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Kinshasa

Carence des matériels didactiques spécifiques pour les élèves non voyant

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Des écoles pour les personnes handicapées sont moins nombreuses à Kinshasa. Ph. Yannick Makengo

 

Par Yannick Makengo

En dépit des infrastructures qu’il dispose, l’Institut national pour Aveugles (INAV) éprouve des difficultés énormes en ce qui concerne les outils appropriés pour assurer une formation adéquate des élèves aveugles. Ce constat est fait régulièrement lors des heures de cours à l’INAV.

Dans une salle de classe de 15 élèves, moins de la moitié ont des matériels didactiques. Sans tablettes, papiers brailles et poinçons, la majorité d’élèves de l’INAV s’en sortent difficilement pour suivre les cours. Les élèves qui n’ont pas du matériel s’accrochent à leurs collègues qui en ont pour être à la page. Une réalité qui retarde l’évolution des enseignements à l’INAV.

« J’ai vraiment la volonté d’étudier, mais je n’ai pas les objets classiques parce que cela coutent énormément cher. À tel enseigne que ma famille est dans l’impossibilité de me les acheter », a expliqué Constant Duki, élève de 2ème secondaire et aveugle de naissance avant de préciser que chaque élève se débrouille.

Avec des poinçons qu’ils utilisent comme des stylos, les élèves de cet institut écrivent à tour de rôle sur des tablettes en forme des ardoises. Dans ces tablettes, sont placées des papiers brailles sur lesquelles les élèves apprennent tout à l’aide de poinçons en déplaçant légèrement la tablette de droite à gauche. Après cette étape, les élèves renversent la position initiale des papiers brailles pour ainsi lire les écrits au sens inverses en se servant des doigts.

Avec beaucoup de difficultés dans l’apprentissage, les élèves munis des objets pédagogiques viennent souvent au secours de ceux qui n’en ont pas. « Maintenant je peux bien associer la théorie à la pratique parce que depuis l’année dernière ma tante m’a envoyé un équipement d’outils à partir de l’Europe », a dit Presley Makabi, élève de 3ème année à l’INAV.

L’INAV est l’un des rares établissements à travers la ville province de Kinshasa qui forme les élèves mal voyant et voyants. Issus des différentes familles kinoises, les enfants de cette école affirment toujours s’entraider entre eux pour bien assimiler les leçons. « A la fin de chaque leçon, je suis obligé de dicter les notes à mes condisciples en difficulté », a relatée une élève voyante de 3ème année des humanités qui s’est exprimée en anonymat.

Outre les difficultés matérielles, les enseignants de l’INAV expliquent qu’ils ont confrontés chacun à des problèmes de sensibilisation en rapport avec l’inscription des enfants. « C’est un travail très délicat, car il faut souvent aller vers les enfants non voyant partout où ils sont », a témoigné l’enseignant André Debele Akonda. Après avoir été admis dans cet établissement d’éducation, les élèves non voyant bénéficient d’un programme de réadaptation avant d’être orienter dans les promotions selon les capacités intellectuelles de chacun.

A cette institution d’éducation se trouve un centre de formation des encadreurs des élèves non voyant. Dans ce cadre, l’INAV prévoit la tenue d’un séminaire de formation des agents en rapport avec l’enseignement spécialisé pour les aveugles. Pour certains parents, ces efforts déployés par les responsables de cette école ne peuvent porter des fruits que lorsque l’INAV connaitra du soutien de la part de l’Etat congolais. « Nous avons besoins plus d’enseignants qualifiés en enseignement spécialisé », a dit le directeur et chef d’établissement, Kweno Ndombasi.

L’apport de l’Etat

En 2014, une nouvelle loi,  N° 14/004, a été votée pour renforcer l’encadrement des personnes handicapées en RDC. Cette loi reconnait et encourage l’enseignement spécialisé sur toute l’étendue du pays.

Pour Jean Jacques Mwanafumwendi, activiste de droits de l’homme, la convention internationale des Nations Unis relative aux droits des personnes handicapées de 2006, ratifié par la RDC, reconnait le droit à l’éducation de ces personnes. Dans son article 24 il est dit : « Les Etats parties donnent aux personnes handicapés la possibilité d’acquérir les compétences pratiques et sociales pour faciliter leur pleine égale participation au système éducatif ».

Dans le même ordre d’idée, la constitution de la RDC renforce cette disposition, dans son article 49 en ces termes : « La personne du troisième âge et la personne handicapée ont droit à des mesures spécifiques de protection en rapport avec leurs besoins physiques, intellectuels et moraux ».

 

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