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Kinshasa

La population de Lutendele vit sans électricité depuis deux décennies

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Sans poteaux ni cabines de la Snel, le quartier Lutendele vit dans le noir depuis sa création. Ph. Gina Mujinga

 

Par Gina Mujinga

Lutendele, l’un des quartiers périphériques de la commune de Mont-Ngafula, vit dans l’obscurité depuis sa création. Dans ce quartier riverain du fleuve Congo, situé dans la partie Ouest de Kinshasa, l’obscurité bat son plein toutes les nuits.

Aucune trace des câbles, des poteaux, ni des cabines électriques de la Société nationale d’électricité (SNEL) ne sont aperçus dans les rues et avenues de Lutendele. Chaque soir, les habitants font face à des vrombissements des groupes électrogènes qui vont jusqu’aux petites heures du matin. Dans un quartier majoritairement pauvre, seuls quelques foyers recourent à des groupes électrogènes et à des panneaux solaires pour palier à cette crise d’électricité.

Difficile pour certains habitants de passer une nuit paisible à cause des bruits engendrés par ces moteurs qui produisent de l’électricité. Les enfants et les vieillards de cette cité ne sont pas épargnés par cette situation qu’ils supportent à peine. « C’est souvent le soir que nous sommes confrontés à des bruits qui nous empêchent même de bien dormir », a témoigné une dame de 70 ans révolus.

Un matin pénible

Lorsqu’arrive le matin, ils sont nombreux, parmi les habitants de Lutendele, à aller d’un quartier à l’autre pour chercher le courant électrique. Pour repasser les habits, charger les téléphones, moudre les maïs et maniocs, ils envahissent les quartiers Mbudi et Pompage. Certains d’entre eux sont même obligés de verser quelques billets de banque pour avoir accès à l’électricité dans ces deux quartiers voisins. Dans ce cas, il faut deux cents francs congolais pour charger les téléphones et plus encore pour d’autres besoins.

Même pour ceux qui ont des panneaux solaires et groupes électrogènes éprouvent aussi des difficultés. N’étant pas capables d’acheter du carburant tous les jours, beaucoup se plaignent du manque de courant électrique dans cette partie de Kinshasa. « Notre prière de tous les jours est d’avoir un soleil brillant. Sinon, il est impossible d’alimenter nos maisons en courant électrique », a expliqué Reddy Lunkunku, un habitant Lutendele qui souffre de cette situation depuis  12 ans.

La situation est la même dans les écoles et les centres de santé de Lutendele. Construits en 2007, le centre de santé « Bolingo » fonctionne sans courant de la SNEL. Les interventions chirurgicales et autres opérations se font grâce à l’alimentation électrique d’un panneau solaire. Selon Charles Kitenge, médecin responsable de ce centre, son personnel recourt aux lampes à pétrole, torches et panneau solaire pour soigner les malades. Durant 15 ans, ce centre de santé vit dans cette situation déplorable.

Dans ces conditions, explique le médecin, il est souvent difficile de bien s’occuper des malades parce qu’il n’est pas possible de conserver aux frais les produits pharmaceutiques. Pour palier à cette situation, les rares centres de santé retrouvés dans ce quartier, préfèrent transférer les malades dans des hôpitaux des quartiers alimentés en courant électrique.

Démarche sans succès

Touchés par cette crise d’électricité, quelques habitants ont initié plusieurs fois des démarches auprès de la SNEL dans l’espoir de voir leur quartier être alimenté en énergie électrique. Malheureusement pour eux, cette entreprise est restée muette. A la SNEL, on indique que le quartier Lutendele n’avait pas encore beaucoup d’habitants lorsque cette entreprise avait lancé en 2012 le projet d’alimentation des quartiers dépourvus de l’électricité.

Cette opération, explique les responsables de la SNEL, concernait uniquement les quartiers surpeuplés de Kinshasa afin d’éliminer les poches noirs pour lutter contre l’insécurité dans la capitale. Lancé il y a trois ans, ce projet dénommé « Electricité pour tous » est à sa première phase financée par la Banque Afrique Développement (BAD) à la hauteur de près de 2 millions dollars américains (1.901.269 USD).

Lutendele et les quartiers qui n’ont pas été concernés par cette première phase devront attendre les autres phases de ce projet qui vise à augmenter le taux de fourniture de l’électricité à Kinshasa. Exécuté par la société allemande ABB, ce projet qui va jusqu’en 2017 concerne les quartiers des communes périphériques de Kinshasa.

Une population abandonnée

L’accès à l’eau et à l’électricité est un droit pour tout congolais selon l’esprit de la Constitution dans son article 48. Malheureusement, plusieurs quartiers de Kinshasa parmi lesquels Lutendele, continuent à vivre dans le noir sous l’œil impuissant des autorités du pays. Avec plus de 70 millions d’habitants, la RDC a un des plus grands barrages du continent africain. Le barrage d’Inga construit vers les années 1970 peut alimenter plus de la moitié de l’Afrique, selon les experts de cette entreprise publique. Cependant à cause de la mauvaise gestion et de la vétusté des machines, seuls 30% de la population congolaise a actuellement accès à l’électricité.

Cette situation ne répond pas à la volonté de la Charte africaine que la RDC a ratifiée. Ce document, signé par plusieurs Etats africains, explique dans son article 21 que : « Les peuples ont la libre disposition de leurs richesses et de leurs ressources naturelles ; ce droit s’exerce dans l’intérêt exclusif des populations. En aucun cas, un peuple ne peut être privé ». A ce sujet, la Charte africaine des Droits de l’Homme et des peuples stipule dans son article 13 que « Toute personne a le droit d’user des biens et services publics dans la stricte égalité de tous devant la loi ».

 

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