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Kinshasa

Quartier Immo-Congo : L’air pollué par des matières fécales

Munor Kabondo

Les habitants d’une partie du quartier Immo-Congo, ex ‘‘20 mai’’ dans la commune de Kalamu vivent dans un environnement malsain et propice aux maladies infectieuses.  Pour cause, l’espace libre situé le long du stade ‘‘Tata Raphaël’’ sert de lieu de défécation aux passants. Transformée en une brousse, cette concession appartenant à l’Etat congolais,  accueille de jour comme de nuit des personnes qui viennent y déposer leurs selles.  

Les passants qui empruntent les différents raccourcis aux alentours du stade ‘‘Tata Raphaël’’ en ont vu de toutes les couleurs.  Difficile de parcourir quelques mètres à cet endroit sans observer des matières fécales qui trainent à même le sol.  A quelques pas de là,  soit à l’intérieur du stade, la réalité est encore pire.  Dès qu’on franchi le portail, on est accueilli par un vent aux odeurs nauséabondes provenant des excréments humains. Cet espace réservé aux rencontres sportives baigne dans un environnement malsain. Lors des rencontres sportives, le public passe des moments difficiles à cause de ces odeurs qui se dégagent dans l’arène.  Installés dans les gradins, les supporters respirent et expirent à chaque instant un air pollué des matières fécales. Les toilettes qui devaient accueillir le public pour les besoins physiologiques sont  hors usage faute d’entretien. ‘‘Il faut faire tous les besoins chez soi pour ne pas venir vivre le calvaire ici’’, a expliqué un supporter de MK Etanchéité lors de la phase finale de la Coupe du Congo remportée par son équipe face à  FC Lupopo. Ceux qui ne prennent pas cette précaution, se débrouillent dans les espaces isolés à l’intérieur et à l’extérieur du stade.

C’est souvent lors des grandes rencontres sportives que la population environnante vit le calvaire. Parmi les 40 000 personnes qui peuvent être accueillies dans ce stade, ceux qui se trouvent dans ce besoin naturel,  n’hésitent pas de se soulager dans les espaces libres.  On les voit défiler  entre les gradins et le mur de clôture du stade.  D’autres entre le stade et les espaces libres situés en dehors du stade. Les responsables ayant refusé de se prononcer sur cette question, une des sentinelles du stade a précisé qu’un projet de réhabilitation totale des installations sanitaires serait bloqué, faute des moyens.

Avec l’arrivée de la pluie, ces urines et matières fécales sont transportées par les eaux qui les orientent dans plusieurs directions jusque dans les caniveaux et les voies publiques. Quand le soleil se pointe,  les habitants du quartier en paient un lourd tribut.  Chauffées par les rayons solaires quand la température varie entre 20° et 30°, ces matières fécales dégagent alors une odeur qui indispose.

A tour de rôle, les passants ne se gênent pas à venir à cet endroit situé en face du stade Tata Raphaël pour se soulager. (Photo Munor Kabondo)

A tour de rôle, les passants ne se gênent pas à venir à cet endroit situé en face du stade Tata Raphaël pour se soulager. (Photo Munor Kabondo)

Des risques sur la santé humaine

Pour Jean-Louis Kitenge, médecin généraliste au centre médical Siloé de Ngaliema, la défécation dans les airs libres expose la population à des multiples maladies. Ces matières en décomposition portent plusieurs microbes qui vont se propager dans les airs avec risque de contamination des certaines maladies liées au péril fécale. Ce sont toutes les maladies transmises par les excréments humains. Selon cet homme à la robe blanche, les matières fécales sont les déchets de la digestion qui comportent des résidus alimentaires non digestibles, des microorganismes et des secrétions digestives provenant du tube digestif. Une fois en contact avec la chaleur,  favorisent la multiplication et le développement des microbes.  ‘‘Des personnes malades de la typhoïde, le choléra, la poliomyélite, des verres intestinaux et de l’hépatite virale E, dégagent des excréments qui portent les microbes causales des mêmes maladies’’, a expliqué le médecin généraliste. Ces matières fécales laissées à l’air libre peuvent de plusieurs manières se propager dans la nature. Déposés au sol, ces microbes peuvent se mêler à la poussière, puis être soulevés par le vent. Ils peuvent aussi se propager dans les eaux de pluies qui peuvent les transporter jusque chez les humains. Mais aussi, ces microbes peuvent être transportés par des mouches qui, après avoir été en contact avec ces déchets, vont par la suite se poser sur les aliments.

L’auto-prise en charge

Pour être à l’abri de ce danger qui guette la population de ce quartier, certains habitants ont jugé bon d’éloigner leurs habitations des tas d’immondices qui envahissaient progressivement les espaces libres où ils placé des écriteaux sur lesquels ils ont mentionné : ‘‘ il est formellement interdit de déféquer ici’’. ‘‘Depuis notre initiative, il est devenue rare de voir des gens venir se soulager par ici. Maintenant, c’est souvent la nuit quand tout le monde est au lit que ces inciviques  viennent faire leurs besoins’’, a expliqué Christian Mbandu, un résidant de  l’avenue des écoliers.

A ces efforts fournis par la population contre cette pratique, a expliqué José Ngalamulume, un ancien agent du service d’hygiène des années 1970, la présence d’une brigade d’hygiène s’avère nécessaire. Car selon lui, elle aura comme la mission de maintenir les endroits publics de Kinshasa salubres. Pour lui, l’Etat congolais devra poursuivre le programme d’installation des toilettes publiques au niveau des cités et autres coins reculés de Kinshasa. A cause de l’absence des toilettes publiques dans plusieurs quartiers,  beaucoup de gens recourent aux espaces libres pour se soulager.

La ville de Kinshasa qui compte aujourd’hui plus de 9 millions d’habitants,  ne disposent que quelques toilettes publiques. Comme solution à cette question,  la Régie d’assainissement de la ville (RATPK) avait  préconisé de construire une centaine de toilettes publiques dans les cinq ans à venir,  selon son directeur, Emanuel Biey.

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