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Goma

Faute d’emploi, les jeunes diplômés s’adonnent aux petits métiers

image1Plus de la moitié de la population jeune de la RDC demeure sans emplois selon plusieurs études. ph. JDH

 

Par Marlène Muhokolo

Dans la ville de Goma, des jeunes s’adonnent de plus en plus aux métiers qui ne correspondent pas avec leur profil académique. Ces jeunes diplômés, pour échapper au chômage, sont aujourd’hui prêt à tout faire pour gagner leur vie. Ils demandent à l’Etat de mettre à leur disposition des emplois.

« Je suis licencié en Gestion financière. C’est depuis 2009 que j’ai obtenu mon diplôme. J’ai cherché du travail dans ce domaine pendant trois ans mais en vain », relate Pacifique. Après plusieurs années d’attente, ce jeune a décidé de penser à autre chose. « Aujourd’hui je suis revendeur de cartes de communication dans un kiosque au quartier Ndosho en commune de Karisimbi » avoue-t-il. « Environ 90% de jeunes qui ont finit les études universitaires sont chômeurs. Alors que l’Etat doit tout faire pour garantir du travail à ses élites, il les abandonne à leur triste sort », regrette Chernozem Lwanga, Directeur provincial de l’Union nationale des travailleurs du Congo (UNTC), un syndicat regroupant les travailleurs congolais.

Faute d’emploi, ils sont exposés à tout

Rencontré dans un garage à Himbi où il travaille comme soudeur, Alphonse Chito se plaint du chômage de son fils qu’il a scolarisé difficilement. Ce cinquantenaire déclare avoir payé une moto d’occasion pour son fils pourtant gradué en développement rural. « Désormais il fait le taxi-moto du matin au soir. Marié, il rapporte la ration alimentaire chez lui sans passer par moi. Il n’est plus comme ces intellectuels qui pensent que le travail du taxi n’est réservé qu’aux illettrés. Il a compris le vrai sens de la vie en RDC ».

Malgré que les jeunes diplômés peuvent travailler sans complexe, les activistes des droits humains demandent à l’Etat d’employer sa population, surtout celle qui doit être utile au pays après avoir fini les études : « L’Etat garantit le droit à l’initiative privée aux nationaux dans l’article 35 de la constitution de la RDC, cela ne signifie pas qu’il doit abandonner ses élites scientifiques car dans l’article 36 de la constitution, l’Etat garantit le droit au travail, la protection contre le chômage… », éclaire, Dufina Tabu, Directeur de l’Association des volontaires du Congo, une ONG  des droits humains.

Faute du travail, nombreux jeunes sont prêt à tout pour survivre. « J’ai fini mes études universitaires avec mention distinction. En principe c’est serait à moi de prendre soin de ma mère qui m’a fait étudier. Mais je dois encore revenir vers elle pour qu’elle continue à tout m’acheter », se plaint Gérard Bahole, orphelin. Dans cette situation, nombreux jeunes se retrouvent ainsi exposés à des activités illicites. Certains intègrent ainsi des sociétés de gardiennage pour travailler comme sentinelle. « Malheureusement nous ne pouvons pas engager tout le monde » prévient un des responsables de la société HDW (Human dignity in the World, une des sociétés de gardiennage présente dans la ville de Goma. D’autres par contre, intègrent des groupes armés ou des mouvements criminels naissants dans cette région.

« Lors du passage de la rébellion du M23 (Mouvement du 23 mars Ndlr) à Goma en novembre dernier, des centaines des jeunes intellectuels désœuvrés ont intégré le mouvement. Certains d’entre eux espérant gagner vite leur vie sont aujourd’hui des réfugiés et d’autres sont morts sur le champ de bataille », indique Chernozem Lwanga.

Etudier pour créer son emploi

A Goma, les autorités académiques des institutions supérieures et universités de la place encouragent leurs étudiants finalistes à créer de l’emploi. « Nous voulons que nos jeunes diplômés soient plus créateurs que demandeurs d’emploi. Ils ne doivent pas attendre d’être engagés par des tierces personnes », conseille Oscar Bunganya, secrétaire administratif de l’Institut Supérieur de Management de Goma. Michel Bahati, cadre d’université a compris ce conseil. Il rassemble six jeunes qui fabriquent des braseros dans sa parcelle au quartier Katoyi. De ce métier, ces derniers nourrissent leurs familles et scolarisent leurs enfants. « Je gagne raisonnablement ma vie ici au lieu de m’adonner aux métiers criminels ou rester oisif dans la parcelle », laisse entendre Jacques Paluku, l’un des employés de Michel.

Pour Serge Bireo, manager et directeur général de l’ISM-Goma, les petits travaux que certaines personnes négligent sont rémunérateurs. Pour lui, en RD Congo le salaire minimum interprofessionnel garanti(SMIG) est fixé à environ 3$ par jour. Il démontre qu’un taximan moto peut facilement réunir 10$ par jour soit 300$ le mois au lieu de 90$ gagnés par un agent de l’Etat. « Que les diplômés ne croisent pas les bras attendant seulement l’emploi au sein des structures de l’Etat ou des ONG… » recommande-t-il en insistant qu’ « il n’ ya pas de sots métiers ».

 

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