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Kinshasa

Les télévisions diffusent des programmes qui violent les droits des enfants

Marc Kilela Mumba

Avec plus de quarante chaînes de télévision émettant en continu sur toute l’étendue du pays, la RDC fait preuve d’une large ouverture en matière de liberté d’expression. Des animations, des émissions, des films, des journaux télévisés et autres programmes diffusés permettent aux téléspectateurs de  se servir à leur goût en toute liberté. Il s’observe malheureusement, et ce, en toute violation des droits, que certains programmes diffusés à longueur des journées sont de nature à causer des préjudices à l’endroit des enfants.

Dès les premières heures du matin jusqu’aux premières heures du soir, les chaînes de télévision offrent des programmes de divertissement aux plus jeunes. Des films d’une extrême violence, des séries télévisées, clips vidéo et autres films frôlant l’érotisme sont massivement diffusés par les médias en pleines journées sans tenir compte du public infantile. « Je suis adoratrice d’une série télévisée intitulée Au cœur du péché qui passe sur la RTG@. Je préfère des parties où il y a des embrassades intimes. Ça me prend comme-ci c’est moi qui le faisais », a dit Arlette Mumba, 12 ans.

Des programmes télévisés aux conséquences néfastes

Selon les spécialistes, les enfants ont toujours tendance à reproduire ce qu’ils perçoivent. Doudou KIPOYI, 14 ans,  nous raconte : « Un jour, je regardais la série télévisée sur Mirador TV. Il y avait tellement d’images intimes qu’au fur et à mesure, le désir sexuel a envahi ma tête. Comme ma grande sœur s’habillait dans sa chambre, je suis entré et je l’ai trouvée toute nue. Je l’ai tenue fortement au corps comme pour la violer. Elle était plus forte que moi. Elle m’a sérieusement frappé en m’ordonnant de ne plus le répéter ». Comme Doudou Kipoyi, beaucoup d’autres enfants sont piégés par les images qu’ils regardent à la télévision à longueur des journées. A ce sujet, Mumba Masoso Franco, psychologue, explique que lorsqu’un enfant regarde régulièrement une image, il finira toujours par tenter de la mettre en pratique.  « Le cerveau est comme une carte mémoire, lorsqu’il capte, il voudra reproduire au plus tard », a-t-il dit. « Pour moi, j’aime beaucoup regarder le catch américain. Il me permet d’apprendre comment me défendre en cas de jeux de combat entre amis pendant la récréation. Mes amis veulent toujours qu’on pratique le jeu de catch tel qu’on le voit à la télévision », a affirmé  Sylva Nsimba, 11 ans. Un jour, j’ai failli me faire casser la jambe par un ami avec qui on jouait au catch américain ». « Tout ce que je regarde à la télévision me revient en tête. Ça me donne souvent l’envie de les pratiquer », nous a dit Maitrise Mumba, 10 ans. Andrick Sumbu, 16 ans, affirme : « Il y a de fois, en classe, je n’arrive pas à bien étudier parce que mes pensées sont tournées vers ce que j’avais vu à la télévision. Je deviens de plus en plus distrait par des images qui me traversent la tête ».

Des programmes télévisés décriés par les parents

Jean Pierre Kikela, père de famille affirme : « Mon fils avait été arrêté à cause de ces films d’indice pornographique que nos chaînes de télévision diffusent par manque de professionnalisme. Des programmes qui nuisent psychologiquement et moralement nos enfants » Avec un air inquiet et révolté, il  relate ce qui était arrivé à son fils de 13 ans : « Pendant la journée, mon fils de 13 ans regardait la télévision au salon avec une fillette de notre voisin qui avait à peine 10 ans. Face aux images obscènes qu’il regardait, il s’est retourné sur la fillette, l’a déshabillé et a voulu la violer n’eut-été l’intervention de son frère ainé ». La plupart des parents reconnaissent leur impuissance face à ce fléau. « Vous vous rendez compte que c’est en pleine journée que les télévisions se permettent de faire passer des choses cruelles pour nos enfants, s’est plaint monsieur José. Que voulez-vous que je fasse car ces images passent pendant que je suis au travail et que mes enfants se retrouvent seuls à la maison ». « Chez nous, papa refuse qu’on regarde des films d’amour qui, pour lui, ont souvent une tendance érotique ou pornographique. Mais, comme nos chaînes de télévision les diffusent pendant la journée pendant que papa est absent, on en profite », nous a révélé Mardochée MUMBA.

Des programmes télévisés diffusés en violation du droit

Selon l’article 61 de la Loi portant protection de l’Enfant, la diffusion de films pornographiques à l’intention des enfants ainsi que leur exposition à des chansons et spectacles obscènes sont strictement interdites. Malheureusement, des séries télévisées, films et autres clips diffusés pendant la journée présentent des scènes plus qu’obscènes au vu et au su de tous. « Dans notre pays, nous avons presque toutes les lois. Mais nous avons un problème d’application et du suivi, a affirmé Doudou Kafuti, Coordonnateur de Canal Numérique Télévision. Ici la loi est faite pour le faible et les forts sont protégés. Il y a des organes de presse qui diffusent des choses non adaptées aux enfants pendant la journée et ne sont pas inquiétés vu qu’ils sont protégés par les gens du pouvoir ». Il affirme par ailleurs que le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSAC), institution d’appui à la démocratie chargée de réguler les medias audiovisuels, est incapable de sanctionner les médias. « Le CSAC n’est pas autonome, a-t-il laissé entendre. Il est pris en otage par le pouvoir qui lui dicte sa loi ».

Pour les autorités de CSAC, il leur manque des moyens tant financiers que matériels pour faire le suivi et l’appliquer de la loi. « Notre structure qui lutte contre les informations, images et matériels qui nuisent l’aspect physique, social, moral, et mental de l’enfant travaille avec les moyens de bord pour répondre aux attentes de la population, a affirmé Alain Nkoy, vice-président de CSAC. Nous procédons pour l’instant par une approche pédagogique en invitant les uns et les autres au respect de la loi ». Cependant, quelques medias mécontents de ces dérapages estiment que l’approche pédagogique optée par la CSAC et le manque des moyens contribuent à l’amplification des actes de violation des droits des enfants par des programmes télévisés. « On ne peut pas comprendre qu’il y ait au quotidien des cas flagrants de la violation des programmes télévisées et que le CSAC se permette de se comporter en pédagogue », nous ont déclaré plusieurs responsables des medias congolais.

Vu l’ampleur des dégâts causés sur les enfants par des programmes télévisés, l’heure n’est plus à constater mais à passer à l’acte pour arrêter ce mal qui ronge la société et remet en cause le développement psychologique, social, mental et moral des enfants.

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