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Kinshasa

Des débits des boissons en plein air le long des grandes artères, un danger pour les consommateurs

Une terrasse sur l'avenue Ngiri-ngiri (Photo JDH)

Une terrasse sur l’avenue Ngiri-ngiri (Photo JDH)

Georges Akesa

A Kinshasa, le long de grandes artères, se suivent comme les maillons d’une chaine, des débits de boissons qui offrent à la population des cadres leur permettant de se ressourcer après une longue journée de travail. Toutefois, en plein air et dépourvus des précautions de sécurité, ces lieux sont souvent le théâtre des accidents mettant en danger les vies des consommateurs. En dépit des plusieurs mesures prises par l’autorité provinciale pour mettre un terme à ce système, le mal persiste.

Il est 19 heures. C’est l’heure de pointe. Les arrêts de bus sont bondés des travailleurs pressés de rentrer chez eux. Sur l’avenue Elengesa séparant les communes de Ngiri-Ngiri et Kalamu, entre les avenues Ngiri-Ngiri et Mompono, des taxis, taxi-bus et bus se précipitent la voie roulant à toute vitesse avec des manœuvres acrobatiques qui n’ont parfois rien à envier des tournois de formule 1. De part et d’autre, à environ 2 mètres de la voie, des chaises en plastiques, plus ou moins quatre autour de chaque table, se succèdent et se remplissent au fur et à mesure. En amoureux, entre amis ou collègues de travail, des hommes et femmes consomment de la bière sans aucune inquiétude alors qu’il suffit d’un simple faux-pas de la part d’un conducteur, d’une simple sortie des routes d’un véhicule pour qu’ils se fassent écraser.

Une prolifération des terrasses qui inquiète

De part et d’autre des artères principales de Kinshasa qui sont fréquemment sollicitées par les véhicules, il n’existe presque plus d’espace vide. Tout est occupé par des débits de boissons en plein air, communément appelés « Terrasse », qui se disputent le leadership. Une concurrence soutenue par les deux grandes industries brassicoles de Kinshasa. « Lorsqu’une terrasse s’ouvre sous le label de la BRACONGO, la BRALIMA ne tardera pas à soutenir l’ouverture d’une autre juste à côté et vice versa, a déclaré Monsieur Jean-Jacques, gérant d’une terrasse sur l’avenue Elengesa. Il existe 3 types de terrasse : celles soutenues par la BRALIMA, celles appuyées par la BRACONGO et celles qui sont neutres ». Selon Monsieur Jean-Jacques, c’est cette concurrence des brasseries qui augmente le nombre des terrasses.

Cette prolifération des terrasses n’est pas sans conséquence sur la vie de la population. « Les gens boivent et se soulagent au vu de tous. Parfois, les rivales se croisent et se battent sous les effets de la boisson. Je pense que ce n’est pas un bel exemple pour nos enfants qui sont forcés de vivre ces actes », se plaint Monsieur José, père de famille habitant à côté d’une terrasse. « Aussi, cette terrasse joue de la musique pendant que nous avons besoin de méditer ou de nous reposer ». A cette deuxième accusation, Monsieur Jules surnommé Maître ZOULE, servant de la terrasse incriminée s’explique : « Nous ne mettons de la musique que le soir entre 19h00 et 21h00, et ce, à basse voix au point de ne déranger personne». Il faut dire qu’à notre présence, nous n’avons entendu aucune musique.

Si ces terrasses dérangent les populations avoisinantes suite aux bruits de la musique et autres spectacles indignes, elles devraient plus inquiéter ceux qui les fréquentent de suite de leur emplacement. En effet, elles n’offrent aucune garantie de sécurité vu qu’elles sont installées en plein air et à quelques pas des artères abondamment fréquentées par des véhicules de transport en commun.

Des terrasses de la mort

Sur l’avenue Elengesa, entre les avenues Ngiri-ngiri et Mompono, sur un tronçon d’environ 200 mètres, nous avons dénombré de part et d’autre de la voie routière, une quinzaine de terrasses. Des ouvriers revenus du travail, des amis du quartier, des amoureux, boivent tout bonnement alors que des véhicules de transport en commun circulent à vive allure à quelques mètres de là. Sur l’une des terrasses, un homme s’abreuve, nous explique : « Normalement, ces terrasses ne devraient pas être là. J’ai déjà assisté à plusieurs cas où les véhicules quittent la route pour aller écraser ceux qui buvaient à côté. Il y en a qui meurent sur place et d’autres se blessent grièvement ».

Quant à savoir pourquoi continue-t-il à fréquenter ces terrasse, il se justifie : « Il fait chaud dans des bars clôturés. J’aime l’air naturel qui souffle à ces endroits. La bière passe très bien comme ça que lorsqu’on est enfermé dans une boîte ».

Madame José surnommée mère double suite à des jumelles qu’elle venait d’enfanter, nous relate un fait : « Depuis que je tiens cette terrasse, je n’ai connu aucun cas d’accident du genre. Toutefois, je me souviens de ce qui s’était passé il y a quelques mois. Un taxi qui tentait de dépasser un autre est allé finir sa course sur la terrasse en diagonal de la mienne. Il n’y avait pas eu des morts mais plusieurs personnes étaient blessées. Depuis, la terrasse a fermé ».

A la question de savoir si elle est en règle avec tous les documents nécessaires à la tenue d’une terrasse à cet endroit, elle nous répond par l’affirmatif tout en se justifiant. « Si je n’avais pas l’autorisation d’ouvrir cette terrasse, les agents de police l’aurai fermé depuis longtemps. Vous les voyez passer et même boire ici sans rien dire. C’est parce que tout va bien ».

Comme elle, plusieurs autres tenanciers des terrasses affirment détenir des documents officiels en règles sans pour autant nous les montrer. A voir qu’ils ne sont pas inquiétés, il revient à dire qu’ils ont raison, ou alors, que la corruption se porte bien. Dans tous les cas, l’état qui est le garant de la protection des personnes est appelé à intervenir dans ce secteur pour permettre aux consommateurs d’être en sécurité.

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