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Goma

Des veuves dépossédées saisissent de plus en plus la justice

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Goma : les personnes de 3ème âge se regroupent devant des magasins au centre. Ph. Elvis Katsana

 

Par January Walukumbu 

Dans nombreuses familles à Goma, les veuves sont extorquées de leurs biens par leurs belles-familles après le décès de leurs maris. Ce phénomène en vogue, appauvrit les veuves qui ont du mal à survivre.

« Trois mois après le décès de mon mari, ses frères m’ont chassé de ma maison, confisquant ainsi tous les biens. Injustement, ils m’ont accusé d’avoir ensorcelé mon mari », explique tristement Kavira Luhemba, âgée de 35 ans, vivant misérablement aujourd’hui avec sa vieille maman. Elle poursuit : « nous avions acheté cette parcelle grâce à une épargne qu’on a fructifié ensemble avec mon époux car je gagnais aussi de l’argent de mon petit commerce », rassure cette femme, pendant qu’elle se prépare avec son avocat, à porter plainte contre les familiers de son feu conjoint.

Comme Kavira, nombreuses femmes, ne croisent pas les bras après avoir été victimes. Elles contactent des associations féminines afin de recouvrer leurs droits : « Grace à nos avocats, nous les accompagnons devant la justice car la plupart de ces femmes se laissent malmenées car elles ignorent leurs droits », renseigne Tombo Wilondja, président du conseil d’administration de Micovevi, l’une de structures qui organisent des formations sur les droits de la femme à Goma. Pendant que ce dernier écoute ses membres, il ne cesse de les rappeler ce que dit la Constitution dans son article 14 : « les pouvoirs publics doivent veiller à l’élimination de toute forme de discrimination à l’égard de la femme et doivent protéger et promouvoir ses droits ».

Des veuves réhabilitées   

Grace à l’accompagnement des associations, des veuves trouvent gain de cause : « Après un procès de cinq mois, je vis aujourd’hui dans ma maison avec mes deux enfants (…) L’un de familiers de mon défunt mari est en prison, accusé de détournement de nos biens », explique, toute souriante, Ange Nankafu, veuve dont le mari est décédé l’an dernier.

Contacté à ce sujet, Me Adolphe Mikuba, avocats de la Cour d’appel de Goma, défendant une veuve, indique que ce phénomène s’accentue et persiste parce que nombreuses veuves préfèrent se taire au lieu de dénoncer leurs tracas. « La femme légalement mariée a droit à 50% de biens de son feu époux après liquidation et doit continuer à vivre dans la maison de son mari à condition de ne pas se remarier », déclare-t-il, en s’appuyant sur le code de famille en RD Congo.

« 70% de nos procès se soldent en faveurs de nos membres, celle dont le jugement se complique, surtout pour ces femmes hors du mariage, nous accordons un prêt d’un montant allant de 50 à 100$, somme à rembourser après six mois, pouvant permettre à la victime de survivre grâce à un petit commerce en attendant le jugement », assure  Me Eric Malisawa, chef des programmes de Benenfance Congo, une ONG qui plaide pour les droits des enfants et des femmes.

Les orphelins aussi victimes 

Beyata Nagasanzwe âgée de 55 ans, est une veuve chassée par sa belle-famille. Elle vit aujourd’hui avec ses enfants dont quatre garçons et deux filles, dans une maisonnette en bois où elle vend la boisson locale.Cela,  après 15 ans du décès de son époux, commerçant très connu dans le quartier Majengo en commune de Karisimbi, suite à sa fortune. « Nous étions abandonnés à notre sort, malgré l’effort de maman, c’était impossible pour nous d’étudier, encore moins de manger à notre faim par manque de moyen. Sans le vouloir, moi et ma petite sœur, sommes devenues prostituées », dit tristement G. M, l’ainée de la famille.

De leur côté, certains membres des familles d’époux justifient leur action. « La plupart de veuves, aussitôt dans leurs familles gaspillent l’héritage ou encore elles se trouvent un autre amant qui jouit de ces biens au détriment des enfants, principaux héritiers », explique Clément  M. habitant de Majengo.

Par contre, Me Adolphe Mikuba, interpelle la société à suivre les prérogatives de la loi, en lisant le régime matrimonial avant de décider les avoirs laissés par le défunt : « il est impérieux que l’Etat et les ONG accentuent les formations à l’intention des femmes en vue de dénoncer les cas d’abus causés aux veuves…».

 

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