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Kinshasa

Certains kinois rejettent les victimes du VIH/Sida

image1-15Abandonnée par les siens, cette femme de troisième âge est prise en charge dans un hospice des vieillards à Kinshasa. ph. Clubs JDH

 

Par Yannick Makengo

Kinshasa est l’une des villes congolaises les plus frappées par le VIH/Sida. Rien qu’à l’hôpital général de référence de Kinshasa (HGRK), environs 1000 personnes souffrant de cette maladie y sont prises en charge. Cependant, beaucoup d’entre les maladies vivent dans l’isolement total à cause de la discrimination de la part de la population.

Moqueries, quolibets et autres médisances sont formulées contre les personnes atteintes du VIH/Sida par leurs proches. « Ce rejet nous indispose plus que la maladie car, certaines personnes ne cessent de nous rappeler que la mort est constamment proche de nous », a déploré Monique, une personne vivant avec le VIH à N’Djili.

« L’état congolais devrait créer des centres d’hébergement pour personnes souffrant du VIH/Sida. Mon oncle qui vit chez mes parents est porteur du virus. Nous avons du mal à mener une vie harmonieuse en famille », se plaint Vicky Lusina. Ce jeune mécanicien, habitant de la commune de Ngaba, ne mange plus à la maison depuis que son oncle vit avec eux. « On ne peut tout de même pas manger avec un malade du Sida, encore moins partager un même lit avec lui. Je dois me protéger », martèle Vicky.

Le docteur Emily Lebughe rencontré à HGRK, ex Mama Yemo a assuré qu’on peut vivre longtemps avec le VIH/Sida. Dans cet hôpital, les soins de qualité sont assurés aux PVV suivant la politique nationale du programme nationale multisectoriel de lutte contre le Sida. « Nous donnons un traitement gratuit à tous ceux qui se présentent ici à l’hôpital », a-t-il indiqué. Une victime de cette maladie a affirmé bénéficier d’une prise en charge depuis qu’elle est admise dans cet établissement public. « Je vis avec les antirétroviraux depuis le mois de février et mon état de santé s’améliore au jour le jour. Je prends tous les 24 heures, les médicaments que l’hôpital met à ma disposition sans dépenser de l’argent. Je n’ai plus de fatigue et je mange comme il faut », a-t-il expliqué.

La prévention

Pour sa part, le docteur Martin Kavul, a précisé que les PVV sont comme toutes les autres personnes et le VIH/Sida n’est pas une malédiction. « C’est une maladie comme toutes les autres, la seul différence est que le Sida est incurable  pour l’instant simplement parce que jusque à présent, il n’y a pas encore des médicaments ni des vaccins qui la guérissent », a-t-il dit.

Néanmoins, a-t-il ajouté, la science a trouvé des moyens qui permettent aux PVV d’avoir une longue vie. Il a aussi indiqué que le sida n’a pas été destiné à une tierce personne, tout le monde peut être atteint de ce virus, mais tout le monde peut aussi l’éviter. Pour être à l’abri de ce fléau qui est en train de frapper toute la planète, l’homme en robe blanche a appelé les kinois à pouvoir observer les trois méthodes préventives, à savoir: l’abstinence, la fidélité ainsi que le préservatif. « En ce qui concerne le préservatif, il n’y a pas que le préservatif masculin, il y a aussi le préservatif féminin. Bien que le second est méconnu du grand public; il est autant efficace que le préservatif masculin », a révélé le docteur.

Au niveau de PNMLS, le docteur Aimé Mboyo, chef de section partenariat au secrétariat exécutif a précisé que la prise en charge des personnes vivants avec le VIH/sida demeure une préoccupation majeure du gouvernement de la RDC. « La prise des ARV est toujours accompagnée d’une bonne nutrition, d’un suivi biologique et clinique de manière périodique et régulière », a précisé l’expert du PNMLS. Pour prévenir cette maladie, ce médecin a appelé la population au dépistage volontaire. Selon lui, plus on connait son état sérologique, mieux on est à l’abri du VIH/sida. « Beaucoup de jeunes ignorent leur statut sérologique vis-à-vis du VIH. On estime qu’en Afrique subsaharienne, 10% seulement des jeunes hommes et 15% des jeunes femmes entre 15 et 24 ans connaissent leur statut sérologique », a-t-il expliqué.

Parlant des statistiques, ce chef de section a indiqué que « la RDC est en situation d’épidémie généralisée, avec un taux de prévalence en VIH/Sida estimé à 2,7% au sein de la population. En termes de nombre, on estime à 994.482 personnes vivant avec le VIH/Sida dont 563.000 femmes et le reste concerne essentiellement de nouvelles infections ».

Jean Bila, avocat au Barreau de Kinshasa/Matete a pour sa part félicité l’Etat congolais pour les efforts fournis en vue de respecter et faire respecter les textes juridiques dans le secteur de la santé. Notamment, l’article 11 de la loi n° 08/011 du 14 juillet 2008, portant protection des droits des personnes vivants avec le VIH/sida et des personnes affectées. Cet article stipule que: « l’État doit assurer gratuitement l’accès aux soins de prévention, aux traitements et à la prise en charge des personnes vivants avec le VIH/sida dans les établissements sanitaires publics et privés dans la stratégie de soins de santé primaires ».

« Malgré les avancées enregistrées, la RDC a encore du chemin à parcourir dans la prise en charge des PVV, mais également dans la lutter contre cette pandémie », insiste-t-il.

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