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Bukavu

Les sachets menacent l’environnement

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Des sachets trainent partout dans la ville de Bukavu. Ph. Gédéon Bisimwa

 

Par Gédéon Bisimwa

L’utilisation des sachets comme emballages est une pratique courante dans la ville de Bukavu depuis plusieurs années. Et ce, malgré l’arrêté du maire de la ville interdisant l’usage, la commercialisation, et l’importation des sachets sur l’ensemble de la ville de Bukavu.

Des sachets jetés ça et là, des bouteilles en plastiques, des boites de conserve. Ce sont entre autre des déchets visibles dans plusieurs quartiers et rues de la ville de Bukavu ces derniers mois. Dans cette ville, l’utilisation des sachets est permanente dans différentes activités quotidiennes des habitants. Ceux-ci constituent notamment le principal emballage des marchandises et articles divers lors des achats. « Je me sers des sachets comme emballage chaque fois que je fais mes achats », reconnait Berthe Mubale, habitant du quartier Ndendere dans la commune d’Ibanda.

Le marché des sachets connait ainsi une si grande ampleur. « Ce sont les seuls emballages disponibles. Quand on fait ses achats, on n’a pas d’autres choix que de les utiliser », assure Berthe. Mais après usage, ceux-ci sont jetés soit sur la route, dans des jardins, ou dans des lieux publics. Ce que déplore Patrick Nyamatomwa, chargé de l’environnement au bureau de la société civile du Sud Kivu. « Les sachets font parti des déchets non biodégradables. Ils ont un impact très négatif sur l’environnement et sur le sol », prévient-il.

Un danger pour l’environnement

En République démocratique du Congo, la vente des emballages non biodégradables, entre autre sachets et plastiques, est pourtant prohibée. « Il est interdit sur l’ensemble du territoire national, la fabrication, l’importation, la commercialisation des emballages non biodégradables », souligne l’article 1e de l’arrêté interministériel portant interdiction de fabrication, d’importation et de commercialisation des emballages non biodégradables. A sa promulgation, en août 2012, cette loi accordait trois mois aux opérateurs économiques pour le recyclage des emballages non biodégradable et la cessation de leur vente et importation. « Mais jusqu’aujourd’hui, sur le terrain, rien n’a changé. La loi n’est pas toujours appliquée », déplore Jean Morro Tubibu, activiste de droits de l’homme. Depuis près de dix ans, des organisations de la société civile mènent des plaidoyers pour une application effective de cette mesure.

A Bukavu, les autorités affirment aussi être saisies de la question. C’est le cas de la mairie de Bukavu qui, en 2008, a décidé d’éradiquer la vente des sachets. « Mais nous nous buttons à une difficulté face aux opérateurs économiques. Interdire l’importation et la vente des sachets sans mesures d’accompagnement occasionnerait un manque à gagner pour la mairie. Ces opérateurs économiques payent des taxes qui sont bénéfiques pour le trésor public », explique Nyomera Kanozire, chef de cellule urbaine de l’hygiène et assainissement. Mais les organisations et activistes œuvrant dans le secteur de l’environnement n’arrêtent de sonner l’alarme. « Ces sachets polluent et nuisent à l’environnement », souligne Patrick Nyamatomwa.

Ce que soutient aussi le chef des travaux Valentin Midubo, enseignant en environnement et vice recteur de l’Université libre des grands lacs, ULGL. « La présence des sachets empêche reproduction des plantes. Ca affecte aussi la fertilité et la production du sol », assure-t-il. Selon lui, plus de 70% des déchets déversés dans la ville de Bukavu sont non biodégradables. « Parmi ces déchets on retrouve principalement ceux à base des sachets et des plastiques », ajoute Valentin Midubo. Ce qui représente un danger énorme sur l’environnement.

Prévenir et agir

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Etalage de vente des sachets au marché de Nyawera. Ph. Gédéon Bisimwa 

 

Pour mettre fin à cette situation, différents acteurs œuvrant dans le secteur de l’environnement au Sud Kivu recommandent des mesures sévères pour décourager la vente des sachets. « Les sachets doivent être remplacés par des emballages biodégradables », assure Jean Morro Tubibu. Il préconise entre autre, l’usage des emballages à base des papiers à la place des sachets. « Il y a aussi des paniers à base de chaume qui sont fabriqués localement. Pour faire les boutiques ou les achats au marché, c’est à ces emballages qu’on devrait plutôt faire recours », ajoute-t-il.

Pour Guillome Kamuleta, environnementaliste, il y a aussi lieu de procéder au recyclage de ces emballages pour protéger l’environnement. « On trouve presque partout dans la ville les caoutchoucs, sachets et plastiques. Ils peuvent être transformé ou fondu dans les industries et donner d’autres produits tels que les bouteilles, bijoux, les souliers, gobelet, bassin ainsi que les œuvres d’arts », propose-t-il.

En attendant, Elwa Demunga, secrétaire urbain à la division de l’environnement du Sud-Kivu, invite différentes organisations à sensibiliser davantage la population sur le respect de l’environnement. « Nous invitons aussi les habitants à incinérer les sachets et plastiques qu’ils amassent autours d’eux. Cela devra aider à résoudre momentanément ce problème, et protéger l’environnement, en attendant que le gouvernement n’y trouve une solution définitive », affirme-t-il.

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