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Kinshasa

Des enfants soumis à des traitements dégradants dans les écoles de Kinshasa

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Ils sont de plus en plus nombreux à Kinshasa, les élèves prêts à abandonner l’école à cause de la chicotte. Ph. Neville Mukendi Kanono

 

Par Neville Mukendi Kanono

A Kinshasa, certains établissements scolaires primaires continuent à infliger des punitions corporelles aux enfants. Le recours au fouet, latte, baffe et chiquenaude,…est encore d’usage dans certaines écoles de la capitale congolaise.

Au complexe scolaire Ntemo, quartier Kimweza dans la commune de Mont Ngafula, quelques parents affirment avoir dénoncé sans succès les pratiques répressives de certains enseignants sur les enfants. Dans cet établissement privé, trois élèves sur cinq accusent les enseignants de recourir à la chicote pour les corriger. Retard ou absence aux cours, mauvaise réponse ou bavardage, ces attitudes valent une punition physique sévère dans cette école. Kamanji Mwepu, élève de la troisième primaire, est l’une des victimes de ces méthodes. « Très colérique, notre maitresse n’hésite pas de crier sur les élèves avant de les chicoter », témoigne-t-il. Ces anciennes méthodes interdites par le ministère de l’Enseignement Primaire, Secondaire et professionnel de la RDC, continuent à être appliquées sans inquiétude.

A l’école Kinsiona dans la même commune, les élèves insolvables sont aussi concernés. Dans la classe de 6ème année, les élèves n’ayant pas payé les frais scolaires sont séparés de ceux qui sont en ordre à chaque fois qu’il y a une évaluation. Seules les copies des enfants en ordre sont prises en compte par l’enseignant. Dans certaines classes, les élèves insolvables se font tirer les oreilles avant de passer une interrogation. « C’est une façon de les inciter à mettre de la pression sur les parents pour qu’ils viennent payer », a justifié l’enseignant Boris Mbala de la 3ème année.

Cette attitude de certains enseignants n’est pas partagée par plusieurs parents des écoliers. « L’instituteur de ma fille avait demandé à tous ses collègues de classe de la frapper simplement parce qu’elle avait dérangé », a déploré Brezda Tshika. Au courant du comportement de l’enseignant, Brezda s’est plaint auprès des responsables de l’école qui ont changé l’élève de classe.

La carence du personnel qualifié

Dans les milieux des enseignants, on estime que les punitions physiques corrigent mieux les enfants turbulents et les poussent à obéir aux encadreurs. Cependant, quelques enseignants justifient cette attitude de certains d’entre eux par les mauvaises conditions de travail dans lesquelles ils évoluent. Avec un maigre salaire qui ne permet pas de nouer les deux bouts du mois (moins de 100 USD) et sans matériels didactiques, l’enseignant en désespoir peut mal réagir sur un enfant. A l’institut technique Eureka, au quartier Kindele à Mont Ngafula, des cas similaires ont été signalés.

Le chef d’établissement, Faustin Malundama justifie cette situation par la carence des instructeurs bien formés. Pour lui, ceux qui ont été formés selon les règles pédagogiques ont en grand nombre abandonné l’enseignement à cause de la souffrance qui caractérise l’enseignant congolais. Cette situation a terni l’image de l’enseignant à travers le pays et poussé beaucoup de cadres à chercher mieux ailleurs. « Pour palier à cette fuite des cerveaux dans ce secteur, plusieurs établissements publics et privés ont jugé bon d’embaucher des universitaires pour dispenser les cours » a-t-il expliqué.

Dépourvus de notions pédagogiques, ces universitaires improvisés enseignants, procèdent par des méthodes souvent déconseillées pour encadrer les enfants. « Quelles qu’en soient les raisons, la pratique du fouet et autres punitions physiques est violation des droits des enfants car, cela est une forme de torture », a précisé un activiste des droits des enfants à l’Ong Lizadeel.

En RDC, la loi portant protection des droits de l’enfant promulguée en 2009, interdit la soumission des enfants à une quelconque forme de torture ou des peines aux traitements cruels, inhumains et dégradants. Les auteurs de ces actes seront punis d’un à cinq ans de servitude pénale et d’une amende ou la perpétuité si de la torture, est survenue la mort de l’enfant (articles 151 et 152).

Selon Bayombo Gérard, psychiatre à l’organisation non gouvernementale « Aigle vision » dans la commune de Ngaliema, les mauvais traitements des enfants à l’école ont des conséquences fâcheuses sur eux. « Ces genres des punitions », explique-t-il, « sont à la base des traumatises chez les victimes. Elles peuvent causer des stresses avec une influence sur la tension. Ceci peut même déclencher une fièvre brusque chez la victime », a expliqué le psychiatre. Ce  professionnel de la santé mentale a, en outre, ajouté que les différentes formes de traumatisme sont à éviter parce qu’elles jouent négativement sur la santé de l’enfant. L’enfant victime peut développer un sentiment de méfiance et de timidité à l’endroit de son environnement. Dans cette ONG qui s’occupe de l’encadrement des enfants victimes de traumatisme, 10 enfants sur les 40 que compte cette structure, proviennent des écoles.

La convention internationale des droits de l’enfant du 20 novembre 1989 stipule à son article 19 que « les Etats dont fait partie la RDC sont appelés à prendre les mesures législatives, administratives, sociales et éducatifs appropriées pour protéger l’enfant contre toute forme de violence, d’atteinte, de brutalité physiques ou mentales, d’abandon ou de négligence, de mauvais traitement ou d’exploitation y compris la violence sexuelle, pendant qu’il est sous la garde de ses parents, de ses représentant légaux, ou de toute autre personne à qui il est confié ».

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