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Kinshasa

Réduites au silence, quelques chaines de télévision kinoises ne savent plus à quel saint se vouer

image3-15Malgré le nombre élevé des médias, beaucoup ont de la peine à traiter des certains sujets de peur d’être réduits au silence. Ph. JDH

 

Par Deo Gracias Bokumugala

Bureaux fermés, plateaux et matériels techniques (écrans téléviseurs, caméras, ordinateurs) poussiéreux, c’est l’image qui reste du siège de la chaine de télévision Canal Kin (CKTV) depuis près de 5 mois. Cette situation qui a renvoyé plus de 30 journalistes en chômage est due à la coupure du signal et la fermeture de Canal Kin Télévision depuis le mois de janvier 2015.

Trois autres chaines de télévision de la capitale subissent également le même sort. Il s’agit de la Radio télévision Catholique Elikia (RTCE), Canal Futur (CF) et la Radio Lisanga télévision (RLTV). Les deux dernières, RLTV et CF ont été fermées depuis 2011 pendant la période électorale pour des raisons politiques selon les responsables.

Les responsables dénoncent l’injustice.

Avec plus de 100 agents renvoyés au chômage, les responsables de ces médias dénoncent une décision injuste et irréfléchie à l’heure où le gouvernement se bat pour revoir à la baisse le taux de chômage au pays estimé à plus de 60%.

Moise Musangana, directeur général de Canal Kin télévision affirme qu’il n’a jamais été notifié officiellement pour connaitre les vraies raisons de coupure du signal de sa chaine de télévision. Il croit néanmoins, que cela pourrait être en rapport avec les informations du jeudi 15 janvier où le journal a diffusé la déclaration de l’opposition appelant à manifester contre la modification de la loi électorale. Il a conclu en affirmant que la décision de la fermeture de CKTV a été prise par l’agence nationale de renseignement (ANR) et le ministère des médias.

Par rapport à cette situation, le responsable de CKTV avait été convoqué par Conseil Supérieur de l’Audio-visuel et de la Communication (CSAC). Devant le CSAC, le directeur général de CKTV a présenté ses moyens de défenses, mais en vain. Comme les autres médias fermés, les responsables de CKTV affirme avoir fourni des efforts pour obtenir la réouverture de leurs télévisions à qui des droits mais sans succès. Il s’agit de deux chambres du Parlement, l’Assemblée nationale et le Senat, le CSAC et le ministère des médias.

Une situation confuse

La fermeture de ces chaines de télévision risque de durer encore plus longtemps. Car, à en croire les victimes de cette décision, jusqu’à ce jour, personne ne sait qui a pris la décision de couper les signaux et qui prendra celle de leur rétablissement.

Les différentes institutions de régulation des médias en RDC notamment le CSAC et le ministère des médias se rejettent mutuellement la responsabilité de l’affaire. Le ministre des médias, Lambert Mende a affirmé dernièrement au micro de l’émission Tokomi Wapi que le pouvoir de rétablir les signaux de canal futur et de la RLTV revient au CSAC. Ce dernier à son tour reconnait, à travers son rapporteur Chantal Kanyembo, avoir tenté une médiation pour obtenir le rétablissement des signaux des chaines fermées, mais jusqu’à ce jour cette médiation n’a pas donné des fruits.

Une liste élargie des victimes.

Outre les propriétaires des chaines, les dirigeants et les journalistes, il y a une autre catégorie des victimes que sont les consommateurs. Ces derniers connaissent à ce jour quatre télévisions de moins alors qu’il en a besoin dans le cadre du droit à l’information. Francis Mayele pense qu’il s’agit d’une preuve suffisante de l’absence totale de la liberté d’expression en RDC.

Le juriste Edgard Musabe, lui qualifie cette situation de violation flagrante de l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme selon lequel, tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de rependre, sans considérations de frontières, les informations et  les idées par quelque moyen d’expression que ce soit. Donc, le fait pour ces médias de diffuser l’appel à manifester de l’opposition ne constitue en rien une infraction.

En définitive, dans une démocratie les médias doivent travailler avec beaucoup de liberté possible. Les médias qui sont fermés, les journalistes qui sont renvoyés au chômage ne le sont pas pour une bonne raison. Les responsables de ces médias demandent aux autorités de les rétablir purement et simplement étant donner qu’aucun grief n’a été formulé à leur endroit.

 

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