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Bukavu

Des pratiques illégales rongent certains services de sécurité

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Agents de la police devant le bureau de la DPI, Sud Kivu, lors du sit in des agents de l’hôpital de Panzi, janvier 2015. Ph. Prince Murhula 

 

Par Jean Claude Bisimwa

A Miti, dans le territoire de Kabare au Sud Kivu, des policiers imposent aux suspects arrêtés de leur verser l’argent pour rembourser le transport dépensé pour les atteindre. Ils appellent cela, les « Makolo ya polisi ». Une forme de corruption qui ne passe pas pourtant sans conséquences.

Depuis début 2015, la société civile de Miti a répertorié une vingtaine de cas des personnes relâchées après avoir soudoyé les policiers venus les arrêtées. « Lorsque le policier envoyé pour arrêter quelqu’un reçoit la caution de sa part, il n’hésite de le relâcher et celui-ci se soustrait de la justice. Si plutôt il n’a rien donné ou a donné un montant dérisoire, on le traite avec rigueur et parfois on le torture », affirme Jean Mudahama, président de la Société Civile de Miti.

Dans le territoire de Kabare, nombreux habitants décrient pourtant cette pratique. Selon eux, celle-ci favorise l’impunité des auteurs d’infractions. C’est le cas de B. Marabu, habitante de Miti centre. « J’ai saisi la police pour arrestation d’une femme qui incitait ma fille de 13 ans à la débauche », raconte-t-elle. Malgré que l’auteur ait été identifié, elle n’a jamais été interpellée par la police. « Des policiers sont un jour arrivés chez elle pour l’arrêter. Elle leur a remis 40$ et ils l’ont relâché du coup. Aujourd’hui c’est moi qui souffre avec ma fille qui s’est fait violée par sa faute », raconte-t-elle.

Si cette pratique affecte la majorité des habitants du milieu, il n’en est pas aussi le cas pour certain. C’est entre autre le cas des auteurs d’infractions. « Depuis six mois, des policiers viennent chez moi pour m’arrêter. Je remets à chacun cinq ou dix dollars et ils s’en vont promettant de dire à leur chef qu’ils ne m’ont pas trouvés »affirme Herman Kashema, habitant de Miti centre.

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Bureau du commissariat de police dont la cité de Miti est sous l’autorité. Ph. Jean Claude Bisimwa

 

Du côté de la police de Miti, on affirme être au courant du phénomène. « Lorsque nous devons effectuer des long trajet pour arrêter un inculpé ou accusé, nous obligeons au plaignant de nous chercher les frais de transport pour payer le véhicule ou la moto selon la distance », justifie Patient Mihanda, l’officier de police judiciaire basé à Kavumu. Selon lui, cela découle des difficultés dans les quels travaille la police locale, et n’a rien à avoir avec les Makolo ya polisi. « Nous n’avons pas de moyens de transport ni de communication. Tout est fait à nos frais, pourtant, notre salaire est insignifiant », raconte-t-il.

Pour sa part, Mutoka Masirika, commissaire principal de la police dans cette partie de la province du Sud Kivu, affirme pourtant être au courant de ce phénomène. Des efforts sont en cours pour le décourager, soutient-il. « Les Makolo ya polisi c’est de l’argent illégal. Il n’a pas de fondement juridique. Et nous ne cessons de décourager cette pratique attribuée à certains policiers non instruits et déviants », déclare-t-il.

Depuis plusieurs mois, des organisations de la société civile de Miti mènent des plaidoyers auprès des autorités locales pour que cesse cette pratique. Lucien Halisi, évaluateur de protection à l’ONG IEDA-Relief, antenne de Kavumu, estime que celle-ci affecte l’efficacité du travail de la police. « Dès qu’ils ont reçu l’argent, ils prennent l’inculpé pour un type sérieux et coopératif. Ainsi, ils le laissent généralement libre sans l’avoir auditionné, ou le laissent partir carrément »,  explique-t-il.

Dénoncer les policiers coupables

Pour mettre fin à cette pratique, Mutoka Masirika invite les habitants du milieu à dénoncer les policiers véreux. « Je regrette que personne des victimes ne dénonce le policier qui trempe dans cette pratique. Cela nous permettrait de nous saisi de ce cas et de le sanctionner. Il faut que la population apprenne à braver la peur », affirme-t-il. Pourtant la loi interdit aux mandataires de l’Etat d’exiger de l’argent indu aux habitants. « Ces policiers se rendent coupable de corruption et de concussion », affirme Rachel Sifa, animatrice aux Centre international de formation en droits humains et développement (CIFDH/D).

Selon l’article 146 du code pénal congolais, « seront punis d’une servitude pénale de six mois à cinq ans tous fonctionnaires ou officiers publics,…, qui se sont rendus coupables de concussion en ordonnant de percevoir, en exigeant ou en recevant ce qu’ils savaient n’être pas dû ou excéder ce qui était dû pour droits, taxes, contributions, revenus ou intérêts, pour salaires ou traitements, pour indemnités, primes ou tout autre avantage ». Ce qui pousse le président de la société civile à inviter les autorités à plus de rigueur pour que cesse cette pratique « Aux responsables de la police et du parquet de punir sévèrement tout policier qui sera encore attrapé. Il en est de même du civil qui aurait donné l’argent au policier au lieu de le dénoncer », conclu Jean Mudahama.

 

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