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Le commerce ambulant des enfants augmente d’un cran sur les artères de Kinshasa

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Sur la route Nationale n°1 non loin du marché Matadi-Kibala à Kinshasa, les enfants s’adonnent à la vente ambulante sous l’œil impuissant des services de l’Etat. Ph. Charlène Taty

 

Par Charlène Taty

Il est de plus en plus courant de voir des mineurs pratiquer le commerce ambulant dans la ville de Kinshasa. Leurs points de vente privilégiés sont les routes d’intense trafic automobile.

Ces enfants proposent différents marchandises aux conducteurs des véhicules et aux passagers. Sans crainte d’accidents, ces mineurs vendeurs ambulants se faufilent régulièrement entre les véhicules en pleine circulation. Une manière pour-eux d’exposer de façon visible les produits vendus. A la recherche d’un gagne-pain, ils s’exposent au risque d’être renversés par les véhicules en circulation.

Pour un gagne pain

Chaque matin à Kinshasa, ils sont nombreux ces enfants mineurs qui se réveillent tôt pour commencer une journée chargée des dangers. Ils doivent, dès l’aube, rejoindre leurs sites d’activés commerciales qui sont les routes les plus empruntées par les automobilistes. Objectifs : se rapprocher des clients potentiels, parmi lesquels les conducteurs et les passagers, pour écouler leurs marchandises.

Lundi 17 novembre, Aubin Nkala, âgé de 12 ans est installé au bord de la route de Matadi à la hauteur du marché Delvaux, à l’Ouest de Kinshasa. Il a quitté le quartier Lalou dans la commune de Ngaliema où il habite vers 5h30 pour venir vendre des cartes prépayées pour téléphones. Ici, il a constamment son regard braqué sur les véhicules qui empruntent cette chaussée qui mène vers la province du Bas-Congo. A l’attente d’un client, Aubin est prêt à sauter sur la chaussée pour vendre sa marchandise. « Il faut être là tôt pour écouler une bonne partie de la marchandise, car à ces heures, les cabines téléphoniques sont encore fermées », a-t-il indiqué avant d’avouer qu’il ne va pas à l’école.

Loin de là, sur la route By-pass dans la partie-Est de Kinshasa, la situation est la même. Plusieurs enfants à la recherche d’un gagne-pain courent le risque d’être tamponnés sur les artères au vu et au su de tout le monde. Serge Makonko, âgé de moins de 15 ans, est vendeur des cigarettes le long de By-pass, route la plus fréquentée par les automobilistes et piétons de ce coin. Certains habitués de cette artère le connaissent. Il mène son activité commerciale en faisant des allers et retours entre l’avenue de l’Université et le Rond-point Ngaba sur la même route. Elève en 1ère année secondaire à l’école « Le Bercail », il est obligé d’interrompre chaque jour la vente à 11 heures pour se rendre à l’école. Sans peur des véhicules, il change les deux extrémités de la route pour écouler sa marchandise.

Non loin d’un poste de police situé à quelques mètres du Rond-point Ngaba, deux jeunes vendeurs se bousculent à la portière d’un bus Mercédès 207, communément appelé « Esprit de mort » à Kinshasa, pour proposer aux passagers de l’eau en sachet. Sous un soleil accablant, le bus continue de rouler et les deux vendeurs courent au rythme de cet engin. Ils se précipitent chacun pour passer en premier un sachet d’eau à un passager qui cherchait à étancher sa soif. Avant qu’il ne perçoive de l’argent, le bus accélère et l’enfant se met à courir pour réclamer son dû. Le billet lui est lancé par-dessus les glass du bus et tombe sur la chaussée. L’enfant vendeur va le récupérer en échappant de justesse à un accident.

A Matadi Kibala, quartier situé à l’Ouest de Kinshasa, un petit vendeur traverse la chaussée de manière brusque alors qu’un véhicule arrive à vive allure. Au bruit du klaxon, il est pris de panique et court de toutes ses forces. Déterminé à écouler sa marchandise, il réussi à joindre son client de l’autre coté de l’avenue plongeant les passants dans un profond étonnement. « Tu vas perdre ta vie pour 100 francs congolais », lui lance un témoin. Habitué à ce mouvement de risque, il poursuit son activité et court vers d’autres bus sans rien dire. Interrogé à ce sujet, un agent de la Police de circulation routière (PCR) commis à la station des bus de Ngaliema, a indiqué qu’il a, à plusieurs fois, assisté impuissamment à des scènes d’accidents sur ces enfants sans évaluer le chiffre faute des données archivées.

Exercé devant tout le monde, ce commerce d’enfants semble ne pas inquiéter personne. Certains agents de l’ordre en ont fait leur gagne-pain. « Les policiers nous arrachent nos marchandises qu’ils restitueront en échange de quelques billets d’argent », a révélé Safari sur le Boulevard du 30 juin dans la commune de la Gombe. Présents à longueur des journées sur les chaussés de Kinshasa, ces enfants sans défense exposent leur vie en proposant des serviettes en papier, des cartes prépayées, du jus, de l’eau en sachet, des gaufres, des pains, des cigarettes, cacahuètes et autres.

L’abandon des parents

A cause de la précarité de la vie des congolais (moins d’un dollars par jour), certains parents se trouvent dans l’obligation de laisser leurs enfants poursuivre ce commerce. Devenus les remparts de nombreuses familles dans un pays où plus de la moitié de la population est sans emploi selon le Syndicat national des fonctionnaires, ces enfants sont appuyés par certains parents dans l’exercice de cette activité. « C’est avec cet argent que je paie en partie les frais scolaires de mon fils », a expliqué la mère de l’enfant vendeur Mankoko. Pour certains parents, c’est grâce aux activités de leurs enfants qu’ils arrivent à nouer les deux bouts du mois.

Maitre Jean Masiala, juriste et Chef des travaux à l’Université Pédagogique Nationale et chercheur sur la réglementation du travail des enfants en RDC, rappelle à la fois la responsabilité des parents et celle du pouvoir public. Selon lui, les articles 6 et 133 du Code du travail fixent la capacité des enfants à exercer un travail rémunérateur à partir de 15 ans avec l’autorisation de l’inspecteur du travail et du tuteur. Mais en aucun cas une telle autorisation ne peut être accordée à une personne âgée de moins de 15 ans. Dans le même cadre, la convention n° 138 de l’Organisation Internationale du Travail (OIT), ratifiée par la RDC enjoint à tout Etat membre d’abolir le travail des enfants. L’âge minimum pour exercer toute activité économique doit s’élever à 16 ans.

Pour remédier à cette situation, la RDC est appelée à prendre des mesures appropriées en vue de protéger et sécuriser les enfants qui courent les risques d’accidents sur la voie publique.

 

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