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Kinshasa

L’alimentation équilibrée, un problème pour les enfants et les femmes enceintes à Kinshasa

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Faute des moyens financiers des parents, un grand nombre d’enfants présentent des signes de malnutrition en RDC. Ph. Marc Kikela Mumba

 

Par Marc Kikela Mumba

Avoir accès à une alimentation équilibrée n’est pas l’apanage de toute la population de la ville de Kinshasa. Dans les quartiers périphériques de cette mégapole, on retrouve des familles qui se contentent de la nourriture moins riche en matières nutritionnelles.

Déborah Nduku, 14 ans, et son frère d’une année passent plusieurs heures de la journée sans rien mettre sous la dent. Orphelins de père, ils ne comptent que sur les efforts de leur mère engagée dans la débrouillardise pour les nourrir. Comme dans la plupart des foyers dans ce quartier, les deux orphelins ne mangent qu’une seule fois par jour. Peu importe la qualité de cette nourriture, l’essentiel est de mettre quelque chose sous la dent avant la tombée de la journée.

Dès que la journée s’annonce, les deux enfants sont dans l’angoisse parce qu’ils sont obligés de supporter la famine pendant presque toute la journée. Et, lorsque leur mère revient à la maison, ils ne sont pas certains de pouvoir manger à leur faim. D’un air affaibli Déborah, tenant son frère dans ses bras, ne cesse d’expliquer à qui veut la croire comment ils endurent la faim au quotidien jusqu’au retour tardif de leur mère. Sans énergie et abattus par la faim, les deux enfants restent cloisonnés dans leur parcelle, loin de leurs amis.

« Un être mal nourri dispose d’une énergie alimentaire réduite car la malnutrition affaiblit l’individu face aux infections et occasionne du retard dans la croissance staturale et pondérale chez l’enfant comme chez l’adolescent », a expliqué Tegra Mungwasa de l’ONG Magna. A Kinshasa, cette situation de malnutrition affecte beaucoup de foyers.

Marlène Nganda vient de totaliser 17 ans et elle est porteuse d’une grossesse qu’elle a eu d’un jeune de son quartier qui était pour elle un rempart pour ses besoins primaires. Malheureusement pour elle, depuis qu’elle est tombée enceinte, l’auteur de la grossesse ne l’assiste plus comme avant. Née dans une famille pauvre, Marlène est souvent dans l’obligation de se débrouiller pour trouver de la nourriture. « Seule les personnes de bonne volonté viennent à mon aide en m’offrant du pain, de la farine, du savon et autres », a-t-elle indiqué les yeux pleins des larmes. Dans son quartier, elle n’est pas la seule à vivre dans cette situation. Les filles mères en difficultés alimentaires se retrouvent dans presque toutes les ruelles du Camps Luka dans la commune de Ngaliema. Pour le chef de quartier, Doudou Kipoyi, ce phénomène détruit petit à petit la jeunesse.

Le sort des victimes 

« Une femme enceinte doit en principe manger au moins 3 repas par jour. Dans la composition de son repas, on doit retrouver l’œuf, les arachides, les fruits, les légumes, le lait caillé….et cela surtout pendant les trois derniers mois de sa grossesse », a expliqué une nutritionniste. En ce qui concerne les enfants, elle a précisé qu’à partir de 6 mois, le lait maternel seul ne suffit plus. D’où l’importance d’ajouter une alimentation complémentaire pour un développement et une croissance harmonieuse de l’enfant.

Selon une étude menée sur la malnutrition en RDC par le médecin El Shadaï Mumba, il est indiqué qu’en 2010, 57,8% de la population avait une ressource alimentaire pauvre. En 2011, 57% de la population congolaise accusait un déficit nutritif en protéines. 81% accusait un déficit nutritif en fer et 83% avait un déficit en zinc. Pour combattre ce fléau, le bureau central de la zone de santé de Binza Météo où est situé le camp Luka à Ngaliema a révélé, par la voix de son cadre, Olivier Kazwala, n’avoir pas des moyens pour y arriver. Pour réduire le nombre de cas de malnutrition, des organisations privées assistent des malades qui présentent une malnutrition aigue. « Pour beaucoup, ils sont à court des stocks avant la fin du programme », a déploré le chef de zone de santé, Issa, une infirmière d’un centre de santé au quartier Congo. Faute des moyens, ces organisations ne viennent en aide qu’aux malades alors que la malnutrition concerne un grand nombre de la population de cette partie de Kinshasa. « On doit attendre le début d’un autre programme qui peut changer les choses », a expliqué le médecin chef de Zone Issa Antha.

Dans la loi portant protection de l’enfant en RDC, il est indiqué en son article 21 que « tout enfant a le droit de jouir du meilleur état de santé possible. Ce droit inclut les soins de santé, l’allaitement maternel ainsi qu’une alimentation saine, suffisante, équilibrée et variée. L’Etat élabore et met en œuvre des stratégies efficaces visant la diminution de la morbidité et de la mortalité infantile ».

L’organisation des Nations unies a, pour sa part, identifié l’accès à une nourriture suffisante comme un droit de l’individu. De ce fait, la déclaration universelle des droits de l’homme, article 25, proclame que « toute personne a droit à un niveau suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille… ».

 

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