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Goma

L’insécurité amène les jeunes à la justice populaire

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Le général Vital Awashango (au milieu), lors d’une parade avec les troupes de la police. Ph, Mustapha Mulonda

 

Par Safia Nyondo

Depuis début décembre 2014, cinq personnes ont été assassinées dans la ville de Goma, capitale de la province du Nord-Kivu dans la partie Est de la RDC. Les auteurs de ces meurtres sont des bandits à mains armées.

« Nous avons enregistré plusieurs morts au courant de cette année à Goma. Et aucun de leurs auteurs n’a été appréhendé par la police. Nous avons le sentiment d’être abandonné à nous même », témoigne un habitant de Majengo, un des quartiers populaires de Goma.

L’insécurité prend des allures inquiétantes au centre ville de Goma. Depuis bientôt deux ans, toutes les activités s’arrêtent dès que la nuit approche. Une fois que la nuit arrivée, les actes d’extorsions et des vols à mains armés sont signalés dans les différents quartiers de cette partie de Goma. Débordée, la police essaye tant soit peu de s’impliquer pour éradiquer ce climat d’insécurité.

En colères et animés d’un sentiment de révolte, des jeunes de différents quartiers, dont Katoyi, Virunga, Mabanga, Majengo au centre ville, organisent des patrouilles de nuit pour traquer eux-mêmes les présumés auteurs de ces tueries.

Au cours des ces opérations de lutte contre la criminalité, quelques bandits ont été appréhendés par la population de Goma. Déterminés à se faire justice, les Gomatraciens règlent les comptes aux personnes arrêtées en les tabassant et voire même en les lapidant. « Nous préférons les achever sur le champ. Tous ceux que nous avons amenés à la police ont été relâchés quelques jours plus tard. On les aperçoit circuler dans les rues sans être inquiétés… », témoigne Jules Hakiza, habitant du quartier Majengo dans la commune de Goma. Il affirme avoir décidé de prendre part à ces opérations pour venger la mort de son jeune frère assassiné par des inconnus en septembre 2014. Selon lui, un des présumés auteurs du crime contre son frère avait été interpellé et traduit en justice puis relâché 3 mois après.

Au courant de cette situation, les responsables de la police nationale de Goma appellent les habitants de Goma d’arrêter avec la justice populaire. « Nul n’a le droit de se rendre justice », a indiqué le commissaire provincial de la Police nationale congolaise du Nord-Kivu avant d’ajouter qu’il y a plusieurs présumés bandits que la police a sauvé des mains des justiciers populaires. Selon la même source, plus de 5 présumés auteurs des crimes ont été tués par la population dans les quartiers Katoyi et Ndosho. « Certains parmi eux, ont été brulés vifs et d’autres lapidés », a précisé le commissaire Vital Awashango.

Pour les habitants de Goma, la population a décidé de se rendre justice après avoir constaté que les services de l’Etat chargés de la sécurité et de la justice n’étaient pas à la hauteur de leurs missions. « Les services de sécurité doivent nous venir en aide car l’insécurité ne fait que s’accroitre d’avantage dans notre province », martelle Gervais Muhima, habitant du quartier Katoyi.

Maître Olivier Bahemuke, Secrétaire exécutif d’Alerte Congolaise pour l’Environnement et les Droit de l’Homme (ACEDH), une ONG des droits humains, s’insurge également contre les tueries opérées par les bandits à mains armées à Goma. Il déplore cependant l’initiative des jeunes qui consiste à se rendre justice eux-mêmes. « Les autorités ont l’obligation de protéger les citoyens », martèle-t-il.

Citant l’article 16 de la constitution de la RDC : « la personne humaine est sacrée… Toute personne a droit à la vie, à l’intégrité physique ainsi nul ne peut être soumis à un traitement cruel, inhumain ou dégradant », l’homme des droits indique que la population n’a pas droit de tuer et surtout qu’à ce niveau les personnes accusées bénéficient de la présomption d’innocence.

Des innocents en payent aussi le prix

A Goma, même les innocents sont victimes de la justice populaire. « Mon père était tabassé à mort par les jeunes de mon quartier. Ivre et incapable de se défendre, il a été taxé de voleur. Ce n’est qu’après qu’on s’est rendu compte que c’était mon père », témoigne tristement, un habitant de Katoyi.

La police interdit les « patrouilles des jeunes » et s’implique

Pour mettre fin à la justice internationale, la police nationale a interdit, depuis début décembre, les patrouilles initiées par les jeunes de la ville de Goma. « Sera puni par la loi, ce jeune qui se donnera à faire la patrouille ou se rendre justice », a souligné le commissaire de la Police, Vital Awashango, au cours d’une adresse à la radio publique. Et de poursuivre : « Je vous demande de dénoncer tout cas suspect à la police ».

L’inspecteur provincial de la police de Goma, Vital Awashango, ne cesse, lui, d’appeler la population de collaborer avec la police. « C’est grâce à votre soutien que nous sommes parvenu à capturer ces bandits qui vous ont fait souffrir », remercie-t-il régulièrement la population lors de son adresse à travers les médias.

 

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