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Kinshasa

Abandonnées à elles-mêmes, les personnes handicapées se lancent dans la mendicité à Kinshasa

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Sans espoir pour leur avenir, les personnes handicapées se lancent dans la mendicité à Kinshasa. Ph. Chaty Mumba

 

Par Chaty Mumba

Les coins de Kinshasa les plus fréquentés deviennent de plus en plus des lieux par excellence de la mendicité pour les personnes handicapées.

Dès 6 heures du matin, le marché central est en effervescence. Les vendeurs et les clients y affluent pour différents besoins. Dans les allées, l’on aperçoit des personnes en situation de handicap. Elles arrivent les unes après les autres et s’installent à des endroits différents. Elles ne sont pas commerçants ou clients, ils sont plutôt des mendiants. Ceux qui ont peu de force avancent seuls tandis que les plus faibles se laissent conduire par des proches.

André Palata, un vieil homme, squatte sur l’avenue du Commerce, non loin du marché central. Il a perdu ses deux jambes depuis son enfance et se débrouille seul pour ses déplacements. Le poids de l’âge et son handicap ne lui permettant pas de trouver du travail, il s’est lancé dans la mendicité depuis près de quinze ans. C’est l’unique moyen qui lui permet de gagner son pain quotidien.

Vêtu en guenilles, Palata est assis non loin des tas d’immondices et tend la main aux passants, espérant recevoir d’eux quelques billets de banque. « Je vis au centre d’hébergement CAP de la Funa depuis plus de 10 ans. A la quête de l’argent, il m’arrive souvent de passer la nuit au marché central lorsque je suis dans l’impossibilité physique de retourner à ma demeure », explique-t-il

Plusieurs autres personnes handicapées dont Marie-Ange Lembusa, sont postées dans le voisinage du super marché GG-Mart. Cette dernière porte  dans ses bras un enfant. Elle est âgée d’une femme d’une trentaine d’années et vit avec un handicap au niveau du pied droit en plus de son œil malade. « Ça fait deux ans que je vis de la mendicité et dans la rue avec ma fille que j’ai d’ailleurs eu dans la rue avec un homme en uniforme que je n’ai plus jamais revu », dit-elle  d’un air préoccupé.

J-P Nzolamesu, un jeune garçon de 16 ans est aveugle. Il est né d’une famille démunie. Orphelin de père et de mère, il a été traité de sorcier. Il est abandonné à son triste sort par sa famille et ne dispose pas des moyens pour assurer  sa scolarisation. Pour survivre, il fait la ronde des quartiers de la commune de Kalamu pour demander de l’aide aux bons samaritains. Suite à son handicap, il se fait aider par son jeune frère. Il souligne que les inconvénients sont nombreux : « nous sommes exposés aux accidents de circulation, au vol de la part des enfants de la rue. Si la journée est ensoleillée, les rayons nous frappent de plein fouet toute la journée ». Le long du boulevard du 30 Juin, aux Ronds-points Victoire et Ngaba et dans plusieurs autres coins chauds de la ville de Kinshasa, cette situation ne fait que s’empirer.

L’insensibilité du gouvernement

Pour André Palata et bien d’autres personnes handicapées, les gouvernants ne pensent qu’à eux-mêmes, surtout pendant la période électorale pour gagner des voix. Une fois aux commandes, ils abandonnent leurs électeurs à leur triste sort. D’après Ahmed Itoko, chargé des missions de la Fédération Congolaise des Personnes vivant avec Handicap (FECOPEHA), le gouvernement a mis en place douze centres d’hébergement qui abritent plus de 2 000 personnes handicapées.

« A part les bâtiments, la fédération ne reçoit aucune aide de la part de l’Etat pour subvenir aux besoins de ces personnes. Sans travail à cause de la discrimination et sans l’aide de l’Etat, la majorité de personnes vivant avec handicap qui résident dans ces centres d’hébergement, recourent à la mendicité », a-t-il souligné.

Il renchérit par ailleurs qu’en cas des maladies et décès, le président national de la FECOPEHA, Martin Ekanda, est le seul à intervenir sans aucune aide de l’Etat. « Quand nous allons demander de l’aide au ministère des Affaires sociales, on nous envoie des policiers pour nous mettre à la porte », conclut-il.

Maitre Fabrice du barreau de Matete précise que le vagabondage et la mendicité sont prohibés par la loi. Pendant ce temps, à Kinshasa personne n’ignore que la mendicité s’enracine de la plus belle manière. « L’Etat congolais qui ne remplit pas son devoir d’aide aux personnes vulnérables dont, les personnes handicapées, semble tolérer la mendicité. Dans ce cas, il paraît complice de la violation de la loi », a-t-il ajouté.

Il a indiqué que la personne en situation de handicap est toute personne ayant un handicap physique, mental, psychologique ou moral. Ces personnes sont reconnues comme étant vulnérables par la loi. « Ils n’ont pas toutes leurs capacités et doivent en réalité attirer l’attention des gouvernants. Leur prise en charge peut contribuer au développement du pays »,  a-t-il soutenu. Il a ajouté également que les personnes âgées ou handicapées ont droit à des mesures spécifiques de protection en rapport avec leurs besoins physiques, intellectuel et moraux. Cette norme est reconnue dans l’article 49 de la Constitution de la RDC ainsi que dans l’article 18 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. Mais pour l’application de cet article, il faut une loi organique qui traîne encore sur la table du Parlement.

Le juriste Fabrice confie par ailleurs que, parmi les droits élémentaires qui sont violés, il y a le droit au travail, le droit à la santé du fait qu’elles passent des journées sous le soleil et souvent dans des conditions non hygiéniques, le droit à une alimentation suffisante, etc.

En définitive, les droits de l’homme ne peuvent être promus valablement que dans un monde où l’on cherche, non la puissance pour dominer, mais le service de la revalorisation de l’humain sans discrimination.

 

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