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Goma

Les veuves des militaires éprouvent des difficultés pour toucher leurs soldes à Goma

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 Le 10 juillet 2014, des veuves des militaires tentent de barricader une route à Goma. Ph. Alain Wandimoyi

 

Par Alfred Bukuhi

Les veuves des militaires décédés aux fronts des différentes guerres de l’Est, vivent en situation déplorable à cause du non-paiement de leur salaire. Mères d’enfants pour la plupart, elles éprouvent d’énormes difficultés pour nourrir et scolariser leurs progénitures.

Des centaines de veuves des militaires de la ville de Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu ne cessent de réclamer le paiement du solde de leurs défunts maris ayant servi sous le drapeau. Incapables de nourrir et scolariser leurs enfants, ces femmes descendent souvent dans les rues pour revendiquer leur droit : « Tuez-moi que j’aille rejoindre mon mari. Trop c’est trop, j’ai besoin de l’argent de mon mari, cela me revient de droit », s’acharne une veuve de militaire en colère au cours d’une manifestation organisée au mois de décembre. Avec d’autres veuves, elles ont érigé une barricade sur la route Sakenon, aux environ du camp militaire Katindo, pour exiger le payement du solde de leurs défunts maris. Pour disperser les manifestantes, un groupe des policiers a été déployé.

Des femmes prêtes à tout

Abandonnées à elles mêmes, la plupart de ces femmes proviennent pourtant des provinces autres que le Nord-Kivu. Il s’agit entre autre des provinces du Kasaï, de l’Equateur, Province Orientale, du Bas-Congo et du Maniema. Dans le Nord-Kivu, elles n’ont pas de familles pouvant leur venir en aide. Sans le reliquat de leurs défunts maris, elles sont prêtes à tout pour la survie de leurs enfants. « Je suis veuve avec cinq enfants à nourrir et scolariser. J’ai aussi faim et l’État ne nous paye pas…. Aidez-moi s’il vous plait ! », quémande Safina Mutombo, veuve, faisant la ronde des maisons dans le quartier Murara accompagnées de ses enfants. Le mari de Safina était pourtant officier dans l’armée congolaise. Il a été tué en octobre 2012 lors des affrontements entre l’armée régulière et les rebelles du M23 (mouvement du 23 mars).

Comme elle, beaucoup d’autres veuves se livrent à la mendicité. Certaines d’entre elles donnent un coup de pouce aux ménages de familles aisées de Goma, espérant ainsi gagner un peu d’argent pour nourrir ses enfants. D’autres aussi, se livrent facilement à la prostitution. « Elles ont une lourde charge et sans leur solde, c’est encore très difficile », explique un acteur de la société civile du Nord-Kivu.

Seules les femmes légales ont droit

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Elles étaient nombreuses, vers le rond-point Instigo, pour réclamer le solde de leurs défunts maris. Ph. Alain Wandimoyi

 

Selon un officier de l’auditorat militaire du Nord-Kivu, la situation de la paie se complique d’habitude lorsque la veuve n’était pas mariée légalement avec le défunt époux. « Mais nous avons aussi des difficultés lorsque le militaire cohabitait avec plusieurs femmes. Parfois il nous arrive de recevoir trois ou plusieurs femmes pour un seul numéro matricule du défunt » , poursuit-il précisant que « les femmes légitimes reçoivent quand même l’argent ».

Ces femmes légitimes, même non mariées, perçoivent l’argent à travers leurs enfants mineurs qu’elles ont eu avec les défunts maris. « L’argent perçu varie selon les grades qu’avaient occupées les défunts. La veuve d’un ex-capitaine touche par exemple 9.000 FC (environ 10 USD) par mois », précise l’officier militaire.

Les matins, devant le bureau de paye, mères et enfants répondent à l’appel pour retirer l’argent. « Je viens en fin de recevoir l’argent de mon feu mari pour le mois septembre et octobre impayés. Ce n’est pas facile pour y parvenir car après avoir reçu le jeton, il m’a fallu trois semaines d’attente », témoigne Mwambuyi, mère de six enfants, alors qu’elle revenait du bureau de paye à la 8e région militaire dans la commune de Goma.

Si pour elle, c’est la joie aujourd’hui, d’autres continuent d’attendre et perdent de plus en plus espoir. « Ça fait près de deux mois que je viens chaque jour ici. Ils me demandent toujours d’attendre. Entre-temps, mes enfants eux, doivent manger…», regrette une veuve assise sur une grosse pierre devant l’entrée du bureau de la 8e région militaire.

L’Etat doit leurs venir en aide

Pour revendiquer leurs droits, ces femmes ne croisent pas les bras. Elles continuent à faire face à leurs doléances aux autorités et faire des déclarations à la presse. Elles multiplient aussi des sit-in avec l’espoir de rentrer dans leurs droits. « On ne baissera jamais les bras, on a l’espoir qu’un jour notre souffrance prendra fin », espère Vumilia Zabibu, veuve et ressortissante de Maniema. Le 31 décembre, avec une vingtaine d’autres femmes, elle a organisé un sit-in devant la grande porte de la 8e région militaire dans le but de retrouver leurs droits.

Pour Dufina Tabu, coordonnateur de l’Association des volontaires du Congo (ASVOCO), il est inconcevable de faire souffrir ces femmes pourtant que leurs maris ont sacrifié leurs vies pour la cause de la nation. « L’État doit au moins reconnaître les sacrifices suprêmes de ces patriotes qui ont accepté de verser leur sang pour sauvegarder l’intégrité nationale », souligne-t-il. Son point de vue est soutenu par Me Réné Kyunda. Selon lui, un État responsable doit venir en aide à ces victimes des guerres.

 

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