Speak Magazine

Bukavu

Les veuves accèdent difficilement à l’héritage dans le Sud-kivu

image7-15Groupe de femmes exhibant de pas de danse. ph. Prince Murhula 

 

Par Socrate Cikwanine Musaraza

Au Sud Kivu, au décès de leurs maris, de nombreuses veuves sont dépossédées de tous les biens laissés pars leur époux décédés, par leur belle-famille. Une pratique pourtant illégale et dénoncée par les défenseurs des Droits de l’homme.

Ntakwinja M’Barume, veuve, et mère de cinq enfants affirme : « a son décès, mon époux m’a laissé une parcelle et plusieurs autres biens. Le lendemain de l’enterrement, sa famille m’a chassé de la maison et vendu une grande partie de la parcelle. Ils ont aussi pris tous les meubles qu’il m’a laissé », explique-t-elle d’un air triste. « Ils ont tout pris qu’aujourd’hui je ne sais par où commencer pour revendiquer », ajoute-t-elle.

Aujourd’hui, elle doit mendier pour prendre en charge ses enfants. A l’instar de Ntakwinja, Francine Masika, veuve et mère de sept enfants, épouse d’un commerçant décédé il y a une dizaine d’années, vit aussi la même situation. « Mon époux m’a laissé de l’argent qui pouvait nous aider à vivre avec mes enfants. Mais lors de l’héritage, ma belle-famille a vidé le compte bancaire de mon mari », affirme raconte-t-elle, « Je ne sais pas de quoi ils m’accusent, j’étais pourtant mariée légalement avec lui », se plaint-t-elle.

Coutumes rétrogrades et pauvreté

Dans nombreuses coutumes locales, l’accès de la femme à l’héritage continue à poser problème. « On la considère comme une source de richesses et non une consommatrice des richesses », souligne Mugisho Mwendanga, la cinquantaine, habitant de Walungu. Ainsi, pour priver celle-ci de l’accès aux biens laissés par son défunt mari, de nombreuses accusations fusent. « Se fondant sur la coutume, des gens se fabriquent des prétextes comme que la femme est la source de la mort de leur frère, qu’elle l’a ensorcelée, qu’elle ne lui était pas fidèle et ne respectait pas de son vivant… Tout cela dans le but de l’exclure de l’héritage et la déposséder » affirme Me Julienne Mushagalusa, coordinatrice de l’association des femmes juristes du Congo, AFEJUCO Sud-Kivu.

Barthelemy Kangele Mwenda, chef de bureau chargé de services généraux à la division provinciale du genre, famille et enfant au Sud-Kivu, reconnait l’existence de cette pratique. « Il y a des coutumes rétrogrades stipulant que la femme n’a pas droit au chapitre, elle n’a pas droit à l’héritage et qui malheureusement continuent d’être appliquées », regrette-t-il.

Ce que dénonce aussi Me Julienne Mushagalusa. « Les coutumes rétrogrades rendent les femme de plus en plus victimes. Elles les enferment ainsi dans un cercle permanent de discrimination », soutient-elle, estimant que priver la veuve de l’héritage constitue une violence à son égard.

Prenant conscience, certains hommes s’opposent de plus en plus à cette pratique. C’est le cas de Kulimushi Mpole, 50 ans, habitant de Kaziba, une cité de la chefferie de Walungu. « L’esprit de pauvreté, d’égoïsme et de paresse dans le chef des membres de la famille est à la base de tout ça. Il s’agit d’une honte pour les hommes qui s’y adonnent », regrette-t-il.

La veuve a aussi des droits

Selon l’article 14 de la Constitution de la RDC, « Les pouvoirs publics veillent à l’élimination de toute forme de discrimination à l’égard de la femme et assurent la protection et la promotion de ses droits…, Ils prennent des mesures pour lutter contre toute forme de violences faites à la femme dans la vie publique et dans la vie privée ».

Pour Me Landry Bashizi, juriste et membre de l’ONG Vision Sociale, une association locale des droits humains, déposséder la veuve constitue une violation de son droit. « Si la veuve était légalement mariée, au décès de son mari on droit procéder à la liquidation du régime matrimonial. Cela veut dire que s’ils ont opté pour le régime de la communauté des biens, on doit d’abord diviser l’ensemble des biens par deux : une partie revenant à la veuve et l’autre destinée à l’héritage », souligne-t-il.

Pour lui, ce qui se passe actuellement est souvent justifié par la coutume. Pourtant, « la coutume vient après la loi. La coutume doit se conformer aux lois en vigueur en RDC », insiste-t-il.

Tagged , , , , , , , , , , ,

Related Posts

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *