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Liberté de la presse: Des obstacles pour avoir accès aux sources d’information publique à Kinshasa

image4-15Plusieurs médias congolais se contentent de l’information de seconde main pour la publier. Ph. Clubs JDH

 

Par Jean-Hilaire Shotsha

Les sources d’information ne sont toujours pas faciles à accéder pour un grand nombre de journalistes en République Démocratique du Congo (RDC). Les journalistes congolais sont confrontés à plusieurs obstacles dans l’exercice de leur métier d’informer. A la recherche de l’information, ils font souvent l’objet des menaces et très souvent repoussés par ceux qui détiennent l’information.

Certains journalistes œuvrant dans la capitale congolaise assistent impuissamment à la destruction de leurs outils (caméra, appareil photo dictaphone et autres) ou carrément, ils les sont confisqués. Selon plusieurs journalistes de Kinshasa, beaucoup d’entre eux, font l’objet d’arrestation pendant qu’ils cherchent à entrer en contact avec les sources d’information.

Dans certaines institutions publiques, pour des raisons inconnues, les personnes qui détiennent l’information refusent de la livrer aux journalistes ou les renvoient à un rendez-vous qu’elles ne respecteront pas. Dans d’autres institutions publiques, on reconnait même avoir recouru à la force pour empêcher les journalistes à avoir accès à l’information. A cette fin, quelques agents de garde ont même utilisés par leur hiérarchie pour repousser les chercheurs d’information.

Pour Philippe Mbaya, journaliste au quotidien « L’Observateur », les détenteurs de l’information en RDC ignorent qu’il existe dans le pays une loi qui donne aux journalistes l’accès à toutes les sources d’informations. Victime plusieurs fois du non accès aux sources d’informations, Philippe Mbaya a indiqué qu’il est souvent buté à ce problème lorsqu’il s’agit des informations publiques (institutions de l’Etat). « Je vais vous avouer qu’il n’est pas du tout facile d’aller mener des enquêtes dans une affaire de détournement dans les institutions publiques par exemple. Pour une démarche pareille, le journaliste congolais se contente des informations annoncées officielles, celles des agences ou des médias étrangers », a-t-il témoigné.

Eugene Konde, journaliste reporter dans un autre quotidien de la capitale, a martelé à son tour sur cette question en affirmant que l’accès aux sources d’informations étatiques n’est pas toujours facile pour les journalistes travaillant en RDC. « Beaucoup de personnes qui détiennent de l’information ont peur de la livrée par crainte des menaces de la part de leurs supérieurs ou de perdre carrément son emploi », a-t-il dit. Pour lui, ces sources sont accessibles que lorsqu’il s’agit de parler des différentes orientations que le gouvernement ou le pouvoir voudrait bien inculquer à la population. « Parfois on ne vous ouvre pas les portes simplement parce qu’ils estiment que la présence du journaliste est nuisible ».

Pour Georges Wawa, professeur en journalisme branche presse écrite à l’Institut Facultaire des Sciences de l’Information et de la Communication (Ifasic), on ne peut pas demander à un journaliste de bien faire son travail tant qu’il n’a pas accès aux sources d’information. Pour cet enseignant de la méthodologie de l’information, les détenteurs des informations doivent avoir la culture de rendre-compte aux journalistes.

A son tour Scott Mayemba, chargé des recherches à l’ONG Journaliste en Danger (JED), l’accès aux sources d’information par le journaliste pose problème parce qu’actuellement, il n’existe pas en RDC une loi spécifique qui autorise ces derniers d’accéder aux sources d’information publique. « Il y a plusieurs année que JED et le Collectif 24, une association des défenseurs de droit de l’homme, mènent une campagne pour que la RDC soit dotée d’une loi spécifique pour l’accès à l’information publique », a indiqué le chargé des recherches à JED.

Pour lui, ce combat qui n’est pas facile ne doit pas être individuel. Pour y parvenir, il l’a appelé les journalistes congolais à soutenir cette initiative car selon lui, la liberté ne se donne pas mais, elle s’arrache.

La part de l’Etat

Selon Gabriel Ngimbi Kapita, directeur-chef de service de la presse du secrétariat général du ministère de Communication et des Médias en RDC, l’accès aux sources d’information publique ne pose aucun problème. Pour lui, les journalistes ne respectent pas les stratégies du métier notamment, les contacts permanents et le respect de l’autorité établie. Il accuse cependant beaucoup de journalistes d’impatience. « Ils publient souvent des informations sans avoir l’autorisation », accuse-t-il.

Par ailleurs, des sources proches du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication (CSAC) reconnaissent que les journalistes éprouvent des difficultés pour accéder à certaines sources d’information publique. Conséquence : beaucoup d’entre eux, diffusent ou publient parfois des informations non vérifiées. « Pour éliminer cette entrave, une loi sur l’accès aux sources d’information a été préparée et sera discutée au parlement dans les jours à venir. Elle va permettre aux journalistes congolais de bien faire leur travail et accéder facilement aux différentes sources », a promis un cadre du CSAC.

Ce que dit la loi

En attendant la nouvelle loi, il existe en RDC des lois qui donnent aux journalistes l’accès aux sources d’information. Parmi ces lois, on peut citer celle de 1996, loi n° 96-002 du 22 juin 1996 fixant les modalités de l’exercice de la liberté de la presse en RDC. Il est écrit dans cette disposition légale : « Le journaliste est libre d’accéder à toutes les sources d’information ». Dans l’article 17 du code éthique et déontologique du journalisme congolais, il est dit : « Le journaliste a droit à un libre accès à toutes les sources d’information et le droit d’enquêter librement sur tous les fait qui conditionnent la vie publique ».

Dans le même ordre d’idée, l’article 19 de la déclaration universelle des droits de l’homme renforce ces dispositions légales en indiquant que « Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit ».

 

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