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Goma

Les 10 mètres de rive du lac Kivu envahis par les nantis

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Goma: L’un des immeubles construit le long du lac Kivu par les hommes nantis. Ph. Mustapha Mulonda

 

Par Dieudonné Mango & Dieu Boyongo

A Goma, les 10 mètres de rives occupés par des constructions empêchent les gens d’accéder, et bloque l’air frais d’atteindre facilement les quartiers périphériques.

Certaines familles riches de Goma occupent de plus en plus la quasi-totalité des rivages du lac Kivu. Ces hommes friqués de la ville construisent en ce lieu réservé au public, les hôtels de luxe et les immeubles élégants entourés des longues murailles qui empêchent la vue sur le lac et bloquent l’accès pour tous au lac.

Des habitants se plaignent car il y a des années, cet espace était accessible à tous: « les clôtures  des hôtels et des centres d’accueil ne nous permettent plus de contempler la beauté du lac. Pour accéder au lac aujourd’hui, il faut avoir environ 10$ pour acheter un breuvage et la bouffe car il est strictement interdit de s’y installer sans rien acheter »affirme Pierrot Kalume, un jeune de Goma pendant qu’il sortait du Cap Kivu, un hôtel prestigieux de la place dont une grande partie est construite dans le lac Kivu. 

Pour sa part, Habamungu Shukuru, septuagénaire, souligne que depuis l’époque coloniale l’espace le long du lac Kivu était accessible à tous jusqu’aux années 1990 quand les riches commençaient à s’accaparer ces terres : « On venait lessiver, se baigner et pêcher avec des hameçons, tout en observant la beauté du lac ainsi que les pirogues qui naviguaient sans cesse », se souvient cet ancien habitant du milieu.

Problèmes d’environnement

Selon les spécialistes, l’occupation des 10 mètres de rive pose un problème écologique qui affecte la population : « des immeubles empêchent l’air frais du lac d’atteindre plus facilement les quartiers périphériques de Goma pendant que les habitants de Goma, une ville où il y a une forte concentration de la fumée toxique du volcans Nyiragongo, ont besoin l’air abondant pouvant chasser le gaz carbonique », précise Joël Mapoli, écologiste et assistant à Tayna center for Conservation biology (TCCB), une université de recherche de la conservation de la nature. Il poursuit : « le fait de jeter les gros cailloux, sables… pour  repousser l’eau en vue d’élargir les parcelles met en mal la reproduction des fretins qui, ne déposent ses œufs qu’aux eaux des rives et non en profondeur pour éviter qu’ils ne soient pas consommés par les gros poissons »

Le fretin, L’aliment principal pour la plupart de gomatraciens, est devenu rare selon des pêcheurs rencontrés à la plage de Kituku, dans le quartier Kyeshero dans la commune de Goma, où stationnent les pirogues de pêche : « il y a 20 ans, mon filet pouvait attraper chaque nuit une quantité importante des fretins, équivalent à 20 000FC (22$) mais aujourd’hui, il est impossible de réunir même la moitié de cette somme », fait savoir Chikuru Asifiwe, un quinquagénaire et pécheurs du lac Kivu.

Par contre, les propriétaires disent qu’ils jouissent de la légalité : « j’ai acheté très cher cette parcelle et je détiens tous les documents légalement établis qui me donnent le droit de propriété. En plus de cela, je paie les taxes de 600$ par an auprès des services étatiques, dans lesquelles figure la taxe compensatoire de l’occupation des rivages », dit John Kunaba, l’un des propriétaires d’une concession vers le port situé dans la commune de Goma.

Contrairement à ces propos, Me Blaise Bitoto, avocat au barreau de Goma soulève qu’à part le pouvoir d’argent que jouissent les propriétaires de ces concession, l’occupation de ces espaces de bord des eaux n’a jamais été légale car ils constituent un patrimoine commun de l’Etat, même la Constitution dans son article 59 fait savoir que « tous les congolais ont le droit de jouir du patrimoine commun de l’humanité. L’Etat a le devoir d’en faciliter la jouissance ».

Se jeter les responsabilités

Selon l’article 1 de l’arrêté interministériel d’octobre 1993, toujours en vigueur, portant application de la réglementation des servitudes interdit des constructions « sur les rives des cours d’eau allant jusqu’au moins 10 mètres à partir de la ligne formée par le niveau le plus élevé qu’atteignent les eaux dans leurs périodes de crue »

Du côté des autorités, l’on reconnait l’existence de ce problème. Juvénal Ndabereye, maire adjoint de la ville s’explique : « Nous n’encourageons pas l’occupation des bords du lac quand nous percevons les taxes. Mais dans le domaine de l’urbanisation, il y a l’arrêté qui stipule que chaque ménage doit contribuer dans la caisse de l’Etat en payant la taxe. En titre d’information, la mairie n’a pas le pouvoir d’octroyer les parcelles, nous ne faisons qu’enregistrer les numéros pour nous permettre de bien recouvrer les taxes de l’Etat ».

Selon un agent de cadastre, service de l’Etat qui ktrace des croquis, octroie des numéros parcellaires et délimite les parcelles, les propriétaires des bords du lacs jouissent du trafic d’influence qui pèse sur leur service, qui finit par céder, octroyant ainsi tous les titres de propriété à ces magnats de la contrée: « si l’agent hésite il reçoit les appels d’intimidations venus des autorités politico-administratives et militaires qui intiment l’ordre d’octroyer les titres de propriété », dénonce-t-il.

 

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