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Goma

Le tribalisme règne au détriment des compétences dans les entreprises du Nord-Kivu

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Goma: La tribune de l’ONC dans le boulevard Kanyamuhanga, un endroit envié par les chômeurs de la ville et où ils discutent politique toute la journée. Ph. Samuel Habamungu

 

Par Samuel Habamungu

A Goma, nombreux jeunes éprouvent des difficultés de trouver du travail à cause de leur appartenance tribal. Dans nombreuses entreprises privées et publiques, des employeurs préfèrent embaucher des membres de leurs familles que de retenir les personnes compétentes. Une réalité décriée par le syndicat des travailleurs gomatraciens.

A Goma, depuis quelques années, les origines d’un candidat à l’emploi sont de plus en plus pris en compte par des employeurs en lieu et place de leur compétence. Ce que décrie Musafiri Safari, jeune licencié de la ville de Goma. « Il suffit d’avoir un frère ou un oncle à un poste de responsabilité pour espérer trouver du travail », souligne-t-il. Ce que confirme Kasereka Malikidogo, diplômé à l’Institut supérieur pédagogique. Il y a quelques mois, il a été embauché comme enseignant dans une école secondaire de la place. « Le gestionnaire m’avait affirmé sérieusement que si je n’étais pas de Kiaghanda (une association de la tribu Nande) comme lui, je ne pouvais pas travailler ici. L’entretien avait porté uniquement sur mes origines au lieu d’évaluer mes capacités intellectuelles », dévoile-t-il.

Une pratique courante

« Ne postule même pas car ce poste est réservé à mon fils qui vient de finir les études récemment », c’est à ces mots que Jean-Pierre Yalala a été, selon lui, découragé par son oncle, coordonnateur d’une ONG locale. Comme cette organisation, nombreuses parmi elles publient des appels d’offre d’emploi juste par formalité, alors que les postes sont déjà réservés aux familiers. A Goma, cette pratique est couramment appelée : « j’ai mon frère ». « C’est-à-dire que vous avez une personne pour vous couvrir et vous faciliter l’accès à l’emploi », affirme Kasereka Malikidogo.

Pour les employeurs, cette situation est normale étant donné le taux de chômage que regorge la ville. « Je ne peux pas donner à un étranger de l’emploi pourtant que mon fils en manque, et il a les capacités de le faire », justifie George Kambere, propriétaire d’un restaurant au quartier Mapendo. « Un familier ne peut jamais me trahir, ni remonter à ma hiérarchie une information compromettante à mon égard. Il sait bien que si je suis viré il le sera aussi », justifie pour sa part un préfet d’école.

« Cette situation n’est pas seulement présente dans le secteur privé. Il l’est aussi dans les entreprises publiques gérées par l’Etat », révèle sous anonymat un agent de la Direction générale des douanes et accises, DGDA Goma. « Ici chez nous quand le chef est muté, le nouveau venu a toujours changé l’ancienne équipe, se faisant entourer des membres de sa communauté, frères, sœurs et cousins », souligne-t-il.

« Il est aussi aberrant de constater que même pour des postes politiques ce sont des origines qui l’emportent. C’est pourquoi, à Goma, ne peut être gouverneur, maire de la ville, ou bourgmestre de commune qu’une personne appartenant à telle ou telle autre tribu », regrette pour sa part Tchernozem Kambale Lwanga, secrétaire exécutif provincial de l’Union nationale des travailleurs du Congo, UNTC. « Cette pratique ne donne pas la chance à tout le monde de travailler », dénonce-t-il.

Si la plupart d’employeurs soutiennent cette situation, d’autres par contre la dénoncent. C’est le cas de Pacifique Muhera, responsable d’une société de vente des matériaux de construction. « Ce qui m’importe moi c’est la qualité du travail que doit me rendre mon travailleur. Qu’il soit de tel ou tel autre tribu cela m’importe peu », affirme-t-il en nous montrant la liste des noms de ses sept employés. « Il n’y a personne parmi eux qui est de ma tribu », affirme-t-il.

Pour l’égalité des chances 

Selon l’article 36 de la Constitution, « le travail est un droit et un devoir sacrés pour chaque Congolais. (…) Nul ne peut être lésé dans son travail en raison de ses origines, de son sexe, de ses opinions, de ses croyances ou de ses conditions socio-économiques ». Me Benjamin Kanani, avocat au barreau de Goma, plaide pour des mesures visant à favoriser l’accès à tous à l’emploi. « le tribalisme et le népotisme,…, sont des antivaleurs », indique-t-il. Pour lui, le rôle majeur doit être joué par le gouvernement afin de décourager cette pratique. « Il faut que le gouvernement créée plus d’emploi pour les jeunes. Il doit suivre de près le processus de recrutement dans les entreprises. Cela revient dans ses prérogatives », insiste-t-il.

Ce que soutient aussi Tcheronzem Kambale. Pour lui, la situation est grave et mérite une attention particulière. « Il faut que nos gouvernants comprennent que de nombreux jeunes restent au chômage pourtant qu’ils sont compétents et compétitifs. Ils doivent harmoniser le secteur pour que même les personnes sans piston trouvent un bon emploi », insiste-t-il. Conscient du problème, Salomon Banamuhere, ministre congolais des affaires coutumières et décentralisation, de passage à Goma, a lancé un appel aux employeurs pour que s’arrête cette pratique. « Travaillons main dans la main sans tenir compte de nos différences pour le bon rendement dans le milieu du travail en RD Congo », a-t-il interpellé à l’occasion de la campagne de vulgarisation sur la décentralisation tenue le 20 avril dernier.

 

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