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Kinshasa

La présomption d’innocence non prise en compte par certains medias de Kinshasa

image2-26Même les personnes présumées innocentes sont exposées sans tenir compte de leur dignité dans certains médias de Kinshasa. Ph. Clubs JDH

 

Par Sifa Kaleta

Des présumés auteurs sont victimes de multiples violations des droits humains car ils sont exposés au grand public à travers certaines télévisions de Kinshasa, capitale de la République Démocratique du Congo (RDC).

C’est le cas de Molière TV avec son magazine « Kin-Makambo ». Dans cette tranche télévisée, la plus préférée actuellement des Kinois, les téléspectateurs aperçoivent régulièrement des images des personnes accusées de vols et viols sans qu’ils soient passés par un jugement. Présentées comme auteurs de l’acte incriminé, ces personnes sans défense sont souvent entourées par une foule des kinois prêts à les tabassées.

Cette manière de présenter les faits au public est perçue de manière différente par le public au sein de la société kinoise. Alain Tshipaka, journaliste de son état, accuse les médias congolais de marcher contre l’éthique et la déontologie de la profession. Selon lui, le journal et son présentateur ont le rôle d’informer et former, et non de prendre la place de la justice. Ainsi donc, les médias n’ont pas pour mission, de juger ou de condamner les gens qui peuvent faire l’objet de l’information. Théthé Salume, fidèle téléspectatrice de « Kin Makambo », magazine diffusé en lingala, pense que cette méthode est venue révolutionner la manière de faire la télévision en RDC et a permis à un grand nombre de Kinois à s’intéresser maintenant aux informations.

A la télévision Molière, on ne reconnait pas avoir bafoué, à travers ces émissions, les droits sur la présomption des innocents. « Nous veillons toujours sur nos reportages et les traitons tout en respectant la présomption d’innocence. Dans la plupart des cas, les inciviques et autres accusés présentés par notre télévision, l’ont été fait avec l’autorisation des officiers de la Police judiciaire (OPJ) qui nous appellent. Comme le font aussi la population », s’est défendu Fabrice Nyembo, cadre de Molière TV. « Lorsqu’on estime qu’il y a eu désinformation, les personnes choquées peuvent recourir au droit de réponse qui est gratuit et réservé à toute personne innocente », a-t-il ajouté. Selon lui, Molière TV a été plusieurs fois trainée en justice à ce sujet. Une fois devant la justice, la chaine a toujours gagné le procès.

Conscient de cet état des choses, le CSAC avait à son temps, lancé une recommandation qui exigeait à ce que les images des reportages à forte émotion soient retouchées. « Mais, jusqu’a présent on est encore à la phase d’observation », a expliqué Jean Marcel Bosamba secrétaire principal d’inspection et conseiller juridique au Conseil Supérieur de l’Audio-visuel et de la Communication (CSAC).

Selon le règlement d’ordre intérieur du CSAC, il existe d’abord une mise en demeure lorsque cette institution constate quelques cas de dérapage en rapport avec la présomption d’innocence. Les responsables de la diffusion de ces images seront entendus sur procès-verbal et ils vont présenter les moyens de défense selon l’Art 62 de la loi organique. En cas de persistance de la part des médias, il existe une sanction allant jusqu’à 3 mois. « Certaines télévisions de Kinshasa ont subies la force de la loi en rapport avec cette disposition », a indiqué un cadre du CSAC sans nommer les chaines concernées.

Cependant, la présomption d’innocence est toujours bafouée à Kinshasa. Dans l’article 17 de la Constitution de la RDC, il est indiqué que tout homme arrêté est présumé innocent jusqu’à ce que sa culpabilité soit établie par un jugement définitif. « Ce que nos medias font c’est de la diffamation sur la personne, et, cela selon la Constitution. L’homme est sacré d’où il a droit au respect », a précisé le juriste Innocent Mulamba.

 

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