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Bukavu

Des policiers de roulage se font corrompent publiquement à Bukavu

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La place Mulamba-Nguba, en pleine ville de Bukavu, où on retrouve régulièrement des policiers de la circulation routière. Ph. Alliance Faïda

 

Par Béatrice Balola Nshokano

A la place de l’indépendance, dans la commune d’Ibanda, la circulation est difficile dans l’après midi du mercredi 24 décembre 2014. On constate des embouteillages, de part et d’autre, sur les deux bandes de la route. Impatients, les chauffeurs clacksonnent à tout bout de champ, pour se trouver un issu. Dans cet embouteillage monstre, on aperçoit des policiers de circulation routière réguler en vérifiant aussi les documents des conducteurs.

« A vrai dire, ils sont plus intéressés par l’argent que les documents », explique d’un air rassurant, un chauffeur d’un taxi en avançant vers les policiers de circulation routière. « Vos documents ! », lui ordonne un des policiers. A la place des documents demandés, le conducteur lui glisse deux billets de 500 francs congolais (environ 1 dollar américain). Rapidement, l’agent de l’ordre les glisse, à son tour, dans sa poche. « C’est bon, vous pouvez passer », dit le policier en laissant la voie libre au conducteur de taxi. La scène entre le conducteur et l’agent de la police soulève un débat parmi les passagers. « C’est très honteux ça », lance Adeline Mwilare, jeune étudiante, assise juste à coté du chauffeur. Cette étudiante en droit explique ne pas comprendre comment la corruption peut être d’une telle ampleur dans la ville, alors que c’est une infraction.

Et pourtant, tout le monde ne partage pas son avis dans le taxi. Ernest, agent de la fonction publique justifie à sa manière, l’acte du policier et du conducteur. « Si cela permet au policier de vivre et au chauffeur de faire paisiblement son travail où est le mal ? », dit-t-il.

A son tour, le chauffeur, lui, essaye de calmer le débat. « Justement cela nous permet de rester en paix sur la route même lors qu’on n’est pas en règle avec les documents permettant de rouler sur les routes publiques », souligne-t-il en ajoutant que depuis 6 mois, il roule sur les routes de Bukavu sans permis et sans aucun document d’assurance.

Pratique qui terni l’image de PCR

Selon les services en charge du transport public, il existe des centaines de véhicules qui roulent dans l’illégalité dans la ville de Bukavu. Nombreux conducteurs sont engagés sur la voie publique même sans permis de conduire, et sans formation appropriée. « C’est une irrégularité face à la quelle certains agents de police ferment les yeux en contre partie de l’argent », regrette Salvator Mubalama, membre de la société civile du Sud-Kivu. Cette pratique, qui a pris de l’ampleur dans la ville, est même surnommé « rapport ».

Claude Kaseke est le secrétaire de l’Association des Chauffeurs du Congo (ACCO) au Sud-Kivu. C’est depuis plus de 10 ans qu’il exerce le métier de taxi-man et connait à fond ce problème. Il s’est fait arrêté et a vu ses collègues se faire arrêter pour avoir refusé de conformer à cette pratique. « Si vous refusez de payer le rapport, ils trouvent toujours une infraction à vous coller. Ils vous harcellent à tel point que vous vous sentez à tout moment en insécurité sur la route », témoigne-t-il.

Ainsi, les conducteurs de taxis véhicules se retrouvent soumis à ce régime qui conditionne cette collaboration. Ils payent de l’argent aux policiers, qui sont obligés de fermer l’œil sur des contraventions de la route dont ils se rendraient coupables. « Ces conducteurs gagnent beaucoup d’argent par jour, qui les permettent de nourrir leurs familles. Et nous, on gagne quoi comme salaire? Des miettes ! », justifie un agent de police de roulage commis au marché de Nyawera, dans la commune d’Ibanda.

Action sans succès

Depuis deux ans, l’organisation Vision Sociale (VISO) dénonce cette pratique qui constitue, selon elle, une forme de corruption. Selon l’avocat Pappy Kajabika, coordinateur de cette organisation, il est anormal que cette pratique continue à être d’actualité à ces jours. « Nous avons écrit au responsable de la police pour dénoncer cette pratique illégale et nous lui avons demandé d’agir », affirme-t-il. Malheureusement, la situation est restée la même malgré les plaidoyers menés par son organisation auprès de l’Etat depuis bientôt deux ans.

« Nous avons reçu autant de promesses. Les responsables de police qui se sont succédés au Sud-Kivu ont promis d’en faire leur priorité. Mais cela est resté une lettre morte », confie pour sa part, Christian Wanduma, responsable de l’organisation SAJESSEK-Forces vives, une autre organisation qui travaille sur cette thématique.

En République Démocratique du Congo (RDC), le code pénal à son article 147 punit, en effet, tout fonctionnaire ou officier public : « s’il a agréé des offres ou promesses, ou s’il a reçu des dons ou présents, soit pour faire, dans l’exercice de sa fonction, de son emploi ou de sa mission, un acte injuste, soit pour s’abstenir de faire un acte qui rentre dans l’ordre de ses devoirs ». Sa peine peut ainsi aller de deux à quatre ans de prison ferme précise la loi. « Nous regrettons de ne pas enregistrer des officiers de police arrêtés et déférés devant la justice pour corruption alors que ces infractions se consomment publiquement », a déploré Me Pappy Kajabika.

Au commissariat provincial de la police, on affirme être préoccupé par cette question. « Des actions sont menées au sein de notre police pour décourager cette pratique », souligne le major Floribert Fwakiadi Massampu, commissaire  supérieur adjoint de la police du Sud-Kivu. Il invite de son côté, les propriétaires des véhicules à ne pas verser cet argent au près de la police. « Ils doivent savoir que la loi punit les corrupteurs et les corrompus », précise-t-il, en ajoutant que quelques policiers auteurs croupissent dans les prisons de la ville.

Pour la société civile, il faudrait une implication globale pour mettre fin à cette situation qui ternit l’image du pays. Pour Jean Chrysostome Kijana, président de la nouvelle dynamique de la société civile, il suffit d’une ferme volonté pour que cette pratique, qui salie l’image de RDC, soit éradiquée à la satisfaction de tous les Congolais.

 

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