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Kinshasa

Violence conjugale à l’égard des femmes : une violence passée sous silence à Kinshasa

John Basala

Des artistes de la Compagnie Théâtre Mabin’a Maboko dans une pièce de théâtre sur les violences faites aux femmes. Décembre 2013 (Photo Cpps)

Des artistes de la Compagnie Théâtre Mabin’a Maboko dans une pièce de théâtre sur les violences faites aux femmes. Décembre 2013. (Photo Cpps)

En République Démocratique du Congo, comme dans plusieurs pays d’Afrique noire, les femmes sont victimes de beaucoup de violences liées entre autre à leur état de femme. Des violences basées sur le genre au nombre desquelles figure, en position non moins importante, les violences conjugales. En effet, beaucoup de femmes subissent des actes de violence de la part de leurs maris au foyer.

Selon une étude menée en Avril 2012, les pays musulmans, ceux de l’Asie, l’Inde et les pays d’Afrique noire sont les plus touchés par ce phénomène de violence conjugale à l’égard de la femme. Des violences physiques, verbales et psychologiques sont les quotidiens de la plupart des femmes au foyer. A Kinshasa, comme dans presque l’ensemble de la RDC, nombreuses sont ces femmes qui subissent de la part de leurs maris de véritables violences qui se meurent dans un silence aussi violent.  « Il ne se passe pas un seul jour sans que mon mari me fasse mal : soit il revient soul et se met à m’insulter et me battre devant les enfants, soit, il ne sort pas et passe toute sa journée à me dénigrer comme si je ne valais rien », s’est défoulée madame Yolande habitant la commune de Matete. Pour cette jeune femme, mère de 4 enfants, la présence de son mari constitue à elle seule une violence qu’elle supporte très difficilement. « J’ai perdu tout mon poids à force de subir ces actes de la part de celui qui prétend m’aimer », a-t-elle ajouté avant de conclure par « je regrette même le fait de l’avoir épousé ». Pour les différentes organisations des femmes dont le Réseau des femmes pour la défense des droits et la paix (RFDP), les violences conjugales à l’égard de la femme sont tellement fréquentes qu’elles sont devenues normales. « Que voulez-vous que je lui fasse ? C’est lui le père de mes enfants. Je dois supporter juste pour ne pas compromettre l’avenir de mon garçon et mes trois filles », a conclu très désespérément madame Yolande. Pour madame Jackie, cette violence a pris l’ampleur d’un vrai esclavage. « Mon mari trouve son plaisir à me voir souffrir, nous a-t-elle dit. Il m’a ordonné de commencer à lui préparer son repas juste quand il rentre du travail, pas avant, ni après. Comprenez que s’il rentre à minuit, je dois me réveiller pour commencer à lui préparer à manger ». Elle affirme que si elle ne s’exécute pas selon les ordres, c’est une cascade des coups des points qu’elle encaisse de la part de son mari.

Une violence entretenue par la coutume

Dans la quasi-totalité des coutumes congolaises, les choses sont conçues telles que la femme se retrouve dans une situation d’infériorité par rapport à l’homme. « Déjà avec la dot exorbitante qu’ils payent pour épouser une femme, certains hommes pensent avoir acheté leurs femmes et se permettent tout à leur égard », a affirmé madame Astrid TAMBWE, Présidente de l’Ong « Restoration Africa Center », une association qui milite pour la participation politique et publique de la femme et qui lutte contre toute forme de violence faite à la femme. « La femme est ainsi considérée comme un domestique au service de l’homme et de toute sa belle-famille qui, normalement, participe à réunir la dot qui achète la femme », a-t-elle ajouté. Cette affirmation trouve son illustration dans la vie de madame Jackie. « Je vis avec deux frères cadets de mon mari qui me considèrent tous comme leur domestique. Je fais tout pour eux comme s’ils étaient eux aussi mes maris. Ils se permettent même de me donner des ordres auxquels je dois m’exécuter si je ne veux pas que mon mari s’en prenne à moi à mon retour, nous a-t-elle dit. Il reste seulement qu’ils me demandent de coucher avec eux. Je n’ai aucune valeur d’une femme. Ce que je suis, c’est un domestique au servir de ma belle-famille ».

Les femmes victimes de ces violences sont contraintes au silence

Pour madame Astrid Tambwe, l’affirmation selon laquelle les femmes victimes des violences conjugales ne les dénoncent pas est fausse. « Quelle est cette femme qui accepterait de souffrir indéfiniment ?, nous a-t-elle demandé. Si elles ne les dénoncent pas, ce n’est pas qu’elles ne veulent pas, mais tout simplement qu’elles ne retrouvent pas un réel associé chez qui se réfugier pour être écoutée ». Madame Astrid affirme que l’environnement dans lequel la femme évolue ne lui permet pas de sortir de cette forme de violence. « Dans sa propre famille, on lui conseille de supporter pour ne pas être répudié et, à l’église, on lui demande de prier pour son mari afin que Dieu le transforme car le divorce est contraire à la foi. Dans un tel environnement, comment voulez-vous que la femme traduise son coupable de mari devant les juridictions ?, s’est-t-elle demandé. Selon madame Astrid, même au niveau de la police et de la justice, tout est fait pour que la femme accepte ces violences pourvu qu’elle préserve son foyer. « Sur 22.000 cas de violences sexuelles enregistrés auprès des juridictions entre 2009 et 2012, seuls 580 ont été traités et ont aboutis. C’est moins de 3%. Si donc les violences sexuelles, avec tout un arsenal des textes qui les répriment, n’arrivent pas à trouver solution auprès des juridictions, à combien plus forte raison les violences conjugales qui sont à peine perceptibles seront banalisées », a regretté madame Astrid.

L’autorité pointée du doigt

Pour les femmes regroupées au sein du Groupe Thématique Droits des Femmes et Violences Sexuelles, une plate-forme qui réunit plusieurs associations de défense de la femme, c’est l’absence de l’autorité de l’état qui entretient ces violences. « Nous déplorons la défaillance de l’état à ce sujet, nous ont-elles laissé entendre. C’est l’impunité et le laisser-aller de la part de l’autorité qui encouragent toutes ces violences. Il n’y a que la force de la loi qui peut résoudre ce problème et protéger les femmes victimes de ces violences conjugales ». Pour la Coordinatrice de cette plate-forme, l’absence des structures institutionnelles de prise en charge des victimes de ces violences est aussi un facteur qui soutient ces pratiques car les coupables ne se voient pas vraiment inquiétés. « L’Agence de lutte contre les violences faites à la femme et à la petite fille (AVIFEM) ainsi que le Fond National pour la Protection des Femmes et des Enfants (FONAFEN) créés il y a peu souffre sérieusement d’insuffisance des moyens de fonctionnement, a-t-elle dit. Comment expliquer que l’état crée des structures pour ne pas leur doter des moyens de fonctionnement. C’est déplorable ».

Une prise en charge aussi bien juridique que sociale des femmes victimes de violences conjugales s’impose de la part des autorités pour éradiquer ce fléau qui tue à petit feu une grande proportion des femmes au foyer.

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3 thoughts on “Violence conjugale à l’égard des femmes : une violence passée sous silence à Kinshasa

  1. CARO

    Comment se débarrasser d’un homme qui te menace et te brutalise à chaque fois qu’il se comporte mal et si vous voulez le quitter il te dis qu’il va menacer l’homme qui veut te séduire jusqu’à le faire du mal j’ai besoin de votre aide pour cette violences et sa fait 4 ans que je suis avec lui mais supporter qu’il allais changer mais sa ne change pas toujours et je ne l’aime plus suite ce bêtise mais il me fait de menace.

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