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Bukavu

Les abus sexuels dans les chantiers d’exploitation des braises à Bunyakiri

Des femmes victimes de viols en attente de consultations gratuites auprès du Docteur Denis Mukwege à l'hôpital Panzi (Bukavu - Sud-Kivu, RDC)

Des femmes victimes de viols qui attendent les soins à l’hôpital Panzi à Bukavu. Ph. Joseph Kashogolo

 

Par Joseph Kashogolo

À Bunyakiri, des milliers des femmes sont abusées sexuellement dans des chantiers des braises par les exploitants forestiers. Abandonnées par leurs maris et veuves pour la plupart, ces femmes sont obligées de s’incliner à la volonté de leurs bourreaux dans le souci d’être retenue par les responsables des chantiers.

« Non sexe, non job! » C’est en ces termes que les exploitants forestiers s’adressent aux femmes à la quête d’un gagne pain dans des chantiers des braises à Bunyakiri, chefferie du territoire de Kalehe, à plus de 100Km de la ville de Bukavu. Bunyakiri est l’une des entités de la province du Sud-Kivu favorable à l’agriculture, mais à cause des guerres à répétition, la vie est devenue pénible pour la majorité de la population.

Pour subvenir aux besoins primaires, certaines femmes se rendent dans les chantiers des braises qui pullulent dans cette contrée. Dans ces chantiers, elles sont confrontées à des réalités inacceptables. Pour y avoir accès, par exemple, certains responsables des chantiers les obligent de nouer avec eux, des relations intimes. Les plus faibles tombent facilement dans leurs pièges et deviennent concubines des ces exploitants. Dans cette nouvelle peau des concubines, elles sont alors obligées de satisfaire sexuellement leurs bourreaux. Malheureusement pour elles, elles sont répudiées quelques jours après.

Des femmes mères des familles

Les femmes qui cherchent du travail dans les chantiers de Bunyakiri proviennent de la cité, où la vie est précaire. Sans source de revenu, elles portent sur elles toute la charge de famille. Pour Melchior, président de l’Association des exploitants forestiers du Sud-Kivu, son organisation assiste impuissamment aux abus sexuels à l’égard des femmes par certains de ses membres. Il ajoute que la plupart sont couvert par les Raiya Mutomboki, un groupe armé longtemps actif dans cette partie.

« Nous regrettons qu’en cas d’harcèlement ou abus sexuel, les victimes préfèrent recourir au règlement à l’amiable au lieu de saisir la justice », a déploré un commandant de la police congolaise basé à Bulambika. De même, Melchior indique qu’avec le retour progressif de la paix, son organisation encourage désormais les victimes à dénoncer toutes ces violations, et reste déterminée à sanctionner ceux là qui se rendent coupables du harcèlement et viol sur les femmes.

Bahalire, chef du village Kabenga renseigne, quant à lui, avoir reçu à plusieurs reprises des plaintes des victimes à ce sujet. « Dans un intervalle de 3 mois, j’ai reçu une quarantaine de plaintes des femmes victimes des harcèlements sexuels dans les chantiers des braises, mais il fallait recourir au règlement à l’amiable, ou geler les dossiers, parce que le groupe armé Raiya Mutomboki vous les obligent », témoigne-t-il.  

Selon le juriste Thierry Mwisha, le harcèlement sexuel est puni et condamnable par la loi article 174b de la loi de 2006 sur les Violences sexuelles. Selon cet article « Quiconque aura adopté un comportement persistant envers autrui, se traduisant par des paroles, des gestes soit en lui donnant des ordres ou en proférant des menaces, ou en imposant des  contraintes, soit en exerçant des pressions graves, soit en abusant de l’autorité que lui confère ses fonctions en vue d’obtenir de lui des faveurs de nature sexuelle, sera puni de servitude pénale de un à douze ans et d’une amende de cinquante mille à cent mille Francs congolais ».

Il fustige l’incapacité du gouvernement congolais de ne pas assurer la protection de droits de la femme dans cette partie de la RDC, en violation également de l’article 14 de la Constitution. Il est dit dans cet article : « Les pouvoirs publics veillent à l’élimination de toute forme de discrimination à l’égard des femmes et assurent la protection de ses droits… L’Etat doit prendre des mesures pour lutter contre toute forme de violences faites à la femme dans la vie publique et privée ».

 

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One thought on “Les abus sexuels dans les chantiers d’exploitation des braises à Bunyakiri

  1. Lou

    Bonjour – je suis journaliste à New York, spécialisé dans les reportages sur les femmes, et serai en RDC cet été afin de couvrir l’impact de l’exploitation forestière sur les femmes. Je voudrais beaucoup vous parler de cet article, pouvez vous me contacter le plus rapidement possible?
    Merci mille fois,

    Lou

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