jours pour apprendre à conduire une moto.

Une équation difficile à résoudre pour certains parents sans moyens. Informés de la pratique de ce métier par leurs enfants, certains d’entre eux, se voient dans l’impossibilité de les interdire. « Ils courent beaucoup des risques certes mais, les accidents on peut le trouver partout », a soutenu Patrick Masoso, chômeur et père de 4 enfants dont, l’un est conducteur de moto-taxi.

L’état face à ces responsabilités

Cette pratique prend de l’ampleur dans le transport en commun de Kinshasa alors que la loi est claire à ce sujet. « Pour rouler sur les routes du pays, il faut avoir un permis de conduire délivré par l’Hôtel de ville. Selon la loi, seules les personnes en âge adulte peuvent devenir conductrices des véhicules ou des motos. Au cas contraire, tout récalcitrant est sanctionné par une série d’amendes », a expliqué Dido Wetolo, chef de poste du Sous-Commissariat de la police à Pompage.

Malgré les multiples dispositions de la loi, la pratique poursuit son bon chemin même sous la barbe des agents de l’ordre. Plusieurs fois, beaucoup d’entre eux ont été interpelés mais relâchés après un arrangement à l’amiable avec les agents de l’ordre. Au Sous-Commissariat de Malweka, aucun agent trouvé sur place n’a voulu s’exprimer sur ce sujet.

A l’article 16 de la loi portant organisation et fonctionnement de la police nationale congolaise, il est indiqué que la police veille à la protection des enfants, à la sécurité routière des voies de communication et de transport.

Malheureusement, entre la police et ces enfants, un lien de famille s’est tissé grâce au partage d’argent. « A chaque fois que je suis interpellé, je débourse quelques billets, puis je suis libre de continuer mon activité », a indiqué Leper kikela, 16 ans, conducteur taxi-moto à Delvaux.

Tagged , , , , , , , , , , , ,

Related Posts

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>