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Bukavu

Des séropositifs stigmatisés dans certaines églises de réveil

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Des infirmiers à l’occasion de leur journée internationale. Ph. Munor Kabondo

 

Par Euphrasie Muderwa

Dans certaines églises de réveil de Bukavu, les personnes séropositives sont victimes de nombreuses formes de stigmatisation. Refus de célébration de mariage et rejet de leur communauté sont entre autre les difficultés auxquelles elles se heurtent. Pourtant, la loi leur assure protection.

Ce mois de février 2015, dans une église de réveil de Panzi, dans la commune d’Ibanda, un mariage est annulé par le pasteur. « Après le test du sang des deux prétendants, il s’est avéré que Felix* est malade du VIH sida. Pour cette raison nous ne pouvons pas bénir ce mariage », annonce brusquement le pasteur aux fidèles venus nombreux pour assister à cette cérémonie de mariage avant de s’éclipser aussitôt. La nouvelle créée un grand choc dans l’assistance qui se disperse aussitôt. « Ce garçon vient de déshonorer l’image de ma famille avec son sida », se plaint son père jurant de ne plus jamais le recevoir chez lui. Suite à cette annonce du pasteur, Felix ne sera plus le bienvenu dans sa famille, son église et dans son quartier. Il vivra désormais sous le poids de la discrimination et de la stigmatisation.

Une pratique courante

Le cas de Felix n’est pas pourtant isolé dans la ville de Bukavu. « Nombreuses églises de réveil exigent les tests de sangs aux futurs époux avant la célébration du mariage, et annoncent publiquement les résultats sans le consentement de ces derniers », regrette John Nyagaza, coordinateur de l’association des séropositifs du Sud Kivu.

Les responsables de ces églises justifient cela par le souci de protéger leurs fidèles et de décourager la débauche chez les jeunes. « Une personne qui attrape le VIH sida est une preuve qu’elle a commis la débauche. C’est une pécheresse et ne mérite pas de communier avec les enfants de Dieu », déclare Joseph Bwenge, pasteur d’une église de réveil de Cimpunda dans la commune de Kadutu.

Un point de vue partagé par nombreux autres pasteurs dans les églises de réveil locales. « C’est de notre devoir de protéger nos fidèles du danger. Refuser de célébrer ces mariages c’est combattre l’adultère et le péché », argue pour sa part pasteur Buhendwa, de la chambre de prière Moto yabwana (feu du seigneur). « Célébrer un mariage séropositif c’est cautionner le pêché »,insiste-t-il.

Ainsi, les séropositifs sont soit excommuniées dans ces églises, soit soumis à la stigmatisation. « Le sida est une sanction de Dieu contre les pécheurs. Une personne qui a le sida est condamné à mourir dans le pêché », prêchait sur une radio confessionnelle, il y a deux mois, le pasteur AdamielMihigo, responsable d’une église de réveil locale.

Par contre, Sebu Munjolo, pasteur au sein de la communauté des églises pentecôtistes, pense que ces églises de réveils devaient cesser de rejeter les personnes contaminées du VIH sida. « Elles ont tous les droits comme nous. Parce que les personnes saines peuvent être contaminées demain. Et Dieu ne les voit pas comme des pécheurs mais comme ses enfants », affirme-t-il.

Une violation des droits humains

Selon l’article 32 de la loi portant protection des droits des personnes vivants avec le VIH sida en RDC, « toute stigmatisation ou discrimination à l’endroit d’une personne du fait de son statut sérologique au VIH avéré ou présumé, de celui de son conjoint ou de ses proches, est interdite en milieu religieux »« Les informations sur le test de dépistage du VIH pratiqué sur une personne ne peuvent être révélées aux tiers qu’avec le consentement exprès de la personne concernée, dans l’intérêt de cette dernière ou sur réquisition des autorités judiciaires », ajoute l’article 40 de la même loi.

« Le fait pour les responsables d’églises d’annoncer en public que telle personne ou telle autre est infectée du VIH sida, sans le consentement de celui-ci, constitue une violation des droits humains », affirme Me Patrick Mitima, membre du Collectif d’actions de lutte et d’innovation, CALIN asbl. « Cette situation aggrave aussi la discrimination et la stigmatisation contre les personnes vivant avec le VIH », ajoute pour sa part John Nyagaza.

Pour Me Mitima, les victimes ont le droit de saisir la justice contre les pasteurs auteurs de cette situation. « Il faut que les hommes d’églises cessent de stigmatiser et de discriminer les personnes séropositives. Ils doivent comprendre que le VIH est une maladie qui peut atteindre tout le monde », conseille-t-il.

 

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