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Bukavu

Les enfants nés des viols difficilement acceptés dans les communautés à Bukavu

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 Les victimes des viols avec leurs enfants. Ph. Prince Murhula

 

Par Claudine Kitumaini

L’intégration sociale des enfants issus des violences sexuelles est un calvaire dans la province du Sud-Kivu. Rejetés par leurs familles ainsi que par la communauté, ces enfants nés de violences sexuelles se confient aux organisations non gouvernementales et familles d’adoption.

« Ma sœur a été violée en 2008 et a mis au monde un garçon. Malheureusement, la famille l’a rejeté et j’étais obligé de le récupérer chez-moi », a témoigné Joseph Kashogolo habitant la ville de Bukavu. Par manque de moyens, ce père généreux de 40 ans a été obligé de confier cet enfant à un couple américain venu solliciter l’adoption du bébé.

A l’ONG Paix-Environnement et Développement Durable (PAXE), une trentaine d’enfants nés des viols et rejetés par leurs membres des familles sont pris en charge depuis le mois de novembre 2014. Selon son coordonnateur, Léon Irenge, chaque année environ 164 femmes donnent vie à des enfants issus des viols.

Queen Rosally, 19 ans, a été violée à l’âge de 13 ans. Aujourd’hui, elle porte un enfant de 5 ans qui n’est pas facilement accepté au niveau de sa famille et de son école. « A l’école, il fait objet de discrimination de la part de ses collègues et à la maison, on l’accuse de tous les maux… », a expliqué sa mère Rosally. S’il y a certaines femmes victimes des viols qui acceptent de vivre avec leurs enfants, d’autres cependant, ont du mal à y arriver. C’est le cas d’Aimerance, la trentaine d’années révolues qui, à chaque fois qu’elle voit son enfant, voit l’image des viols dont elle a été victime planer dans sa mémoire. « Je suis en colère à chaque fois que je vois cet enfant. J’ai l’impression de revoir tout le film du viol commis sur moi », explique-elle.

Cette situation est encore pire lorsque ces enfants sont dans la société. Considérés à tort comme des porte-malheurs, ces enfants sont souvent interdits de s’associer aux autres. Cette conception discriminatoire est malheureusement partagée par certains leaders communautaires et personnes influentes des quelques villages de cette province.

Par contre, un nombre parmi eux, pensent qu’il est important de multiplier les actions qui visent à encourager les enfants issus des viols. Selon Xavier Mirindi, leader communautaire, cela est une manière de les réconforter, car ces enfants sont innocents. Pour les aider, différentes organisations non gouvernementales de Bukavu s’occupent de la prise en charge et assurent l’intégration matérielle et psychosociale. Selon la directrice Zawadi de la maison Dorcas de la fondation Panzi, qui assure la prise en charge de plus de 60 femmes en plus des soins médicaux, sa structure assure aussi la scolarisation de leurs enfants.

Le silence de la loi   

La législation congolaise est silencieuse vis-à-vis de l’encadrement social des enfants rejetés par la société. Selon Robert Ndjangala, chercheur en droit, « Ces enfants ont droit à la protection, car ils bénéficient de tous les droits du fait qu’ils ont la nationalité congolaise ». Au nom de l’intérêt supérieur de l’enfant, l’article 601 du Code de la famille précise que même si le père de l’enfant est inconnu, la présomption de paternité doit être établie. 

Proposition d’un édit provincial 

Au vu des difficultés auxquelles sont souvent confrontés les enfants issus des viols, Eli Chimanya, membre de la Société civile propose le vote d’un édit provincial en leur faveur. Dans sa proposition, ce membre de la Société civile invite les autorités et législateurs provinciaux à prendre des mesures particulières pour la scolarisation de ces enfants. Il demande aussi la création d’un nouveau cadre où ils vivront comme dans une famille.

Pour Patrick Kubuya, médecin à l’hôpital de Panzi, « Les enfants issus des viols ont besoin de l’assistance de tous. Ils doivent être soutenus moralement par la communauté, car le fait de les rejeter peut susciter en eux un sentiment de révolte », a martelé Patrick Kubuya. 

 

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