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Kinshasa

Emplacement des centres de transit des déchets : un danger pour la population kinoise

Francine Bobongo

Un centre de transit des déchets dans la commune de Kalamu (Photo Jdh)

Un centre de transit des déchets dans la commune de Kalamu (Photo Jdh)

Avec la révolution de la modernité prônée par le Président de la République, l’autorité provinciale a décidé de s’attaquer à l’insalubrité qui caractérise la ville-province de Kinshasa. Avec le soutien de l’Union Européenne, un programme a été mis sur pied pour assainir Kinshasa. Saluée par toute la population, cette mesure, dans son exécution, constitue un véritable danger pour la santé de la population 

Dans le cadre de ce projet dénommé PARAU, …, des centres de décharges de transit sont établis dans plusieurs endroits de la ville permettant ainsi à la population d’y déverser leurs déchets ménagers et autres. Ces centres sont construits à ciel ouvert et à proximité des habitations, parfois même, à moins d’une dizaine de mètres des maisons et autres lieux de concentration de la population. Jacques MIALA, élève à l’EP 6 Ngiri-Ngiri déplore : « Ils ont construit leur chose au sein même de notre école. Nous sommes obligés d’étudier avec toutes ces mauvaises odeurs. Ça nous indispose sérieusement ». Quant à monsieur Antoine, gérant d’un dépôt des pains à 3 mètres duquel a été construit un centre de transit, les conditions de travail sont devenues presqu’insupportables. « Les mauvaises odeurs, les poussières, les mouches et autres insectes nous parviennent à temps plein, a-t-il dit. Il ne me reste plus qu’à démissionner car je ne peux plus continuer à travailler dans ces conditions ».

Quand il pleut, la situation s’empire

Construit à ciel ouvert, ces centres de transit reçoivent les déchets venant directement des ménages ou à travers les pousse-pousse des collecteurs des déchets ménagers. Ces déchets sont déposés, de nuit comme de jour,  sur une surface surélevée ou à l’intérieur des bacs non couverts. Lorsqu’il pleut, l’eau de la pluie se mélange aux immondices et crée une atmosphère invivable aussi bien pour les agents qui y travaillent que pour toute la population avoisinante. « On se demande à quelle maladie on doit s’attendre car des insectes qui proviennent de ces centres sont d’une piqure insupportable », nous a révélé monsieur Patou dont la maison se situe à une dizaine des mètres d’un centre de transit. Sa femme, madame Judith, ajoute : « Lorsqu’il termine de pleuvoir, l’eau de la pluie charrie les déchets provenant du centre et nous les ramène à la maison sous une forme envahissante. Une odeur infernale et étouffante couvre aussitôt tout le quartier ».

Une approche mal conçue

D’après les avis des spécialistes en la matière, cette façon de procéder pour la collecte des déchets ménagers n’est pas conforme aux normes. Pour madame Espérance, spécialiste en hygiène et assainissement, le tout devait commencer par une sensibilisation de la population afin de séparer au préalable les différents types de déchets avant de les amener au centre de transit. « Au 21ème siècle, cette méthode de collecte d’ordures n’est pas acceptable, nous a affirmé madame Espérance. Demander à la population de venir jeter toutes sortes d’ordures dans les bacs relève du non-professionnalisme » En effet, madame Espérance ceux qui gèrent directement ce projet ne seraient pas qualifiés en la matière. « Ils doivent consulter et travailler avec les vrais professionnels en santé publique que nous sommes », a-t-elle ajouté. Notre expert pense que ces centres de transit tel que conçus par le projet  PARAU ne sont ni plus ni moins que des réserves par excellence des vecteurs des maladies. « C’est un lieu propice pour le développement des insectes vecteurs de plusieurs maladies, a-t-elle dit avant de conclure, quand je vois qu’ils sont placés à quelques mètres seulement des habitations, je pense qu’il se posera très bientôt un sérieux problème de santé publique ».

Une population non écoutée

Selon les populations avoisinant ces centres de transit, plusieurs plaintes seraient déposées auprès des autorités. « Nous nous sommes plaint à maintes reprises afin de délocaliser ce centre mais rien n’est fait, a dit madame Jeanne, vendeuse des pains à moins de cinq mètres d’un centre de transit. Depuis que ce centre a été construit, personne ne veut acheter mes pains car ils sont souvent visités par les mouches provenant du centre ». Pour monsieur Jérémie rencontré devant un centre de transit dans la commune de Kalamu,  la voix de la population ne vaut rien face aux intérêts inexpliqués des dirigeants. « Nous avons invité des chaines de télévision pour dénoncer haut et fort l’emplacement de ces centres aux abords des habitations, a-t-il crié. Je pense que les autorités ne nous écoutent pas, ou tout simplement, ne veulent pas nous écouter ».

Des travailleurs exposés

En dehors de la population voisine aux centres de transit, les agents commis à ce travail sont également exposés à plusieurs maladies. Pour ce chef de centre dont l’anonymat s’impose, les agents ne travaillent que pour gagner de quoi se faire soigner. « Lorsque je les vois travailler au milieu de toutes ces ordures qui puent l’enfer, envahis par des insectes de tout genre, j’ai grandement pitié d’eux, nous a-t-il révélé. Ils finiront tous par tomber malade et l’argent gagné ne leur servira qu’aux soins médicaux ». L’un des agents nous raconte : « En dehors du salaire nous versé, il n’y a même pas de prime de maladie alors qu’ils nous font travailler dans des conditions sanitaires inacceptables ». Si tous les agents reconnaissent que les équipements de travail mis à leur disposition sont satisfaisants, ils avouent néanmoins que des piqures fréquentes, des microbes avalés ainsi que de très mauvaises odeurs inhalées constituent une vraie source des maladies à laquelle ils sont exposés. « Quand vous tombez malade et que vous ne pouvez venir travailler, non seulement que vous devez vous faire soigner à vos propres frais, ils ne vous payent pas les jours d’absence passés à la maison ou à l’hôpital », a déploré un autre agent.

Confrontés aux procédures administratives presque dissuasives, nous n’avons pas pu avoir les points de vue aussi bien des responsables du projet d’assainissement que des autorités provinciales. Toutefois, vouloir améliorer la santé de la population tout en l’exposant davantage aux maladies s’avère contradictoire. Il convient donc aux autorités de revoir les méthodes d’assainissement de la ville afin de permettre à la population de jouir de son droit à un environnement sain et propice à son épanouissement intégral tel que stipulé dans l’article 53 de la Constitution de la République.

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One thought on “Emplacement des centres de transit des déchets : un danger pour la population kinoise

  1. Ntomsita

    l’idée est bonne mais il faut que le gouverneur de la ville rectifie là où les choses ne marchent pas

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