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Kinshasa : Les enfants mendiants sous l’influence des parents

Jolina Mujinga

L’éducation des enfants est ni plus ni moins la responsabilité première des parents. Malheureusement, nombreux sont des parents qui fuient cette tâche et laisse à la rue de s’en occuper.  C’est alors qu’on parle des enfants de la rue qui se démarquent par des vols ou des agressions pour trouver de quoi mettre sous la dent. Mais à leur opposé, on compte aussi d’autres enfants qui, bien que vivant sous le toit parental, s’adonnent à la mendicité sous l’influence de leurs parents, au même titre que les enfants que la rue.

Ils sont nombreux à vivre la journée dans la rue et la nuit chez eux en famille. La majorité de ces enfants sont âgée de douze à quinze ans pour les filles et de six à huit ans pour les garçons. A Kinshasa, Ils sont plus de 20.000 enfants qui vivent et dépendent de la rue parce qu’ils ont jugé bon de mendier que de commettre des vols à l’arraché ou avec des armes blanches. Les enfants pauvres  de la capitale kinoise s’installent dans les coins et recoins de grandes artères de Kinshasa pour récolter quelques  sous qui leur permettent de contribuer au budget familial à la fin de la journée. Sans grand effort, on sait bien les distinguer des autres enfants qui habitent la rue et qui présentent un visage effrayant avec des habits déchirés, des cheveux jamais peignés et courant dans tous les sens avec des mains tendues pour solliciter la pitié des passants : « s’il vous plait, j’ai faim », disent-ils très souvent. Les enfants mendiants sous l’influence des parents affichent un visage triste, mais, portent souvent des habits pas trop sales, avec des cheveux parfois peignés. « Nous n’avons rien mangé depuis hier », crient-ils aux passants.

Une formule de politesse bien assimilée

Ces gamins de qui on n’attend pas le respect excellent par contre dans la courtoisie. Ils commencent presque toujours par saluer avec politesse. Un père de famille  raconte : « Alors que je marchais, j’ai entendu un bonjour très respectueux. J’y ai répondu sans trop savoir à qui je parlais. En me retournant, j’aperçois un petit garçon d’au plus huit ans qui me demande de lui donner 200 Francs Congolais pour acheter du pain ». Une mère décrit comment elle ne saurait résister à la pitié que lui inspirent ces pauvres enfants. « Ce sont des petites filles qui te pourchassent avec une seule phrase : maman, on a faim, pardon, aidez-nous un peu d’argent. Comment ne rien faire face à ce propos ? ». Pourtant certains parents ne sentent pas cette souffrance et renvoient ces enfants à leurs familles. Magloire Nkoy est marqueteur, il passe et repasse sur le boulevard du 30juin à longueur des journées  et ne donne jamais rien aux petits mendiants. « Je ne donne jamais de l’argent à ces petits mendiants. Ils n’ont qu’à rentrer dans leurs familles au lieu de nous déranger à longueur des journées », a-t-il dit.

L’irresponsabilité coupable des parents

Selon l’article 18 de la Convention Internationale Relative aux Droits de l’Enfant, la responsabilité d’élever l’enfant et d’assurer son développement incombe au premier chef aux parents ou, le cas échéant, à ses représentants légaux. Malheureusement, certains parents préfèrent croiser les bras en envoyant leurs enfants de moins de 10 ans dans la rue chercher de l’argent à ramener le soir à la maison. Des enfants qui devraient être à l’école parcourent les grandes artères de la capitale à mendier sous la supervision d’un des parents. Pour maître SUMEYI, ces enfants sont doublement privés de leurs droits : « Ils ne vont pas à l’école et sont forcés à la mendicité », a-t-il affirmé.

Le soir venu, les comptes sont à jour

Le soir, toute activité cesse. Ils retournent en famille. Junior  nous a confié ce qui suit : « Je gagne quotidiennement 4000 Francs Congolais, soit, 4.3 USd. Ce n’est pas mal du tout, car certains fonctionnaires  de l’état gagnent  moins que ça en une journée de travail.

Le petit Jonathan fait ses comptes : « J’ai  huit ans. Ma mère me laisse  chaque jour à un coin sur la place Victoire où  les véhicules stationnent  à  tout moment. Selon ma père, les personnes qui descendent des bus et taxis ne manqueront  pas de donner un peu d’argent à un pauvre petit garçon qui tend la main car il a faim et manque de quoi manger ». Jonathan affirme reprendre exactement la phrase magique lui dictée par sa mère : J’ai  faim, aidez- moi, on n’a pas mangé depuis trois jours. « Ainsi,  je ramène tous  les  soirs  plus de 5000 FC, soit, 5.4 USd. Ma mère est très fière de moi ». « Jonathan ne connait aucun de ses droits et ignore l’importance des études », déclare un élève qui avait tenté en vain de nouer une relation d’amitié  avec  Jonathan.

La pauvreté pointée du doigt

La grande pauvreté qui caractérise la majorité des familles kinoises est la principale cause de ces actes. Des parents qui ne savent pas par où commencer se lancent dans cette grave violation des droits humains sans s’inquiéter le moins du monde. Madame fyfy ODIA tente de laver les parents : « C’est la pauvreté qui pousse d’un côté les parents d’utiliser  les enfants en les envoyant sur la rue pour trouver de quoi mange, affirme-t-elle. Il n’y a pas d’emploi et ceux qui travaillent  ne sont pas bien rémunérés ».  Toutefois, certains enfants se jettent  eux-mêmes dans la rue parce qu’ils ne mangent  pas à leur faim. « Etant donné  que ce que les parents gagnent ne permet pas de répondre à tous les besoins de la famille, j’ai décidé de mendier pour compléter le budget familial », nous a fait savoir le petit Jacques, à peine 9 ans.

Que ce soit sur leur propre initiative ou par décision parentale, encourager son enfant à mendier pour nourrir la famille est ni plus ni moins de l’exploitation. Cela est en violation de l’article 19 de la Convention Internationale Relative aux Droits de l’Enfant. Il revient donc à l’Etat de prendre des dispositions pour protéger ces enfants de l’exploitation dont ils sont victimes de la part de leurs parents.

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