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Kinshasa

Des installations hygiéniques mal entretenues battent le record à Kinshasa

Munor Kabondo

En état de délabrement avancé, des toilettes sans porte sont d’usage dans plusieurs parcelles de quartier périphériques de Kinshasa. (Photo congovision)

En état de délabrement avancé, des toilettes sans porte sont d’usage dans plusieurs parcelles de quartier périphériques de Kinshasa. (Photo congovision)

Un locataire s’est séparé de sa bailleresse après un mois seulement de cohabitation au quartier Lubwaku dans la commune de Ngaliema. A l’origine de la résiliation du contrat de bail, le mauvais état des installations sanitaires déploré par le locataire. Après avoir obtenu l’assurance d’une préalable réhabilitation des toilettes dans deux semaines par la propriétaire, le locataire et les membres de sa famille ont été obligés de se plier en fréquentant le cadre qu’ils ont jugé impropre pour leur santé.

Sans cuve ni urinoir moderne, la toilette à laquelle devrait s’habituer les nouveaux occupants de la parcelle située sur l’avenue Mama Yemo au quartier Lubwaku n’est pas carrelée ni pavée. Pour tout besoin naturel, les membres de cette famille sont obligés de s’installer sur deux traverses des rails servant de piédestal. Entre les deux traverses,  se trouve un étroit espace pour canaliser les secrétions humaines. Ici, on n’a pas besoin d’eau pour chasser les matières fécales. Car,  les toilettes sont construites au dessus d’une fosse septique. Dans ces conditions déplorables,  les quatre familles qui habitent dans cette parcelle, recourent à cette unique toilette pour leur besoin physiologique. « C’est question de s’habituer. Au début, c’était anormal. Mais, avec le temps on s’adapte », a expliqué une dame installée dans cetteparcelle depuis 12 ans.  Au quartier Lubwaku comme dans plusieurs autres à Kinshasa, le respect de l’hygiène dans les installations sanitaires semble ne pas être une préoccupation majeure. Dans ce quartier situé dans la partie Ouest de la ville,  il est rare de rencontrer des toilettes qui n’exposent pas leurs utilisateurs aux risques des maladies. Occupé en majorité par des familles des conditions moyennes, ce quartier est l’un de ceux dépourvus des installations salubres. Non loin de cette parcelle,  il existe une autre toilette qui laisse voir toutes les parties du corps des utilisateurs. Construite à la hauteur d’un mètre et demi, cette toilette est couverte des raphias et est dépourvue de porte. Pour y accéder, chaque occupant de la parcelle doit se munir d’un pagne ou un drap pour couvrir la porte. Cette situation est aussi une réalité dans certaines parties du centre-ville. Sur l’avenue de la Paix, non loin du Centre Wallonie-Bruxelles de Kinshasa, se trouve un immeuble d’environ 5 étages où les habitants défèquent dans la nature, faute des toilettes en bonne état. Construit depuis l’époque coloniale, cet immeuble dispose des installations sanitaires en état d’abandon. Selon les habitants, il est prévu une réhabilitation totale de ce bâtiment.

Le mal s’empire

Dans d’autres communes, ce sont des terrasses qu’on retrouve à chaque coin. Celles-ci empirent les conditions hygiéniques des toilettes à Kinshasa. A Kalamu, Kasa-Vubu, Barumbu, N’djili, Selembao et autres communes de la capitale, les toilettes aménagées pour les consommateurs des boissons sont dans un état déplorable. Construites à bord des caniveaux,  ces toilettes laissent conduire directement les urines dans des caniveaux. Ces urines qui trainent dans les canalisations d’eau polluent l’air en mettant  les voisins mal à l’aise.  « Personne ne s’en occupe alors que le danger est permanent », a expliqué un habitant de Kalamu voisin d’une terrasse sur l’avenue Elengesa. Dans d’autres parcelles, certains foyers sont contraints d’utiliser les mêmes installations sanitaires que les clients des terrasses. Enfants comme adultes, les membres de ces familles passent des moments difficiles dans ces toilettes.  Laissées dans un état d’abandon, ces toilettes dégagent une odeur nauséabonde.  Selon plusieurs témoins, les conditions précaires des toilettes dans les débits des boissons constituent une réalité bien connue des services et agents de l’Etat qui fréquentent au quotidien ces bistrots.  Sur l’avenue Oshwe dans le quartier Matonge, on trouve des bars qui manquent des toilettes. Les clients doivent se déplacer pour atteindre les lieux d’aisance, cachés loin derrière la parcelle. Pour plusieurs tenanciers des bars, ces conditions inacceptables des toilettes seraient occasionnées par les propriétaires qui ne veulent pas s’accorder avec eux pour la construction et l’entretien des toilettes. « Beaucoup de bailleurs ont tendance à laisser tout à la charge des locataires », a expliqué un tenancier de bar à Kasa-Vubu. Dans la commune de Kinshasa, en plus d’être vielles, les installations sanitaires sont aussi mal entretenues. Avec des fosses septiques hors usage, les habitants de plusieurs domiciles se débrouillent chacun à sa manière. Les uns trouvent refuge chez les voisins et les autres recourent aux mêmes toilettes devenues presque hors usage. Dépourvus des moyens, certains propriétaires des maisons recourent à des pratiques indignes pour vider les fosses septiques. Une nouvelle fosse est creusée pour servir de déversoir au sein même de la parcelle.  Ailleurs, on profite des moments des pluies pour évacuer les fosses septiques déjà pleines. Ainsi, tard dans la nuit, les matières fécales sont orientée depuis la parcelle jusqu’au caniveau qui les amènent vers les rivières.

Le gouvernement abandonne

Butté à des difficultés pécuniaires, le service d’hygiène créé depuis l’époque coloniale n’existe aujourd’hui que de nom. Consciente de leur  importance dans la salubrité des villes du pays, les autorités ont promis de le réhabiliter bientôt. « Nous sommes conscients de cette triste réalité.  Une fois les moyens réunis, le service sera à point pour lutter contre ce fléau dans la ville », a expliqué Hypolite Asumani, chef de cellule de l’hygiène à l’Inspection provinciale de l’hygiène de la ville de Kinshasa. Selon les chiffres publiés en 2013 par l’organisation mondiale des toilettes  à l’occasion de la journée mondiale des toilettes célébrée le 19 novembre de chaque année, plus de deux milliards d’individus dans le monde vivent sans toilette. Instituée depuis 2001, la Journée mondiale des toilettes (World Toilet Day) a pour objectif de sensibiliser le grand public sur les questions d’hygiène à l’échelle planétaire. Pour le docteur Stéphane Ndalabu, avoir des toilettes bien entretenues à domicile épargnent les familles des maladies multiples. « Une maladie peut se propager facilement chez des personnes qui utilisent une même toilette mal entretenue », a expliqué le médecin généraliste.   Dans son article 22, la Déclaration des droits de l’homme stipule que  « Toute personne, en tant que membre de la société, a droit à la sécurité sociale ». Un environnement propre est aussi un droit que l’Etat congolais devrait garantir à sa population.

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