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Bukavu

La coupe d’arbres nuit à l’environnement

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Ph. Jean Pierre Akili

 

Par Jean Pierre Akili

Il n’existe presque plus d’espace vert dans la ville de Bukavu. Ceux-là qui existait avant, ont été lotis et remplacé par des maisons. Et pourtant, ces endroits appartenaient jadis à la coordination provinciale de l’environnement qui reste impuissante face à cette situation.

A Mukukwe, à quelque 100 mètres du centre-ville, est un espace jadis boisé où est érigé le stade municipal qui porte le même nom a aujourd’hui l’image d’un bidonville. Les maisons ont poussées en désordre dans des parcelles exigües sans possibilité de contenir même un jardin des fleurs. « Les arbres plantés dans des espaces verts de l’Etat ont été abattu pour céder la place aux constructions privées, peu importe qu’ils soient enclavés ou pas », constate amèrement  Prince Wilondja, coordonnateur de Jeunes Volontaire des Grands Lacs pour l’environnement.

Un peu plus au sud-Est de la ville, se trouve l’avenue Muhungu qui, comme Mukukwe, était recouvert des arbres et de savane. Mais aujourd’hui, ce sont des maisons en dur qui y sont érigées. Même situation dans la commune de Kadutu. Ici, les pentes dangereuses que compte cette commune étaient toutes recouvertes d’arbres dans le but de prévenir des éboulements. Aujourd’hui, ces pentes sont envahies par des maisons construites en planches.

Cette situation est générale pour toute la ville de Bukavu. « Cette ville avait été construite pour n’accueillir qu’au moins 45 milles habitants. En 2014, elle en comptait déjà plus de 800 mille », fait savoir Gervais Ciralwirwa Chef de Travaux de l’institut Supérieur Pédagogique, ISP Bukavu. « La flore naturelle, tout a disparu parce qu’il y a une explosion  démographique et la destruction méchante des arbres », fait-il savoir.

Des incidences sur l’écosystème

Située à l’est de la RDC, la province du Sud Kivu vit sous le rythme de deux saisons : la saison de pluie et la saison sèche. Il y a une dizaine d’années, la saison de pluie couvrait dix mois et celle sèche en couvrait deux. Aujourd’hui, suite au déboisement accéléré, la saison sèche est en train de prendre la place de la saison des pluies, constate Rigobert Birembano Sokolo, chef des travaux au département de géographie à l’ISP Bukavu. « Normalement en septembre la ville serait déjà arrosée par la pluie et permettre ainsi aux paysans des zones voisines de commencer à semer dans leurs champs. Chose qui n’est pas encore faite suite au manque d’arbre qui occasionne la pluie » remarque-t-il.

La présence des arbres avait aussi une grande incidence sur la fertilité du sol. « Le sol de Bukavu et de ses environs était très fertile suite à l’engrais naturels qui provenait des feuilles des arbres. Ceci permettait la production des légumes, des fruits et de certaines céréales. Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui » regrette Sudi Sumulilo Nyangi chef de département de l’environnement à l’Institut Supérieur de Développement Rural ISDR/ Bukavu.

Pas d’arbre, pas de vie

Pour le coordinateur du bureau de la société civile du Sud Kivu, Descartes Mponge, l’arbre c’est la vie. « Notre vie dépend de cet arbre, il renouvelle l’oxygène. Il nous protège contre la poussière. Il assure le rôle de protection », affirme-t-il. Selon l’article 53 de la Constitution, « toute personne a droit à un environnement sain et propice à son épanouissement intégral ».

Conscient du problème, depuis près de quatre ans, la division provinciale de l’environnement et certaines organisations de la société civile ont lancé, il y a quelques années, des actions de reboisement de la ville. Plus de 10 mille plantes ont été mis en terre par la division provinciale de l’environnement dont la grande partie le long de la route. « Certains ont poussé et donnent déjà des belles fleurs mais beaucoup reste à faire », reconnait Jean Paul Lubula Bulambo, coordonnateur de cette structure de l’Etat. « Chaque fois que la coordination plante les arbres, certains habitants les déterrent et les bêtes en divagation les broutent », regrette-t-il.

De son côté, le Club des amis de la nature, CAN, procède à la distribution gratuite des plantules aux habitants. « C’est avec l’espoir que dans chaque parcelle on y plante au moins deux arbres et que la ville verdoie de nouveau », assure Georges Alunga, coordonnateur de cette plateforme. « Chaque habitant de Bukavu doit planter un arbre traditionnel ou fruitier qui produit à la fois de l’engrais et des fruits », renchérit-il Cirhalwirwa.

Pour Descartes Mponge, la sensibilisation de la communauté sur le bienfondé du reboisement doit aussi faire partie des priorités. « On doit aussi penser à délocaliser la population qui a construit sur les espaces verts. Ceux-ci doivent être à nouveau reboisé », conclu-t-il.

 

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