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Kinshasa

Les voyageurs s’exposent à la mort sur la National N°1

Charlène Taty

camion

Les camions en provenance de la province du Bas-Congo en République Démocratique du Congo sont réputés pour leur surchargèrent. Perchés au-dessus de différents colis entassés les uns sur les autres, de nombreux voyageurs risquent tous les jours leurs vies sur la Nationale N°1. Plusieurs ont même déjà payé de leurs vies, à l’indifférence totale de tous. Il faudra dire que  la hauteur entre le véhicule et le sommet des colis est à peu près 3 mètres.

La route de Matadi,  seule artère qui relie la capitale congolaise à la province du Bas- Congo connait un trafic intense. De jours comme de nuit, des centaines de véhicules empruntent cette voie d’importance indiscutable. En effet, le port de Matadi situé dans la province du Bas-Congo est la seule issue par laquelle arrivent les produits en provenance de l’étranger par la voie maritime. Ceci fait que les navettes entre Kinshasa et la province susmentionnée sont très fréquentes.

D’autre part, la production agricole du Bas-Congo atteint Kinshasa principalement par les camions. Malheureusement, les voyageurs semblent prêts à tout pour atteindre Kinshasa la capitale.

Les gros camions, véritables engins de la mort

Dans le flux intense du trafic Kinshasa- Bas-Congo se trouve un nombre important de gros camions. Ces derniers transportent des biens de consommation produits dans la province à Kinshasa. Au retour, ce sont les produits manufacturés qui quitteront Kinshasa pour le Bas-Congo.

Un gros camion arrive à vive allure. Il ploie sous le poids de sacs de charbon de bois. Entassés les uns sur les autres, ces sacs débordent de la carrosserie du véhicule. C’est en effet une petite montagne qui déborde du haut du véhicule. A l’arrière, d’autres sacs dépassent de la carrosserie, retenus juste par des cordes qui les maintiennent en place.

Installés au-dessus de sacs, un groupe d’homme et de femmes partagent un repas, dans une ambiance animée et gaie. Assis à califourchon, leur seul appui sont les sacs pleins de charbon de bois, sur lesquels ils s’agrippent d’une main pendant que l’autre s’affaire pour les nourrir. C’est au total une dizaine de personnes qui voyagent ainsi, dans une insouciance coupable. Cette pratique est généralisée. De jour comme de nuit, des dizaines de camions débarquent dans la capitale. Il convient de noter également que la route Matadi comprend beaucoup de virages qui peuvent provoquer des secousses et par conséquent mettre la vie de ces passagers en danger.

La police de circulation routière complice de cette pratique

Rempli de fûts noircis, un gros camion arrive à la hauteur du dos d’ânes posé sur la route au niveau de l’école de prévôt militaire. Le monticule l’oblige à ralentir pour la dépasser en douceur. Les policiers commis à la circulation routière lui barrent la route pour l’obliger à s’arrêter. Le conducteur s’exécute. Il retire un tas des billets de banque. En un tour de mains, les billets ont quitté sa main pour celle d’un des policiers. Ce dernier s’empresse de plonger sa main dans l’une de ses poches. Pendant ce temps, lui et ses collègues libèrent la voie. Le camion continue son parcours comme si de rien n’était. Pourtant sur les fûts contenant du mazout, quelques hommes et une femme portant un bébé d’environ 4 mois tentent péniblement de se tenir en équilibre. Ni la mère, ni même les policiers commis à la circulation routière ne semblent s’inquiéter du sort du nourrisson. A tout moment, une secousse peut l’arracher des bras de sa mère et le précipiter dans le vide. Il pourrait ainsi se fracasser le crâne sur l’asphalte. Interrogé à ce sujet, Aucun des policiers de circulations routières affectés à cet endroit n’a voulu répondre à nos questions.

Ngudiangani, l’un des conducteurs de ces engins de la mort tente tant bien que mal de rassurer : «  nous prenons les précautions nécessaires pour que rien de mal n’arrivent. Les ficelles qui retiennent le contenu des camions l’empêchent de tanguer, cela permet aux passagers de rester en équilibre sur les sacs, les fûts, le bois ou n’importe quel autre colis ». Ce conducteur essaie de mettre beaucoup d’assurance dans sa voix pour convaincre. Pourtant, il ne trompe personne.

Le risque couru est immense

Huguette Lunda habite en face de la Nationale N°1, au quartier Matadi Kibala. Elle est contre les affirmations du conducteur du gros camion : « que personne ne vous trompe. Depuis 2006 où nous nous sommes installés ici, nous avons assisté à beaucoup d’accidents occasionnés par cette pratique. Plus d’une fois nous avons vu des sacs se détacher et tomber sur la chaussée. Ils entrainent parfois avec eux les personnes  installées sur les sacs ou les fûts. Certains  se sont fracassé le crâne, d’autres se sont brisé les membres dans leur chute. Il est aussi arrivé que le véhicule roulant derrière le gros camion les écrase ».

Juliette Yimanguedi, vendeuse au marché Matadi Kibala, abonde dans le même sens : « j’ai assisté personnellement à une scène causée par la chute des fûts. La voiture qui roulait après le gros camion s’est arrêté en catastrophe pour éviter les fûts ; les véhicules qui roulaient derrière lui sont entrés en collision les uns avec les autres, un vrai carnage. La route était rouge de sang ».

Des histoires tragiques sont légion. Nul doute donc, le voyage sur les camions surchargés constitue un réel danger tant pour les voyageurs eux-mêmes que pour les autres usagers de la Nationale N°1.

Les voyageurs se rient du danger

Les voyageurs juchés sur les camions semblent se moquer du danger auquel ils s’exposent. L’un d’entre eux nous rétorque méchamment : « où est ce qu’il n’y a pas de danger ? Dans l’avion, le bateau, le train, dans tous les moyens de transport le risque d’accident est grand. La mort finit par arriver un jour. Ce n’est pas pour autant qu’on va arrêter de vivre ». Un autre plus modéré, accuse les pouvoirs publics d’être responsable de cette situation : « à l’époque où les trains reliaient le Bas-Congo et Kinshasa, cette pratique était presque inexistante. Tant qu’il n’y aura pas dans les pays suffisamment des moyens de transport public, nous seront condamnés à vivre ainsi ». Par ailleurs il explique qu’ils sont obligés de monter au-dessus des colis pour bien veiller à leurs marchandises.

Certains d’entre ces voyageurs ne  sont pas propriétaires de ces marchandises. Leur présence s’explique par le moindre coût du voyage par rapport au voyage à l’intérieur du bus. Jean Manzambi est commerçant. Il est à cheval entre Bas-Congo et Kinshasa. « Je préfère bien prendre des camions ayant des marchandises et m’asseoir dessus parce que c’est moins couteux », explique-t-il. Par ailleurs, il se vante de n’avoir jamais connu des accidents. Mais il reconnait que dans des virages il a toujours eu la peur au ventre car il faut bien se tenir pour ne pas tomber et que ce n’est pas toujours facile.

A les entendre parler, cette situation est une fatalité ; ils n’ont aucune autre issues. Pourtant, certains voyageurs arrivent à bord de véhicules, bien à l’intérieur. Kitumbu, ayant voyagé lui à bord d’un bus relève le coût élevé de ce voyage : « le voyage à bord des bus et des camions coûte cher ; tout le monde ne peut pas se l’offrir, surtout les pauvres paysans qui viennent, voie de secours ce sont ces camions qui leur permettent de se hisser sur les marchandises. Le coût du voyage est moindre dans ce cas».

Abordés pour savoir pourquoi ils laissent passer des véhicules surchargés, les agents de la police routière ont refusé de répondre à nos questions.

Les dirigeants du pays appelés à remédier à cette situation

A voir la manière dont les choses se présentent, seuls les gouvernements pourraient apporter des solutions à cette situation. En effet, l’organisation du transport relève des attributions de ceux qui gouvernent. Il parait aberrant de laisser la population   s’exposer ainsi à la mort ; plus aberrant  encore, qu’elle soit rançonnée pour des pratiques qui lui sont hautement nuisibles. Le droit à la protection et à la sécurité est inhérent à toute personne humaine. En tant que tel, il doit être garanti à tout citoyen. Les autorités de la République Démocratique du Congo devraient se pencher sérieusement sur la question pour préserver la vie de tous les usagers de la Nationale N°1. La vie étant sacrée, elle doit être l’objet de beaucoup d’attention.

 

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