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Bukavu

Les femmes sensibilisées à voter pour d’autres femmes

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Au cours d’un sommet national organisé à Kinshasa par UCOFEM, les responsables des médias ont été sensibilisés sur l’occupation des femmes journalistes à des postes stratégiques. Ph. Munor Kabondo

 

Par Jonas Musafiri

2015, est une année qui s’annonce électorale en République démocratique du Congo. Au cours de cette année sont prévues des élections municipales, urbaines et locales. Elles devront se clôturer par les élections législatives nationales et présidentielles en 2016. C’est pour préparer ces nouvelles élections que les femmes ont lancé, ce mois de mars, des sensibilisations pour une meilleure représentativité dans les institutions par les élections.

A Bukavu, seules deux femmes siègent à l’assemblée provinciale sur une trentaine de députés provinciaux que compte la province du Sud Kivu. L’une a été élue et l’autre cooptée lors des élections de 2006.

Au niveau national, la situation est aussi la même. « A la députation nationale, une seule femme a été élue dans en 2011 dans toute la province du Sud-Kivu », regrette Solange Lwashiga, coordinatrice du Caucus des femmes pour la paix, une ONG de promotion de la femme. C’est pour relever ce défi que différentes organisations féminines viennent de lancer une campagne visant à accompagner la femme lors des prochaines élections.

Sensibiliser pour maximiser les chances !

Le combat actuel des femmes est de rafler beaucoup de voix lors des prochaines élections et cela à divers échelons. Mais aussi, de voir des femmes être alignées davantage par les partis politiques sur les listes des candidats aux différents postes. « Nous appelons les responsables des partis politiques à aligner les femmes sur les listes électorales des partis politiques », lançait, début mars, Jacqueline Ngengele, chef de division du genre du Sud-Kivu.

Depuis janvier 2015, des conférences, plaidoyers ainsi que des émissions de radio, sont organisés en vue de sensibiliser les femmes à voter pour des femmes. Mais, dans un environnement plein des préjugés à l’égard de la femme et où l’espace politique a longtemps été dominée par l’homme, le combat se veut rude. De nombreux habitants continuent à douter des capacités des femmes à gérer. « Je ne peux pas voter pour une femme », déclare brutalement Zawadi Mwesso, habitante de la ville de Bukavu. « Les femmes ne peuvent rien faire parce qu’elles ne sont pas soudées et elles sont manipulables », justifie-t-elle.

Le doute sur les capacités des femmes et leur désunion affecte malheureusement leur possibilité d’assumer des fonctions de responsabilité, estime Marcellin Cishambo, gouverneur du Sud Kivu, « Je demande aux femmes de se réjouir chaque fois qu’une d’elle est promue au poste de direction au lieu de dire que telle ou telle autre femme ne peut rien », lance-t-il lors de la commémoration de la journée internationale de la femme. « Les femmes sont à mesure de travailler, d’élire et d’être élues autant que les hommes. Et cela ne pourra être possible qu’avec l’accompagnement des autres », souligne-t-il.

Mais au-delà de ces considérations, plusieurs personnes comprennent de plus en plus l’importance de l’implication de la femme dans la gestion de la chose publique. « Nous devons d’abord les élire pour les juger sur base de ce qu’elles ont fait », affirme pour sa part Mungazi Ciza, une agricultrice d’Idjwi.

30% au moins dans les institutions

Selon l’article 14 de la Constitution de la RDC,  « …, la femme a droit à une représentation équitable au sein des institutions nationales, provinciales et locales. L’Etat garantit la mise en œuvre de la parité homme-femme dans lesdites institutions ». Malheureusement, l’application et le respect de ce prescrit constitutionnel continue à poser problème sur le terrain. « Au Sud Kivu, sur 30 députés provinciaux on ne compte que deux femmes. De même pour l’assemblée nationale. Sur les 32 députés nationaux élus au Sud Kivu, une seule était une femme. Nous sommes encore loin de respecter la parité », regrette Espérance Mawanzo, directrice de l’Observatoire pour la parité au Sud Kivu.

Aimée Matabaro, directrice du Cadre permanant de concertation de la femme congolaise, CAFCO, estime, quant à elle, qu’il faut un éveil de conscience de la part des animateurs des partis politiques mais aussi des femmes. « Les potentielles candidates ne doivent plus se contenter de servir de suppléante. Elles doivent aussi postuler pour occuper les postes de prise de décision », encourage-t-elle.

Dans la province du Sud Kivu, les femmes se montrent de plus en plus actives et engagées à promouvoir d’autres lors des prochains scrutins. Un engagement plutôt salué par nombreux hommes engagés à leurs côtés. « Il est plutôt difficile de voter les femmes à 50% voire 100% mais pas impossible, c’est pour quoi les femmes sont à mesure d’arriver à ce pourcentage sans nul doute », affirme, optimiste, Jean Julien Miruho, ministre provincial de l’intérieur.

En attendant, des ONG féminines, personnalités et structures de défense des droits des femmes plaident pour l’atteinte des 30% des femmes dans les institutions. « Nous devons tout faire pour voter pour nos consœurs à au moins 30% lors des prochaines élections », plaide Gisèle Balegamire, ministre provinciale de la justice.

 

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