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Goma

Des élèves sourds-muets dans les mêmes classes que les entendants

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Malgré le dynamisme des associations, des défis restent à relever dans ce secteur. Ph. Ephrem Ciruza

 

Par Ephrem Ciruza

A Goma, chef lieu de la province du Nord Kivu, des structures d’enseignement primaire des sourds-muets qui, il y a peu, ne pouvaient pas travailler avec les entendant, combattent de plus en plus les préjugés qui les entourent en travaillant désormais au sein de leurs établissements en faveur des élèves mal entendants.

« 394 élèves, dont 180 sourds-muets, suivent des cours dans les mêmes salles au sein de notre école », indique Charmant Matuta, directeur du complexe scolaire « Ephphatha » dans la ville de Goma. Ce qui est une grande évolution dans la prise en compte des droits des personnes mal entendant dans la ville de Goma précise-t-il. « Il y pourtant une dizaine d’années, cela était impossible à voir », rappelle le directeur.

Dans la ville de Goma, l’intégration des sourds muets dans la communauté devient de plus en plus permanente dans différents secteurs de la vie. Que ce soit dans les écoles ou dans le milieu professionnel, ceux-ci travaillent désormais côte à côte avec les personnes entendant.

Un pas vers la lutte contre la discrimination

Dans les écoles où elles sont admises, les élèves sourds-muets apprennent à être mieux compétitifs et rivalisent avec les entendant pour les bonnes notes. « Malgré notre handicap nous vivons en harmonie car nous savons déjà que nous avons les mêmes capacités intellectuelles que nos collègues qui parlent et écoutent », assure Aline Gakuru, sourde-muette, élève en 4ème pédagogie générale au complexe scolaire Ephphatha.

Il s’agit, pour la plupart de ces élèves, d’une libération. Ce que précise Paterne Asifiwe, 16 ans, sourd-muet, et élève en sixième année primaire au sein de l’Ephphatha. Depuis le début de ses études primaires, il est intégré dans des salles des personnes entendant. Ce qui ne lui empêche pas tout de même d’obtenir des meilleures notes. « Je distingue avec plus de 80% chaque année. Des gens se trompaient croyant qu’on était moins intelligent. Mais la vérité est qu’on ne  raisonne pas par la bouche ou les oreilles mais par la tête » nous a-t-il confié tout fier.

Longtemps discriminés pour leur handicap, les sourds-muets évoluaient dans des centres spécialisés en dehors des écoles des entendant. Ainsi, estime Désiré Mushagalusa, élève entendant, cette intégration dans des écoles normales leur a permis de briser la glace qui existait entre les sourds-muets et les personnes à audition normale. « Le fait d’étudier avec les collègues sourds m’a permis de comprendre que nous sommes tous humains, dotés d’intelligence. Dans notre classe, il y a des sourds muets intelligents plus que nous. D’ailleurs, la preuve en est que lors des examens  il y a des sourds muets qui obtiennent de bons résultats que nous », souligne-t-il. Il poursuit : « Grâce à l’apport de mes copains sourds, je communique parfaitement dans le langage des signes. Un de plus aux langues parlées ».

Encore du chemin à parcourir

Au niveau de l’école primaire Ephphatha, des mesures ont été prises pour favoriser un bon environnement d’étude à tous les élèves. « Pendant les cours, nous faisons accompagner les langages des signes à la parole pour permettre à chacun d’assimiler la matière. En plus de cela, nous insistons sur la non-discrimination et sur le respect mutuel dans la classe mais aussi dans la société », explique Anicet Kakule, enseignant en charge de l’intégration sociale au sein de ladite institution.

Euphphatha est en effet, la seule école du milieu à bénéficier d’une subvention de l’Union européenne afin d’assurer une formation intégrée des sourds-muets et les entendant. Ce qui justifie d’ailleurs, qu’elle ait pris de l’avance par rapport à d’autres écoles.

Dans ces écoles, en effets, la situation n’est pas la même. Certaines affirment manquer du personnel qualifié et des moyens requis pour prendre en charge dans l’éducation des sourds-muets aux côtés des entendant. « Dans notre école nous n’avons pas d’enseignants formés comme formateurs des sourds-muets. On a pas, non plus, des matériels pour leur faciliter l’apprentissage des sourds », souligne Joseph Munyampeta, directeur de l’institut Faraja.

Ainsi, à part l’école Ephphatha, nombreuses autres refusent encore d’intégrer les sourds-muets. « Il faut d’abord qu’on ait la capacité de le faire. C’est pourquoi nous interpellons le gouvernement congolais ainsi que des ONG à nous appuyer aussi dans ce sens. Cela contribuera à ce qu’il soit mis fin à la discrimination des sourds-muets à l’école », confie pour sa part Rogers Ndibwami, directeur de l’institut de Goma.

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