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Kinshasa

La pollution de l’air par des matières fécales sous le regard impuissant des Kinois

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Les caniveaux servent désormais des voies de canalisation pour plusieurs fosses septiques à Kinshasa. Ph. L’Objectif

 

Par Gina Mujinga

Des fosses septiques à ciel ouvert et en état de délabrement avancé, des eaux usées qui stagnent dans les rues, des restes des excréments humains qui trainent dans les caniveaux et des canalisations débordées par des eaux usées composées de toutes sortes d’ordures. C’est dans cet environnemental malsain que vivent quelques habitants de plusieurs quartiers de Kinshasa.

Au quartier Salongo, dans la commune de Lemba dans la partie Est de Kinshasa, il est difficile pour les habitants de sortir de leurs parcelles et même traverser les avenues sans faire face aux eaux usées. La situation devient encore pire lorsque la pluie arrive car, elle ramène dans les parcelles et sur la chaussé tous les ordures provenant des dépotoirs et des fausses septiques délabrées.

Devant ce dilemme, certains administrés de cette partie de Lemba sont obligés de se trouver des espaces où placer leurs pieds de peur d’être salis par des immondices. Sur une des avenues de ce quartier, on les voit marcher le long des murs pour se trouver une voie. Ou carrément, ils cherchent un raccourci par derrière leurs parcelles pour aller vaquer à leurs préoccupations quotidiennes.

Sur une autre avenue du même quartier, on signale trois parcelles où les propriétaires s’amusent à évacuer les fosses septiques pendant la nuit. Selon Judith Manda, habitant de ce quartier, lorsque la nuit arrive, les occupants de ces parcelles laissent couler toutes les matières fécales dans les caniveaux à l’aide de l’eau de pluie. Ces habitants s’adonnent à cette pratique souvent tard dans la nuit pendant que les voisins sont emportés par le sommeil. « On ne peut pas se permettre de se réveiller à ces heures parce que tout l’environnement est pollué », a expliqué une habitante du quartier.

Ici, tout le monde semble s’adapté à cette situation jusqu’au point où personne ne s’inquiète plus. Même en pleine journée, quelques habitants profitent de l’arrivée de la pluie pour évacuer le contenu des fosses septiques. De la toilette jusqu’au caniveau, ils ont construit une canalisation qui va leur permettre de passer à l’opération de vidange des fosses septiques sans débourser de l’argent. « A travers ces caniveaux, ces saletés sont renvoyées dans une rivière proche de ce quartier », s’est justifié Jems Mukendi, un des auteurs de la pratique décriée.

La même situation est vécue aussi dans la commune de Makala. Dans cette partie de la ville, la pratique est observée même pendant la journée, même lorsque les voisins font la cuisine ou sont à table. Dans la commune de Ngaba la réalité est pareille. Ici, un bon nombre des parcelles ne dispose même pas des toilettes avec des fosses septiques. « Les fosses septiques exigent plus des moyens », se disent-ils. C’est ainsi qu’ils ont construit des installations sanitaires non loin des rivières et caniveaux de manière d’y jeter directement toutes les matières fécales. « Le service d’hygiène ne passe même pas pour le contrôle ici ». A reconnu Eric Mputu.

Un risque sur la santé

« Les matières fécales sont les déchets de digestion. Elles peuvent provenir des personnes souffrant de la cholera, du sida, de la poliomyélite, de l’hépatite, etc. Ces personnes dégagent des excréments qui portent des microbes qui peuvent causer les mêmes maladies aux autres, une fois exposées à l’air libre », a indiqué un médecin des Cliniques universitaires de Kinshasa. Selon lui, il est probable que beaucoup d’habitants de ces quartiers soient exposés ou atteints des maladies dues à cette pratique.

Au service provincial d’hygiène de la ville, on promet de construire des toilettes publiques dans plusieurs quartiers de Kinshasa. « Nous sommes en phase terminale du projet de construction des toilettes publiques. Bientôt nous allons vaincre l’insalubrité à Kinshasa », a promis Christophe Nzenza, agent de la Régie d’assainissement de la ville de Kinshasa (RATPK).

« On ne peut pas se permettre de polluer l’environnement sans être puni par la loi. Car, l’environnement fait partie du patrimoine commun de la nation sur lesquelles l’Etat exerce sa souveraineté permanente », a indiqué à son tour, Jacky Mbwaya, juriste depuis une dizaine d’années. Se référant de la loi 11/009 du Juillet 2011 portant principes fondamentaux relatif à la protection de l’environnement, dans son article 3, il a précisé que la gestion et la protection de l’environnement sont d’intérêt général. Elles sont, selon-lui, soumises au respect de principe du développement durable. L’Etat, la province et l’entité territoriale décentralisé, ainsi que toute personne physique ou morale, publique ou privée ont les devoirs de le protéger et de participé à l’amélioration de sa qualité. « Cette population est exposée à plusieurs maladies d’où elle risque de périr tant que l’Etat n’y mettra pas la main », a-t-il averti.

 

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