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‘‘Enfants sorciers’’, des pasteurs empirent la situation à Kinshasa

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Des enfants abandonnés sont de plus en plus nombreux dans les rues de la capitale congolaise où ils passent des nuits à la belle étoile. Ph. Clubs JDH/RDC

 

Par Jean-Hilaire Shotsha

Accusés de sorcellerie beaucoup d’enfants kinois passent des moments pénibles dans les rues de la capitale. Ils sont chassés de leurs familles après avoir été accusés de plusieurs maux. Pour beaucoup de familles, ce sont eux, qui font pipi au lit, ils ont un sommeil agité, ils aiment la musique dites « profanes », ils ont des ventres ballonnés et ils sont insolents. En plus, ils sont accusés d’être à la base des maladies difficiles à guérir comme l’épilepsie, les maladies cardio-vasculaires et autres.

Ces symptômes servent désormais à beaucoup des familles kinoises à se débarrasser facilement de certains enfants dits sorciers. Bruce Abuza, 19 ans, est dans la rue depuis plusieurs années. Il a été chassé du toit de son grand frère par la femme de ce dernier qu’il accusait de sorcellerie, alors qu’il n’avait que 13 ans. C’est un pasteur responsable d’une église dite de « réveil » où priait sa belle-sœur qui avait fait cette révélation. Venant d’un « serviteur de Dieu », ces accusations contre le jeune Abuza ont ouvert la voie à sa belle-sœur pour le renvoyer du toit familial sous l’œil impuissant de son frère ainé. Ne sachant pas où se réfugier, Abuza s’est installé dans les rues de Kinshasa avant de réintégrer le centre d’entraide chrétien de la commune de Kasa-Vubu. « Je ne connais rien de tout ce qu’on me reproche. C’était une manière de se débarrasser de moi dans cette maison simplement parce que j’étais une charge de plus », a expliqué Bruce d’un air triste.

Sur les 7 enfants abandonnés qui ont élu domicile au niveau de rond-point Ngaba dans la commune de Ngaba que nous avons rencontrés, deux ont affirmé avoir été renvoyés de chez eux, après qu’ils aient été accusés de sorcellerie. Interrogé, Junior Mbabu, un d’eux, âgé de 16 ans a expliqué : « C’est un pasteur qui a dit à mes parents que j’étais le porte-malheur de la famille ». Des cas pareils sont légion dans la capitale congolaise.

Selon les chiffres avancés par le Réseau des Educateur des Enfants et Jeunes de la Rue (REEJR), Kinshasa compte actuellement de 20 000 à 25 000 mineurs qui mendient, travaillent, enfantent et dorment dans ses rues, dont la plupart seraient accusés de la sorcellerie. Plus au moins 7 000 églises sont enregistrées dans la capitale congolaise. Selon les ONG des droits des enfants, ces églises sont devenues un rouage essentiel dans le processus qui mène de nombreux foyers kinois à abandonner leurs enfants.

Se basant sur des raisons spirituelle, ces communautés aux inspirations diverses, ont transformé, en moins de 20 ans, un phénomène restreint en une réalité sociale déplorée par un grand nombre de personnes.

Confrontées à plusieurs difficultés, les familles sont souvent désemparées face aux multiples problèmes qu’elles rencontrent faute des moyens pour leur survie. Pour beaucoup d’entre elles, les églises sont devenues un repère fondamental. Profitant de cette faiblesse, certains pasteurs promettent un remède efficace à ces familles en crise. « L’église doit aider la société à avancer. Il n’est pas mal de détecter un esprit mauvais, mais il n’est pas bon de mettre la vie d’un enfant en danger », explique le pasteur Jerry Ebanda de l’église Assemblée des saints du ciel. Et d’ajouter: « il ya plusieurs mécanismes pour éviter cela, entre autre la délivrance, la prière… ».

Créé le 20 Avril 1991, le centre d’entraide chrétienne (CEC) de Kasa-Vubu a pour objectif d’encadrer orphelins, vieillards, sourds et les délinquants. La majorité des enfants encadrés dans ce centre sont victimes d’accusation de sorcellerie. Selon Lazard Kimbuasa, responsable du centre, 3/4 de ces enfants sont accusés faussement de sorcellerie.

En ce qui concerne la réintégration des enfants au centre, il procède à l’évangélisation dans les lieux publics. « L’église prend la responsabilité, de ces enfants par des offrandes volontaires », explique le pasteur Lazard Kimbuasa, avant de poursuivre « depuis sa création, plus de 30 enfants ont été déjà réintégrer dans leurs familles ».

Contribution de l’Etat Congolais

Créé à son tour, le 5 août 2015, le Tribunal pour enfant a pour objectif principal d’éduquer et rééduquer les enfants. En plus, il intervient dans les matières des enfants en situation difficile, en conflit avec la loi, les adoptions tant nationales qu’internationales, et les dossiers civils. Depuis sa création, le Tribunal pour enfant a traité plus au moins trente cinq cas des enfants dits sorciers. Dans l’affaire de sorcellerie pour enfant ce tribunal a de la peine pour sanctionner les auteurs. « Dans la matière pénale, avant de prendre une décision on tient compte de preuves, or la sorcellerie est un problème spirituel », a fait savoir Nelly Masenga, assistante sociale près du Tribunal pour enfant de Kinshasa/Matete. Néanmoins, face à l’ampleur du phénomène enfant sorcier, l’Etat a mis en place un dispositif légal interdisant aux parents aux églises de renvoyer dans la rue des enfants pour sorcellerie.

Selon l’assistante sociale, tout le monde est habilité à saisir le Tribunal, même les enfants victimes. Le tribunal pour enfant fait la médiation pour aboutir à la réunification. Selon l’article 41 alinéa 3 de la Constitution de la RDC, il est dit : « l’abandon et la maltraitance des enfants, notamment la pédophilie, les abus sexuels ainsi que l’accusation de sorcellerie sont prohibés et punis par la loi ».  Dans le même ordre d’idée, l’article 25 alinéa 3 de la déclaration universelle de droit de l’homme indique que : « tous les enfants, qu’ils soient nés dans le mariage ou hors mariage jouissent de la même protection sociale ».

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One thought on “‘‘Enfants sorciers’’, des pasteurs empirent la situation à Kinshasa

  1. Jean-Hilaire shotsha

    Le travail a été réalisé avec beaucoup de problème. J’ai fait tout de mon mieux pour vous donner le minimum d’information que j’ai eu auprès de mes sources. Vos critiques l’aideront à améliorer mon travail dans l’exercice du métier de journaliste. C’est ne pas du tout facile de pratiquer le journalisme de droits humains mais nous le pratiquons qrace à l’ONG journaliste pour les droits humains qui nous donne des opportunités de suivre les sessions de formation sur la couverture médiatique des questions liées aux droits humains.

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