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Kinshasa

Commune de Kinsenso : la non-urbanisation handicape la vie de la population

Junior Kevani

Vue des habitations de Kinsenso, janvier 2014 (Junior Kevani)

Vue des habitations de Kinsenso, janvier 2014 (Junior Kevani)

Avec le plan de la Révolution de la Modernité initié par le Président de la République, Kinshasa la Capitale tente tant bien que mal de revêtir sa belle robe d’antan. Ici et là, on assiste à de grands travaux de construction et de réhabilitation des routes et autres bâtisses qui illuminent la ville-province. Pour plusieurs kinois, ces travaux ne se limitent qu’au centre-ville abandonnant ainsi les autres coins de la capitale dans un état peu vivable. La commune de Kisenso en fait partie. 

Selon les textes, Kinsenso est une commune urbaine. Sur le terrain, plusieurs aspects l’éloignent de cette classification: Absence d’infrastructures routières, absence des canalisations d’eau, pénurie d’eau potable et d’électricité, des maisons construites sans normes architecturales, bref, des notions d’esthétiques et d’hygiène ne sont pas respectées. Sur ses 16,6 Kilomètres carrés de superficie, la commune de Kinsenso ne connait qu’une seule voie asphaltée. Récemment construite par le gouvernement central sur l’avenue de la Renaissance, cette route part de la commune voisine de Matete et s’arrête déjà à la hauteur de l’hôpital de référence de l’état. «  Ils ont construit cette route pour leurs propres intérêts car elle passe par devant la maison communale et amène les gens vers l’hôpital,  a déclaré un habitant de Kinsenso. De l’hôpital jusqu’à l’intendance de l’Université de Kinshasa, elle est restée sans asphalte ».

Matondo, une mère de famille ajoute : «  Quand il pleut, tout ce sable se transforme en boue et, comme vous pouvez l’imaginez, la voie devient impraticable au point que beaucoup d’habitants ne vont ni travailler ni étudier ». Dans la même situation, un étudiant raconte qu’il avait raté des examens et repris l’année académique juste à cause de l’impraticabilité des routes après la pluie.

Petite histoire

Site collinaire du sud-est de la capitale, zone caractérisée par l’ensablement et l’inondation, la commune de Kinsenso puise sa complexité dans sa morphologie et sa topographie. Son sol argilo-sablonneux s’étend sur un site collinaire érosif, d’où le qualificatif de zone non aedificandi.   Autre fois cette terre appartenait à l’ethnie Téké-Umbu. Elle abritait les travailleurs de Monsieur Gosmas qui fabriquaient des bacs vides destinés à la limonaderie et à la brasserie de N’djili. L’expansion de ce coin avait alors poussé l’autorité coloniale à élever Isenso (la première appellation  qui signifie en français « termitière »)  en zone annexe du territoire de Kimwenza.  « Isenso n’était pas destiné à l’habitation. Les travailleurs de Gosmas y restaient juste pour le travail. Ils n’étaient pas nombreux », raconte l’actuel secrétaire de la commune de Kisenso qui poursuit. C’est l’arrêté ministériel 68024 du 20 décembre 1968 qui établira Kisenso en commune  urbaine au même titre que les autres communes de la ville-province de Kinshasa ».

Avec l’accession du pays à la souveraineté nationale et internationale avec Joseph Kasa-Vubu  à la  tête du pays, les Kongo, qui étaient les ressortissants du Bas-Congo, province d’origine du président, se sont donné la permission de venir occuper ce coin, d’où le phénomène « sango Luzaku » qui signifie « que chacun se serve comme il peut ».  C’est sous ce prétexte que les parcelles occupées ne répondaient à aucune norme urbanistique. Les désormais propriétaires se répartissaient les terres en les délimitant par le  nombre des pas. « Ils marchaient et s’arrêtaient quelque part, alors ils fixaient les limites de leurs parcelles. Personnes ne pensait à tracer les avenues, étudier le milieu, construire les caniveaux, etc. », nous explique le secrétaire communal. Que dire alors de la croissance démographique avec ses conséquences sur le social. « Ceci constituera  vite un des gros soucis dans cette Supracommune aujourd’hui placée parmi les plus pauvres et dont les habitants vivent de façon précaire », reconnait un agent du service d’habitat de la commune. L’invasion et son expansion ont des répercussions que reconnait l’autorité municipale. « On fait face à beaucoup des problèmes aujourd’hui, des parcelles enclavées, des avenues en cul de sac, des difficultés de faire passer des tuyaux  pour l’eau et des câbles  électriques, parfois, les agents de la Société d’électricité et ceux de la distribution  d’eau passent et placent le nécessaire dans des parcelles », a reconnu Zéphirin Kindeke.

 

Toutes les intempéries sont les mal venues  à Kinsenso

La géomorphologie et la topographie de kisenso ont des conséquences fâcheuses lors des pluies et même de la sèche saison. Sol argilo-sablonneux,  difficile de marcher surtout quand on a des charges sur soi. L’abondance et même la surabondance du sable a tendance à faire un retour en arrière aux passants et des motos qui se proposent en unique moyen de transport à Kisenso. Les habitants expriment leur préoccupation : « Les longues marches à pieds nous fatiguent, mais, on se sent bien obligé de se soumettre à cela au quotidien » Une dame d’évoquer la santé de sa fille : «  Elle est fragile et le médecin nous a dit que sa situation s’était détérioré à cause des efforts physiques. Désormais elle n’effectue plus de longues marches et ses frères doivent tout prendre en charge ».  Cyprien, un père de famille s’est confié à nous : «  Avec les motos comme moyen de transport, c’est difficile d’assurer le coût. La petite  course coute 500 francs Congolais (0.5 US$) par personne ». Cyprien affirme avoir 5 enfants qui étudient très loin dans la commune de la Gombe. « Il faut un minimum de 2000 francs congolais à chacun pour aller à la Gombe et rentrer jusqu’à Matete, la commune avec qui nous faisons frontière, a-t-il déclaré. A partir de là, il faut recourir à la moto. Un enfant paye 1000 francs car la distance est grande. Lorsqu’il pleut, les motards triplent le coût de la course. Faites-moi les calculs et vous verrez que je souffre ».

Site collinaire érosif, un problème majeur dans la mesure où il est dur pour les habitants de contrer la percée de l’érosion quand on est déjà sur pareil site. Les éboulements des terres, c’est le quotidien des habitants de kisenso sauf que la situation s’accentue avec le passage de la pluie.

Selon le Bourgmestre Adjoint de Kisenso, le problème demeure intact à Kisenso. « Si ce n’est pas l’érosion, c’est l’inondation qui nous tourmente », a-t-il dit.

Le service d’urbanisme de la municipalité ne pourra atténuer le choc                                                                                    « Avec l’organisation de la commune de Kisenso, au moins plus personne ne se sert à sa guise des terres pour habiter. Tous passent par le service d’urbanisme », déclare Kindeke, bourgmestre Adjoint de Kisenso. Une situation qui ne suffit pas pour déclarer Kisenso commune urbanisée. «  kisenso n’est pas encore urbanisée. Nous n’avons pas de routes, pas d’avenues dans les normes, … , reconnait  Norbert Lumayi wa Lumayi, chef de service adjoint au service de l’urbanisme de la commune de Kisenso. Depuis notre arrivée à la tête de la commune, nous avons réussi à ce que tous passent par nos service pour acheter une parcelle à Kisenso ». L’expert affirme qu’ils mènent des enquêtes avant de délivrer les documents officiels, à savoir, l’autorisation de bâtir et le certificat d’enregistrement. « L’anarchie d’antan était tellement grande qu’il est difficile de résoudre seul  ce problème. Pour  relever le défi, il faut des travaux de grande envergure qui ne relèvent pas de la municipalité », a conclu Lumayi. Dans le même sens Faustin Babulanga, chef d’équipe des enquêteurs déclare : « C’est un devoir des autorités de tutelle d’urbaniser Kisenso car nous sommes une Commune à part entière.

Nous sommes parmi les trois premières communes à être mieux cotées par le gouverneur en terme de versement des recettes à la ville. Malheureusement, en retour, on nous promet des travaux qui ne commencent toujours pas ». Pour ce chef d’équipe, les routes sont primordiales : « Il faut des engins pour recommencer à zéro les travaux. On doit aplanir nos avenues avant de les  construire et ainsi offrir aux habitants une vie meilleure car ils en ont le droit  ».

L’urbanisation, un droit pour les communes et leurs administrés

Peut-on parler d’une commune urbaine sans urbanisation ? La question ne se pose pas si on s’en tient au qualificatif « urbain ». Le droit à l’environnement étant technique et complexe, devrait aussi prendre en compte l’urbanisation.  Il est un droit global et transversal,  le droit à un environnement sain. Il peut prendre le caractère de droit mou, sans imposer  d’obligations juridiques, mais juste des normes de comportement recommandées aux  majeurs de nos jours au point que personne ne peut s’en passer.

Les solutions de la commune n’étant que palliatives, c’est à la hiérarchie de répondre de ses obligations. Maitre Idiaba revient sur la responsabilité de l’état : « L’état a l’obligation d’assurer la matérialisation du droit foncier qui inclut justement le lotissement et l’urbanisme. C’est sa compétence qui doit, bien entendu, être règlementée  par le ministère de tutelle ». Elle poursuit qu’après la vente des terrains par le chef coutumier,  le propriétaire doit se conformer à la législation en vigueur. « Le chef coutumier se contente de son argent. Quant aux normes de la construction, cela ne figure pas sur son cahier des charges, a-t-elle dit. C’est au propriétaire d’aller vers pour régulariser la situation après achat ». Toutefois, l’avocate  insiste, au-delà de tout, sur la responsabilité de l’état : «  l’état ne peut pas demeurer insensible face à la situation de kisenso. Il faut une politique détaillée et soutenue d’’urbanisation dans cette commune au  même titre que les autres communes de la ville de Kinshasa ».

A vrai dire, l’heure n’est plus à attendre. Kisenso attend une et une seule chose : son urbanisation pour passer d’Isenso à Kisenso.

 

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One thought on “Commune de Kinsenso : la non-urbanisation handicape la vie de la population

  1. Théo

    Bonjour nos amis,

    Il faut vraiment parler de Kinseso car malgré la seule route construite, cette commune demeure un village. Nous étudiants de l’Unikin devons soutenir des amis qui écrivent de tels articles.
    Theo

    Reply

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