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Goma

Les élèves insolvables exposés à plusieurs dangers

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Elèves renvoyés de l’école qui jouent au terrain de football de la concession notre dame d’Afrique. Ph. Ali Assanka

 

Par Ali Assanka

A Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu, des écoliers sont chassés régulièrement de leurs classes depuis la rentrée scolaire 2014-2015. Ils ne sont pas en règle avec la prime scolaire qui conditionne leur admission en classe.

Parmi les élèves insolvables figurent ceux de la première année primaire. Au lieu de rentrer à la maison, ces enfants âgés de 6 ans pour la plupart, errent dans la ville. D’autres enfants profitent de ces moments pour se rendre dans des lieux publics et terrains des jeux pour s’amuser pendant que leurs collègues sont aux cours.

Les écoliers dans les rues de Goma

Il est 10 heures en cette matinée du jeudi 11 décembre à Goma. Les élèves venus des différentes écoles de la ville jouent au football au stade Les volcans. « Je ne pouvais pas rentrer à la maison parce que mon père n’a pas d’argent. On a décidé avec mes amis de venir jouer ici au foot », explique Claude Kasereka un écolier dans un établissement public de Goma en compagnie de dix autres collègues de classe.

Un autre groupe d’élèves insolvables a préféré aller faire la nage dans le lac Kivu. Ils courent ainsi le risque de se noyer : « Nous avons enregistré ici depuis début 2015 trois élèves qui sont morts noyés ici », dit Tigre Mbokolo, agent de patrouille de la Force navale rencontré à la Plage du Peuple de Goma. Les agents de la force navale ont reçu l’ordre  d’empêcher ces jeunes à se baigner dans le lac. « Mais, ils n’arrêtent pas de venir », souligne Tigre Mbokolo.

Aussitôt renvoyés, ces écoliers sont exposés à plusieurs dangers. Ils courent, entre autre, le risque d’être écrasés par des véhicules, de se blesser dans les stadium de foot, de se noyer dans le lac où ils nagent sans protection d’un surveillant. « Les enseignants sont aussi responsables de l’éducation des enfants et ils n’ont pas droit de faire passer l’argent en premier lieu au détriment de l’éducation », se plaint Feza, femme ménagère. Son fils vient de se fracturer la jambe au cours d’un match organisé avec ses amis dans un terrain de football de Goma après qu’ils soient renvoyés pour insolvabilité.

Dans les écoles privées et publiques, les parents sont obligés de payer des sommes exorbitantes variant entre 50 et 150 dollars américains par trimestre. « J’ai essayé plusieurs fois de demander une dérogation pour mes deux enfants mais, le Directeur n’a même pas voulu me recevoir », se plaint Maria Mongane, vendeuse des braises et mère de six enfants.

Une ville difficile à vivre

Goma est une ville récemment sorti de guerre et où trouver de l’emploi demeure un grand problème pour la population. De nombreux parents se retrouvent ainsi en difficulté de supporter les frais scolaires de leurs enfants. Pourtant, depuis vingt ans, l’Etat a abandonné la charge du fonctionnement des écoles aux parents en RDC. « Si les écoles privées peuvent renvoyer les élèves qui ne sont pas en ordre, cela ne doit pas se faire d’une manière exagérée, les écoles publiques de leur côté n’ont pas ce droit », explique Me Kambale, avocat au barreau de Goma.

Selon l’article 43 de la Constitution de la RDC, « Toute personne a droit à l’éducation (…) l’enseignement primaire est gratuit et obligatoire dans les établissements public ». Pour sa part, Jacques Mutoo Balingene, directeur provincial de l’enseignement primaire, secondaire et professionnel dans la province du Nord Kivu I (EPSP/NKI) reconnait que chasser les élèves est une mauvaise pratique. « Nous avons plusieurs fois tenté de mettre un terme à ce système, mais sans succès. Ce sont les écoles privée qui en sont les premières instigatrices car certaines écoles arrivent à chasser les enfants trois jours par semaine », dit-il.

De son côté, Habib Asokolo, gestionnaire du Complexe scolaire de l’Avenir, une école privée située dans le quartier Majengo, dans la commune de Karisimbi, affirme que les élèves sont renvoyer pour pousser les parents à payer les frais pour ainsi permettre le bon fonctionnement des établissements d’enseignement. « C’est douloureux de renvoyer les enfants, mais nous sommes contraints de le faire surtout que nous n’avons pas des subventions de l’Etat », renchéri-t-il.

Concernant la gratuité des études primaires annoncée par le gouvernement congolais, les parents et les enseignants attendent toujours sa matérialisation sur toute l’étendue de la RDC.

 

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