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Bukavu

Délestage à Bukavu, un vrai casse-tête

 

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Des Cabines téléphoniques utilisant les groupes électrogènes, photo Esther Kanga

 

Par Esther Kanga

Une partie de la ville de Bukavu est plongée dans le noir. La population se plaint du jour au lendemain de ce problème. Les détenteurs des maisons de production ayant le plus besoin du courant (boulangerie, cyber café, publiphone, boucherie…) enregistrent plusieurs pertes comme la baisse de la clientèle, et la destruction de certaines marchandises.

Les propriétaires des sociétés qui ont besoin de la permanence du courant électrique se plaignent des pertes qu’ils enregistrent suite aux coupures intempestives du courant par la Snel (société nationale d’électricité).

Imani Gustave, gérant de la boucherie Credo, affirme ce qui suit « au lieu de 21h,  j’avais fermé la boucherie le samedi vers 16h car il n’y avait pas du courant. Et j’ai estimé qu’il pourra se rétablir le soir. Je ne suis pas partis travaillé le dimanche. Alors, le lundi à mon arrivé, j’ai trouvé que certaines viandes étaient déjà abimées et j’ai été obligé de les déclasser. Ce jour-là, j’ai enregistré une grande perte faute de l’absence du courant électrique » souligne-t-il.

A chaque coupure du courant, les activités tournent aussi au ralenti dans les cybers cafés. « Nous perdons plusieurs clients lorsqu’il y a coupure du courant. Certains clients sont en pleine recherche, d’autres dans des saisies et impressions, et d’autres encore dans diverses occupations. Mais lors du délestage, c’est tout le travail qui est bloqué. Si on n’avait pas déjà récolté assez d’argent pour acheter le carburant, nous aurions tout perdu. Le travail s’arrête jusqu’au rétablissement de l’énergie électrique » raconte le responsable d’un cyber café à Nguba, dans la commune d’Ibanda.

Les tenanciers des moulins de maïs et soja ne sont pas épargnés. « Nous travaillons seulement quand il y a de l’électricité. Si nous l’avons à partir de 8h-14h, là nous sommes au boulot. Dans le cas contraire c’est le chômage total, car nous ne pouvons pas utiliser d’autre source d’énergie étant donné que le carburant coute cher (1600FC/litre à peu près 1,8$) alors que notre revenu journalier est parfois en dessous de ce chiffre » nous a confié un travailleur dans un moulin dans le marché de Nyawera.

Des pertes sur l’économie

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Photo Esther Kanga

 

« Nous avons un générateur automatique. En cas de délestage, le générateur est allumé directement pour ne pas enregistrer trop de perte dans notre travail. Nous ne pouvons pas compter sur le courant de la Snel, car ça fait toujours défaut » nous dit Christian Safari, gérant de la boulangerie Pain D’or.

« Des fois quand il y a une coupure d’énergie, les pâtes qui se trouvaient dans le four sont abîmées, certaines sont récupérées et d’autre pas » confie Charles Maombi, gérant de la boulangerie Espoir située en plein centre-ville de Bukavu.

« Nous utilisons au moins 40 litres de mazout pour 5h de temps. Et un bidon de 20 litres coûte 32000FC (plus de 35$).C’est un moyen de secours mais qui touche à notre revenu, car en dépit de ça, nous allons payer les factures de la Snel » conclut Charles Maombi.

Pour Mizo Kabare, président de la ligue des consommateurs du Congo Kinshasa, Licoski, les coupures et délestages opérées par la SNEL ont aussi un impact sur l’environnement. « La population a aussi besoin de se nourrir. Faute de courant on coupe les arbres pour avoir des braises » affirme-t-il.

Il ajoute : « avec la permanence du courant on aurait plusieurs usines de transformation des produits, mais fort malheureusement nous sommes obligés d’importer plusieurs produits. Pas de développement sans électricité » conclut-il.

Les propriétaires des publiphones et des maisons d’éditions des CD, affirment aussi enregistrer d’énormes pertes suite aux coupures intempestives du courant électrique.

« Nous travaillons 30 jours sur 30, mais nous n’avons pas du courant 24h sur 24. C’est pourquoi même si nous n’avons pas un revenu assez important, nous utilisons le groupe électrogène et les panneaux solaires pour ne pas mourir de faim » nous confie l’un de détenteur des publiphones (charges batteries).

La SNEL se justifie

Le chef de la division administrative de la Snel/Sud Kivu, Banza Mutambay estime que la centrale hydroélectrique de Ruzizi est vétuste et a une moindre capacité par rapport à la demande de la clientèle. Ce qui, selon lui, est à la base de ces délestages. « La centrale hydroélectrique de Ruzizi a été construite en 1958 pour servir une population très réduite. Mais aujourd’hui la population a augmenté, ce qui entraine aussi l’augmentation de la demande. La seule ville de Bukavu, en ce moment, doit consommer 40MW (mégawatt), alors que cette centrale n’a qu’une capacité de 28MW » précise-t-il. Et il ajoute : « les pièces de rechange sont aussi introuvables à causes de la vétusté de la centrale ».

Parfois aussi, la baisse du niveau d’eau du lac Kivu est à la base de la diminution de la capacité de production du courant par la SNEL. « Pendant la saison sèche, le niveau de l’eau du lac baisse et la production aussi. Nous faisons plusieurs délestages pour permettre à la centrale de se reposer. Ca évite la surcharge. Pendant la saison pluvieuse, par contre, le dessèchement est causé par les immondices que la population jette dans la rivière. Ces déchets bloquent la circulation normale de l’eau. Ce qui affecte le fonctionnement de la centrale. C’est parmi les facteurs qui occasionnent le délestage » conclut-il.

La population est appelée à collaborer avec la Snel

Le président de la ligue des consommateurs des services au Congo Kinshasa, Mizo Kabare invite l’Etat à investir davantage dans le secteur de l’énergie électrique. « Que l’Etat consacre des moyens conséquents pour l’investissement dans le secteur énergétique. Et qu’elle développe une politique d’amortissement des matériels de la centrale. Enfin, la population doit développer une capacité de revendication d’un travail de qualité, et un esprit de contrôle des entreprises publiques ».

Pour Banza Mutambay, la construction d’une nouvelle centrale pourra apporter la sollution à ce problème. « D’abord, l’Etat doit investir dans la construction d’une autre centrale hydroélectrique qui pourra aider celle-ci qui, d’ailleurs, date de plus de 50 ans. Ensuite, sensibiliser la population qui jette des déchets dans les voies d’eau pour qu’elle arrête avec ce comportement. Et enfin, la population doit comprendre que comme les personnes ont besoin du repos, les machines aussi en ont besoin ».

Pour leur part, les opérateurs économiques eux revendiquent la régularité du courant électrique. « Nous exigeons avoir du courant en permanence. Parce que les dépenses que nous engageons en carburant et d’autres pertes de subies par manque du courant sont énormes » souligne Imani Gustave, gérant de la boucherie Credo.

Selon l’article 48 de la constitution de la République Démocratique du Congo « le droit à un logement décent, le droit d’accès à l’eau potable et à l’électricité sont garantis (…) ».

 

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