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Kinshasa

La précarité dans l’éducation non formelle à Kimwenza

Neville Mbuyi

Toiture d’une des salles de classe d’une école dans la commune de Ngiri-Ngiri. (Photo JDH)

Toiture d’une des salles de classe d’une école dans la commune de Ngiri-Ngiri. (Photo JDH)

En plein 21eme siècle, les enfants de Kinshasa la Capitale accèdent encore très difficilement à l’éducation. Cela se voit dans plusieurs coins de la Capitale dont le quartier Kimwenza dans la commune de Mont-Ngafula. Dans ce quartier cohabitent des enfants dont les parents ont du mal à assurer la scolarisation. Pour sauver la situation et permettre aux enfants de jouir de leur droit à l’éducation, les personnes de bonne foi essayent de proposer une éducation non formelle à ces enfants  défavorisés. Malheureusement, les conditions dans lesquelles fonctionnent ces écoles non, formelles ne garantissent en rien une bonne éducation.

Le ministère en charge de l’Enseignement Primaire, Secondaire  et Professionnel reconnait deux types d’éducations : l’éducation formelle  et l’éducation non formelle.  Dans la première,  on trouve le système d’enseignement maternel, primaire, secondaire et humanitaire. Ce système est géré par le ministère de l’Enseignement Primaire, Secondaire et Professionnel. Quant à l’éducation non formelle, on retrouve l’alphabétisation, le rattrapage scolaire et les formations professionnelles. « Le système non formel est géré par le ministère des affaires sociales mais nous dépendons du ministère de l’Enseignement Primaire Secondaire et Professionnel. C’est lui qui sanctionne la fin des études de nos encadrés », précision du responsable d’une école de récupération à Kimwenza. Il ajoute que les certificats ou brevets délivrés ont la même valeur que leurs équivalents en éducation formelle.  « Les inspecteurs supervisent nos enseignants  et contrôlent les enseignements. Notre seule différence avec l’autre système se situe autour des élèves encadrés, a-t-il ajouté. Chez nous, les enfants arrivent soit en retard par rapport à leur niveau, soit, ils arrivent alors qu’ils n’ont jamais été sur le banc de l’école ». Après un test de contrôle, les écoles les orienter au premier, deuxième ou troisième niveau. Quant au programme, le Directeur se veut confiant : « Nous avons le même calendrier scolaire que les écoles à éducation formelle ainsi que le même programme nationale ».

Une éducation non formelle pas très fiable

A l’école primaire CRED LUVUKU qui existe depuis 2005 dans la commune de Mont Ngafula, les élèves étudient dans des conditions inadaptées, similaires. Initiée par une religieuse, elle ne dispose que d’une seule salle. Deux niveaux scolaires étudient le matin et le troisième niveau vient l’après-midi.  « Nous avons une grande salle et nous nous tournons le dos entre les deux niveaux », décrit une élève du deuxième niveau.

Un enfant de 12 ans explique ses difficultés pour comprendre la matière : « Je m’appelle Ngondo. Je suis au premier niveau. J’ai du mal à écouter ce que raconte l’enseignant à cause des bruits produits  par les autres élèves qui nous tournent le dos. Les élèves crient en répétant la matière simultanément avec nous. C’est dur  d’étudier dans ces conditions ». Bernis Makela est élève du 6ème primaire de l’EP CRED. Il  aborde dans le même sens : « Nous étudions dans des conditions vraiment déplorables. Quand il pleut, il n’y a même pas moyen qu’on nous retienne ici parce que ça suinte partout ». Comment prévenir les intempéries ? Une élève répond : « Le directeur nous renvoie vite à la maison quand la pluie s’annonce et il  entasse les enfants qui habitent loin de l’école dans son bureau jusqu’à la fin de la pluie ». Une solution bien  justifiée par le directeur. « J’ai peur qu’un mur ne s’écroule ou que les enfants attrapent le froid par manque des fenêtres, a-t-il dit. Je suis obligé de les libérer et ceux que je garde, je suis dans l’obligation de les ramener à leurs parents ». Le Directeur se propose même de déménager de chez lui pour aménager près de l’école afin de mieux garder ses élèves.

Le manque d’intrants, autre paire des manches

La salle de classe qui abrite les élèves ne dispose que de deux petits bancs sur lesquels s’assoient  les plus âgés.  « Ces bancs sont un don de mon papa », raconte une élève sans trop d’explications. Un garçon de la terminale explique comment il étudie : «  Il n’y a pas des bancs, nous suivons les cours sur le pavais ou carrément  debout ». Son condisciple lusakumunu ajoute : « C’est difficile d’être concentré sur le cours ou lors d’une interrogation car nous sommes mélangés  avec les élèves de la 5ème. Il y’a une confusion terrible ». Le discours est presque le même mais jusqu’à preuve du contraire, l’école ne peut rien faire pour soulager la douleur des apprenants.

Le manque des  ressources financières est un vrai handicap

Les moindres frais demandés aux parents se payent à compte goute et la promotrice de l’école est davantage en difficulté financière. « Nous  éprouvons beaucoup des difficultés financières. Nous ne savons pas vraiment payer nos enseignants. Voyez vous-mêmes les conditions dans lesquelles étudient les enfants », a affirmé le Directeur. Il reconnait toutefois l’apport des organisations et des personnes de  bonne volonté : « La Promotrice elle-même demeure la principale source de financement pour nous. Elle ne se fatigue pas de nous chercher des moyens. Ne pouvant tout combler seule, nous recourrons à la générosité des associations et des individus car le peu des parents ciblés sont incapables d’honorer leurs engagements ».

La pauvreté des parents ne leur laisse pas le choix

Les parents sont conscients des conditions d’étude dans pareilles  écoles  mais ne savent à quel saint se vouer. « Que voulez-vous que je fasse sans argent ? », s’interroge un parent. Tant que je n’aurai pas d’autres alternatives, je préfère que ma fille vienne ne serait-ce que passer le temps ici ». Monsieur manicks ekango a ses trois enfants au CRED. « Nous sommes conscients des conditions auxquelles  sont soumis nos enfants mais, pour moi, c’est la seule  école de proximité, a-t-il déclaré. « En plus, le coût de scolarisation  est abordable. Aussi longtemps que cette école facilite la scolarité de mes enfants, je suis de l’avis qu’elle puisse  exister ». Des  enfants  de la rue étudient également dans cette école et les parents qui le savent pensent que cela vaut la peine. Une grand-mère, vendeuse des beignets encourage l’école : « C’est bien que ces enfants aillent passer leur temps à l’école      au lieu de me voler des beignets ici ». Dans un tel contexte, ces écoles sont perçues comme des maux nécessaires.

Une œuvre sociale hors norme

A première vue, on peut évoquer la non-viabilité de l’école que dirige monsieur chadrack luvuku. Ce dernier pense au contraire se battre comme un diable pour une cause noble. « Notre école est premièrement un centre de récupération des enfants défavorisés. Nous sommes enregistrés   au  ministère des affaires sociales  et nous avons l’aval de fonctionner comme une institution scolaire. L’enseignement que nous dispensons  est un enseignement de rattrapage. Nous avons trois catégories d’enfants : les enfants de la rue et les orphelins, les enfants des filles mères  ainsi que  les enfants ayant des parents incapables d’assurer leurs études », a-t-il dit. Il affirme que seule la troisième catégorie d’enfants est appelée à payer les frais scolaires, les deux autres étudiant gratuitement. Le directeur évoque l’aspect humanitaire : « Pour nous, c’est une façon d’aider la population de cette entité qui n’est pas en mesure de scolariser leurs enfants. Nous aidons même l’état congolais à qui revient la responsabilité de garantir l’éducation des enfants ». Vu le nombre d’enfants inscrits qui s’élève à plus de trois cents, monsieur Chadrack se félicite de son travail en dépit des conditions inadéquates.

La viabilité de ces écoles  remise en cause

Le chef de la sous-division de la commune de Mont Ngafula affirme que toutes les écoles sont sous contrôle de sa sous-division.  Est-ce possible qu’une école fonctionne même quand elle n’a pas des normes adaptées ? Madame la Chef de la sous-division Mont Ngafula pense qu’au-delà de l’élan du cœur, les conditions d’enseignement doivent être réunies pour parler d’une bonne éducation. « Ce n’est pas mal que des individus et autres personnes morales viennent en aide à l’Etat pour l’éducation des enfants. Mais ces écoles ne doivent pas sortir des normes scolaires parce qu’elles sont contrôlées  par le ministère de l’enseignement primaire secondaire et professionnelle », a-t-elle fait savoir.

Selon elle, un individu animé du patriotisme voulant mettre en marche une institution scolaire est libre de le faire. Toutefois, il doit se conformer aux critères relatifs au fonctionnement d’une institution scolaire ou éducative comme l’indique la loi sur la mise en œuvre d’une institution scolaire ou éducative, à savoir, la disposition d’une logistique permanente et stable, l’enregistrement des personnels qualifiés pour la formation des enfants et un pédagogue à la tête de l’école. « Il faut dire que prêter mains fortes à l’état est une chose, mais, demeurer dans les normes en est une autre car l’avenir du pays dépend de l’éducation dispensée aujourd’hui à nos enfants », a-t-elle ajouté.

Il existe de nos jours des écoles hors normes qui, à coup sûr, devraient produire des citoyens semblables aux conditions des formations reçues. L’éducation est en danger et l’avenir des enfants compromis. A la veille de l’évaluation  des objectifs du millénaire, l’Etat congolais devrait bien jeter un œil sur le fonctionnement des écoles non formelles.

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