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Kinshasa

Des enfants contraints aux durs travaux pour palier à la pénurie d’eau à Kinshasa

 

 

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Agée de moins de 15 ans, elle est transporte plus de 20 Kg sur sa tête. Ph. Kuhinia Carat

 

Par Kuhinia Carat

Agés de moins de 18 ans, beaucoup d’enfants kinois s’adonnent à des exercices pénibles pour palier à la carence d’eau que connaissent plusieurs quartiers de Kinshasa.

Au quartier Bibua, ils sont nombreux ces enfants qui transportent des lourdes charges pour approvisionner leurs familles en eaux. Dans ce quartier de l’Est de Kinshasa, l’eau ne coule plus aux robinets de la Régideso depuis près de 10 ans. Ainsi, les parents accompagnés de leurs enfants, se réveillent tôt pour aller chercher de l’eau. Transportant des récipients dans les rues et avenues, ces habitants se précipitent vers les quartiers où l’eau coule régulièrement aux robinets.

Des mineurs au devant de la scène

Au petit matin, des enfants, des jeunes et des adultes envahissent les rues et ruelles des communes de Kingasani, Kimbaseke et Masina situées à plus de 3 kilomètres de leur lieu d’habitation pour puiser de l’eau. Lundi 17 novembre 2014, Arnold Tshimbalanga âgé de 14 ans, transporte deux bidons de 25 kg chacun. Sourire aux lèvres, il se réjouit d’avoir puisé le premier de l’eau dans une parcelle d’un quartier de Kingasani. De là, il est obligé de ramener les deux bidons d’eau (50kg) vers la grande route pour trouver un transport. Difficilement, il avance vers l’arrêt où il prend un moyen de transport qui le ramène chez lui.

Pendant ce temps par manque d’argent, d’autres enfants et adultes font la marche à pieds pour rejoindre leurs domiciles. La scène est pénible surtout pour les adolescents. Ils doivent effectuer plus de 3 kilomètres de marche sur des routes sablonneuse avec chacun une charge d’eau. Habituée à cette situation, la population de Bibua y arrive en prenant une courte pause chaque fois qu’elle est essoufflée. Chaque matin, enfants et adultes consacrent plus d’une heure à cette activité. « Nous n’avons pas d’autres choix. Pendant que moi, je m’occupe du ménage, mes enfants sont là pour m’aider à puiser de l’eau », a expliqué une quinquagénaire souffrant des rhumatismes.

Cette crise ne concerne pas seulement les quartiers périphériques de Kinshasa. Plus de 60 familles du quartier Matadi dans la commune de Bumbu sont aussi affectées par la pénurie d’eau. Selon Michel Kamba, un des anciens habitants de ce quartier, depuis près de 5 ans, les parents envoient leurs enfants pour chercher de l’eau loin de leur quartier. « C’est une habitude à laquelle tout monde se livre sans peine », a-t-il indiqué.

Un mal contre la croissance des enfants 

A force de s’adonner régulièrement à cet exercice, les enfants des quartiers de Kinshasa ne se rendent plus compte du danger que cela peut causer à leur santé. « Il est vrai qu’avant, il était difficile de s’y habituer à cause de la douleur des muscles, mais parce qu’on en a fait notre activité de tous les jours, le corps s’est aussi habitué », a certifié Fiston Ndambisi qui aura 16 ans en janvier 2015.

Pour le docteur Constantin Kibonge, médecin généraliste à Kangli, un hôpital japonais implanté à Kinshasa, il est déconseillé non seulement aux enfants, mais aussi à tout individu quel que soit son âge de transporter une lourde charge sur une longue distance et surtout sur un terrain moins favorable (sablonneux ou montagneux). Cet exercice, selon l’homme en blouse blanche, peut jouer en défaveur du rythme cardiaque du transporteur. Ensuite, les os de la personne qui subit la lourde charge peuvent connaitre une déformation. « Lorsque cet exercice est fait sous un temps chaud et ensoleillé, cela suscitera même de la nervosité, de l’anxiété et de la migraine chez la personne concernée », a ajouté le médecin généraliste. Cette situation est encore pire lorsqu’il s’agit d’un enfant. Car, son quotient intellectuel va dégringoler et la taille de son corps va difficilement se développer.

Et la loi….

En plus des conséquences sur la santé, l’exercice par des enfants des travaux durs est aussi interdit par les lois du pays. Le juriste Prospère Ilende révèle que les travaux durs sont formellement interdits pour les individus dont la tranche d’âge est entre 0 et 17 ans, même lorsque cela est fait dans leur propre intérêt. A l’article 53 de la loi portant protection de l’enfant en RDC, alinéa E, il est dit : « Les pires formes de travail des enfants sont interdites. Il s’agit de tous les travaux qui, par leur nature et les conditions dans lesquelles ils l’exercent, sont susceptibles de nuire à la santé, à la croissance, à la sécurité, à l’épanouissement, à la dignité ou a la moralité de l’enfant ».

Cette loi s’appuie sur la Convention internationale des droits de l’enfant du 20 novembre 1989 qui stipule dans son troisième article, alinéa 2, que les Etats signataires « s’engagent à assurer à l’enfant la protection et les soins nécessaires à son bien- être compte tenu des droits et devoirs de ses parents, de ses tuteurs ou autres personnes légalement responsables de lui… ».

La vétusté du matériel

A la REGIDESO, on justifie cette pénurie par la vétusté des matériels et le manque des moyens. « La station fonctionnent pendant une durée de 3 heures en lieu et place de 24 heures », a expliqué Léon Badibanga, responsable technique de Kin-ouest, secteur Binza UPN. Cet agent de la Regideso a ajouté que son entreprise envisage de prendre des nouvelles mesures pour mettre fin à cette situation déplorable. Selon lui, la conduite d’eau sera agrandie et la dimension des tuyaux va être doublée. Concernant les anciens tuyaux encore en bon état, ils seront combinés avec les nouveaux. La pénurie d’eau à Kinshasa touche plusieurs quartiers où les enfants font le même exercice sous l’œil impuissant de l’Etat.

 

 

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