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Kinshasa

Les érosions transformées en dépotoirs polluent l’air et l’environnement dans les quartiers de Kinshasa

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Au quartier Champ de tirs, la terre s’affaisse sous l’œil impuissant des autorités publiques. Ph. L’Objectif

 

Par Sifa Kaleta

Kinshasa, capitale de la République Démocratique du Congo (RDC), fait face à plusieurs cas d’érosions. Ngaliema et Mont-Ngafula figurent parmi les communes les plus touchées par ces catastrophes naturelles. Plusieurs quartiers de ces municipalités risquent de disparaitre de la carte géographique de Kinshasa si rien ne se fait.

Aux quartiers Djelo Binza et Kimpe, une partie de terre effondrée par les érosions a été transformée en un dépotoir d’immondices. A Djelo Binza, les usagers de la route Matadi sont, au quotidien, frappés par les odeurs nauséabondes dégagés par d’immondices jetées par la population. Pratique qu’elle a optée dans le but de lutter contre les érosions qui détruisent progressivement cette partie de la capitale. On observe des piétons, comme des passagers à bord des bus, se protégeaient contre ces odeurs en plaçant leurs mains sur les nez. Les boutiques, les terrasses, restaurants de fortunes, les alimentations et pharmacies de cette contrée, sont envahis par les odeurs que dégagent ces tas d’immondices.

Selon les habitants de ce quartier, c’est depuis plus d’une dizaine d’années qu’ils font face à cette situation qui a pollué l’environnement. Pour Charles Kongo, responsable d’une cabine téléphonique, la population de cette partie de Kinshasa est abandonnée à son triste sort. Exposée à des plusieurs maladies, la population est contrainte à dépenser plus d’argents pour des soins.

Le quartier « Champ des tirs » situés dans la même commune est aussi exposé au même problème. Dans ce quartier, on signale l’écroulement des maisons chaque mois. Cette situation est occasionnée par une érosion qui avance à pas de géant. Abandonnée à elles-mêmes, les populations de cette partie de Kinshasa Ouest, n’ont plus que leur larme pour se consoler.

Bienvenue Munoza, mère d’une famille, assiste impuissamment à la menace de la disparition de sa parcelle située sur l’avenue Sama. Depuis 2011, une érosion menace le quartier et est en voie d’atteindre sa parcelle. Il ne reste plus qu’environ 15 mètres pour que sa famille soit obligée de vider les lieux à cause de cette érosion. Dans le cadre des travaux publics, les services de l’Etat ont initié des travaux de construction de nouvelles canalisations d’eau qu’ils ont abandonnés quelques temps après. Une attitude qui a plongé la famille de Munoza et d’autres riverains dans une inquiétude totale.

Plusieurs parcelles sont concernées par cette érosion qui a déjà englouti plus de 50 mètres de terre. Les maisons touchées par cette érosion perdent au jour le jour une portion de terre. Non loin de là, au croisement des avenues Sama et Dimputu, la situation est encore pire. Des maisons s’affaissent et des parcelles disparaissent de la cité sans aucun obstacle. Ici, les habitants semblent être habitués aux risques de cette situation.

 

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Dans le but de lutter contre les érosions, la population de Kinshasa Ouest y jette des immondices qui dégagent des odeurs nauséabondes. Ph. L’Objectif

 

Fatigués par ce drame, beaucoup d’habitants affirment qu’ils ont, sans succès, lancé des cris d’alarme. Dépourvu des moyens pour la plupart, ils se disent être dans l’impossibilité de quitter ce lieu pour se trouver une nouvelle maison ailleurs. Plongés dans cette situation,  ils n’attendent que l’intervention de l’autorité. « Personne ne veut se mettre à notre place et ne croit pas que nous n’avons nulle part où aller », a révélé un résidant sur l’avenue Yav.

Pour justifier la gravité de la situation, il a expliqué qu’un quinquagénaire a été victime d’un arrêt cardiaque lorsque sa maison a été secouée par une érosion vers 3 heures du matin il y a quelques semaines. Ici, toutes les maisons risquent beaucoup. La situation s’empire dans ce quartier surtout lorsque la pluie arrive, d’énormes dégâts matériels sont enregistrés. « Nous soufflons un peu lorsque la saison sèche arrive », a témoigné un habitant du quartier Champ des tirs.

A la recherche d’une solution, les victimes des multiples érosions qui déciment le quartier, ont affirmé avoir parlé de leurs difficultés au ministre des Infrastructure et Travaux publics, Fridolin Kasweshi, pour contrer ce fléau. Quelques mois après, une équipe du ministère des infrastructures a fait le constat avec la promesse de résoudre le problème. Malheureusement, une année après, les maisons continuent à s’écrouler dans cette partie de Kinshasa.

« Il faut conscientiser la population sur les sortes d’immondices à utiliser pour lutter contre les érosions. Les Kinois doivent éviter de jeter des immondices non dégradables dans le but de lutter contre les érosions. Car, avec le réchauffement climatique, les immondices peuvent détruire la couche de l’ozone. Les odeurs ont un impact négatif sur la santé humaine lorsqu’ils sont composés du gaz toxique ou d’autres éléments chimiques », a indiqué l’environnementaliste, Joseph Koper.

Pour garantir un meilleur environnement, l’Etat congolais a la responsabilité de réglementer l’espace qui doit être occupé par la population sur toute l’étendu de la RDC. Malheureusement, dans cette partie de Kinshasa, les Kinois déplorent l’absence de l’Etat qui serait, selon eux, à l’origine de la détérioration de l’environnement. « Il existe aucun mécanisme pour lutter contre les érosions et pour empêcher les habitants de venir remplir d’immondices non dégradables ces érosions », s’est indigné un habitant du quartier Champ de tir, à Ngaliema.

 

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