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Kinshasa

Des malades démunis abandonnés dans les hôpitaux de Kinshasa

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Après une collette d’argents, deux vieux hommes logés à HGRK peuvent prendre tranquillement le petit déjeuné pour ainsi calmer momentanément la faim. Ph. Charlène Taty 

 

Par Charlène Taty

Tomber malade lorsqu’on n’a pas les moyens pour se faire soigner, peut précipiter la mort des souffrants en RDC. A l’Hôpital Générale de Référence de Kinshasa (HGRK), tout comme au Centre Neuro-Psycho Pathologique (CNPP), les malades démunis ne savent pas à quel saint se vouer.

Il est 9 heures dans la capitale congolaise, l’hôpital général de Référence de Kinshasa (HGRK) accueille un grand nombre des malades et visiteurs. Comme tout les jour, cette grande formation médicale de Kinshasa reçoit une centaine des nouveaux malades. Compté parmi les hôpitaux les moins chers du pays, le HGRK reçoit aussi des malades dépourvus de moyens.

Gabie Mwilu figure parmi les malades admis dans ce grand hôpital pour des soins médicaux. Elle souffre du cancer des seins qui l’a amené à l’hôpital où, malheureusement, elle ne bénéficie pas des soins appropriés faute des moyens financiers. Depuis les trois mois qu’elle est ici, elle a été placée au pavillon réservé aux malades insolvables.

D’un air triste, elle s’inquiète de son sort car elle ne sait pas comment guérir de son cancer. Elle ne reçoit aucune visite de médecin et même pas d’un infirmier. Sa prière de tous les jours, est de voir un jour quelqu’un de bonne volonté venir  à son aide.

Elle n’est pas la seule dans cette situation à HGRK. Ils sont une vingtaine qui sont logés au pavillon des démunis. Ils passent des jours pénibles dans ce pavillon. Lorsqu’on y approche, on est frappé par l’odeur nauséabonde qui sort de ces locaux. Une fois à l’intérieur, le constat est amer. Sur des lits en état de délabrement, sont allongés des malades presque sans vie. Couverts dans des draps sales, ces malades abandonnés n’ont visiblement plus goût à la vie.

Des malades poussées à la mendicité

Sans espoir, ceux qui ont un peu de force s’adonnent à la mendicité dans la cour. « Nous sommes obligés de mendier pour pouvoir s’acheter des médicaments et trouver de quoi manger », a expliqué Yvette Ngalula. Yvette est diabétique, et il lui faut chaque jour deux injections d’insuline pour stabiliser son taux de sucre. « Faute d’argent, je ne sais plus les avoir. Depuis un jour, j’ai des terribles vertiges », affirme-t-elle avant d’ajouter : « Personne ne s’occupe de nous. Ils attendent seulement notre mort pour nous conduire à la morgue ».

Assis sur le sol au bord du couloir qui longe la salle d’urgence centrale de l’hôpital général, Grâce Mpia tend la main à tous les passants, dans l’espoir de recevoir d’eux quelques billets de banque. « J’ai été amputé d’une jambe il y a plus de 2 mois. Ma famille est à court des ressources. Je manque même des compresses et d’ouates pour le pansement. La plaie s’est même infectée », déclare t-il en exhibant sa plaie qui ne fait que se détériorer faute des soins. Pour ne l’avoir pas changé, le bandage qui couvre sa plaie prend déjà la couleur verdâtre. « Le pansement se fait seulement lorsqu’il y a des gens de bonne foi qui me donnent un peu d’argent », dit-il d’une voix triste. Là où il est assis, les hommes en blouse blanche passent sans prêter attention à son état de santé.

Le constat est le même au CNPP. Dans cette institution publique qui s’occupe des malades mentaux, les pensionnaires sont mis à la porte pour insolvabilité. On voit certains trainer dans la cour du CNPP et d’autres, sillonner les longs des artères de la ville.

Un personnel médical impuissant

Sous couvert d’anonymat, le chef de l’un des départements de l’hôpital Général de Kinshasa explique : « Ce n’est pas par mauvaise foi que nous ne soignons pas ces malades. L’hôpital a mis à leur disposition les bâtiments et quelques matériels ». Du côté de l’administration, aucune autorité administrative ne s’est laissé approcher.

Selon un médecin du CNPP, les malades sont souvent abandonnés pour deux raisons. D’abords lorsque la famille se rend compte que la personne malade ne peut plus guérir et lorsqu’elle n’a plus des moyens pour financer les soins de sa maladie. Pour lui, l’Etat congolais a démissionné de sa mission qui est celle de s’occuper des malades démunis.

Pour Georges Makaya, magistrat de son état, tout homme a droit à une bonne santé et l’Etat a le devoir de s’occuper de la santé publique de tout citoyen. Il appuie son argument sur les articles 40 et 47 de la Constitution de la RDC qui stipulent que tout homme a le droit d’avoir un meilleur état de santé quelle que soit sa condition économique. Le droit aux soins, y compris la santé à toute personne, est un devoir pour la famille avec l’aide des pouvoirs publics en cas de besoin. « Il est du devoir de l’Etat de soutenir les personnes vulnérables. Les malades et les démunis sont en droit de bénéficier de l’aide de l’Etat », a-t-il ajouté.

 

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